Introduction
L'article explore la question de la menstruation dans le contexte de l'Islam, en se concentrant sur les traductions et interprétations de versets coraniques pertinents, ainsi que sur le concept d'impureté rituelle associé aux femmes pendant leurs règles.
Traductions du verset 65:4 du Coran
Plusieurs traductions du verset 65:4 du Coran sont disponibles, chacune offrant une nuance légèrement différente quant à la période d'attente des femmes en diverses situations. Par exemple, la traduction classique de l'Oregon State University mentionne les femmes qui n'espèrent plus avoir de règles et celles qui n'en ont pas encore, tandis que la traduction de Submission.org se réfère aux femmes ayant atteint la ménopause et à celles qui découvrent qu'elles sont enceintes. La traduction Droit Chemin mentionne les femmes qui désespèrent de leurs menstruations, et la traduction de The Monotheist Group (via Google Traduction) parle de celles qui ont atteint la ménopause et de celles qui n'ont pas eu leurs règles. Une traduction mot à mot réarangée met en évidence le décompte de trois lunaisons pour celles qui ont désespéré de la menstruation et le délai d'attente jusqu'à l'accouchement pour les femmes enceintes.
Impureté et Menstruation dans l'Islam
En Islam, la question de l'impureté est d'ordre général, mais elle concerne particulièrement les femmes du point de vue rituel. Les notions de pureté et d'impureté (ḥalâl/ḥarâm) sont influencées par le concept juif de pur/tahor et impur/tamé. Le sang, bien que pur lorsqu'il est offert aux divinités, est considéré comme impur lorsqu'il s'écoule de l'être humain, reflétant d'anciennes craintes liées à la vie et à la mort. L'impureté attribuée au sang menstruel repose sur une peur archaïque de ce phénomène cyclique inexpliqué.
Parallèles avec le Judaïsme et Divergences avec le Christianisme
L'impureté de la femme ayant ses menstruations est un concept important dans le judaïsme ancien. Alors que le christianisme s'en est apparemment libéré, l'Islam le reprend à son compte. Le fait qu'une femme puisse être considérée en état d'impureté à certains moments de sa vie suggère qu'elle serait alors impure. Les interdictions et tabous associés aux femmes menstruées établissent une dysmétrie cultuelle entre l'homme et la femme, entérinée par l'idée que "la femme est en religion inférieure à l'homme du fait qu'elle ne prie ni ne jeûne durant ses règles".
Remise en Question de l'Ancrage Coranique de l'Impureté
Même si l'Islam considère la pureté comme l'état originel de toutes choses, le Droit musulman a intégré la notion d'impureté, empruntée au judaïsme, qui n'est pas explicitement coranique. Cette islamisation de la Loi juive distingue les impuretés matérielles et rituelles. Les impuretés matérielles concernent les interdits alimentaires comme le sang, les bêtes mortes, le porc, le vin, et les émissions du corps humain (sauf le lait), ainsi que les animaux impurs selon l'Islam. Les impuretés rituelles incluent l'impureté de l'homme et de la femme après des rapports sexuels et l'impureté de la femme liée au sang menstruel. Cette dernière lui interdit de prier, de jeûner, de toucher le Coran et de séjourner dans une mosquée, des restrictions similaires à celles du judaïsme.
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La question n'est pas de remettre en cause les affirmations de l'Islam, basées sur la surinterprétation de versets et des hadîths forgés à partir d'avis talmudiques, mais d'interroger le Coran pour déterminer s'il existe un ancrage coranique au concept islamique de pureté/ṭahâra et d'impureté/najâsa. Il s'agit d'une réflexion théologique sur la signification de l'impureté et sur la possibilité qu'elle soit une simple construction religieuse.
Analyse des Versets Cités par l'Islam
Impuretés Matérielles (S6.V145)
L'Islam se réfère au verset S6.V145 pour justifier les impuretés matérielles : "Dis : Je ne trouve en ce qui m’a été révélé rien d’autre qui ne soit tabouisé/muḥarraman, quant à ce que tout mangeur mange, si ce n’est la bête trouvée morte, le sang répandu, la viande de porc - car, certes, c’est une infamie/rijs [d’en consommer] - De même est une abomination/fisq [de consommer ce qui est] sacrifié à un autre que Dieu. Quant à celui qui y a été contraint, sans transgresser ni exagérer, alors, certes, Dieu est Tout pardon et Tout miséricorde."
Les termes arabes rijs et fisq ne connotent pas l'impureté. Rijs qualifie ce qui est sale ou l'infamie, et fisq signifie l'immoralité ou l'abomination. Le qualificatif "rijs/infamie" s'applique au fait de transgresser les tabous alimentaires, et "fisq/abomination" se réfère au fait de consommer ce qui est sacrifié à d'autres que Dieu. Il n'y a donc pas d'arguments scripturaires justifiant le statut d'impureté des aliments tabous cités. Le sang animal n'est pas déclaré impur, ce qui n'est pas la raison de l'interdiction de le consommer.
Impureté du Vin/Khamr (S5.V90)
Concernant l'impureté du vin/khamr, le verset de référence est S5.V90 : "Ô croyants ! En vérité, le vin, la divination, les bétyles et les flèches sacrées ne sont qu’une infamie/rijs, œuvre du Shaytân, alors évitez-le/ijtanibû-hu ! Puissiez-vous ainsi connaître la réussite !"
Rien n'indique ici l'impureté du vin/khamr. L'infamie/rijs liée à l'œuvre du Shaytân indique une condamnation morale de tels comportements.
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Impureté des Excrétions (S5.V6 et S4.V43)
L'impureté des excrétions est liée aux ablutions et à la conduite à tenir en cas de rapports sexuels. Les juristes ont décrété par analogie que toutes les excrétions humaines sont impures, sauf le lait. Le verset de référence est S5.V6 : "Ô vous qui croyez ! Lorsque vous vous apprêtez à prier, alors lavez-vous le visage et les mains jusqu’aux coudes et humectez-vous la tête et les pieds jusqu’aux chevilles. Et, après un rapport/junuban, nettoyez-vous/iṭṭahharû et, si vous êtes malades ou en voyage ou que l’un de vous revient du lieu d’aisance ou que vous ayez “caressé” femme, mais que vous ne trouviez point d’eau, alors ayez-en l’intention en recourant à un sol propre dont vous toucherez votre visage et vos mains. Dieu ne veut point vous imposer quelque gêne, mais Il veut vous purifier et parfaire Sa grâce à votre égard ; puissiez-vous être reconnaissant !"
Le segment clé est "et, après un rapport, nettoyez-vous." L'Exégèse a manipulé les termes junub et iṭṭahhara pour arriver à la conclusion que les rapports sexuels rendent impur.
Le nom junub est dérivé de la racine janaba, qui signifie se mettre à l'écart ou éviter. Junub signifie donc côté, flanc, éloignement, et n'a pas de rapport étymologique avec l'impureté légale. L'on peut lire parfois dans les exégèses que junub a cette signification du fait que c'est un état qui éloigne de la prière.
Si l'on reste dans les limites de la langue arabe préislamique, le syntagme coranique in kuntu junuban est un euphémisme signifiant "quand vous êtes sur le côté" et évoquant l'idée de s'être retiré après un rapport sexuel. L'expression "ou que vous ayez “caressé” femme" confirme cette interprétation.
L'Exégèse a modifié le sens de junub pour l'accorder à l'idée qu'elle voulait mettre en place quant au verbe iṭṭahhara. Ce dernier est la forme V de la racine ṭahara, qui signifie éloigner, être propre, et qui au sens figuré signifie se purifier moralement. L'Exégèse a attribué à ṭahara le sens de se purifier au sens concret et légal lié à un processus de purification.
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Le Coran commente lui-même le sens de la forme V iṭṭahhara en un contexte identique dans le verset S4.V43 : "Ô croyants ! N’approchez pas de la prière alors que vous êtes ivres jusqu’à ce que vous sachiez ce que vous dites. Et, de même, après un rapport/junuban - sauf à qui est en voyage - jusqu’à ce que vous vous soyez nettoyés/taghtasilû. Et si vous êtes malades ou en voyage, ou que l’un de vous revient du lieu d’aisance, ou que vous ayez “caressé” femme, mais que vous ne trouviez point d’eau, alors ayez-en l’intention en recourant à un sol propre dont vous toucherez votre visage et vos mains…"
Ce verset reprend le sujet traité précédemment et montre que le segment "et après un rapport/junuban, nettoyez-vous/iṭṭahharû" a pour exact correspondant "après un rapport/junuban jusqu’à ce que vous vous soyez nettoyés/taghtasilû". Le Coran donne donc pour synonyme de la forme iṭṭahhara le verbe ightasala, qui signifie se laver avec application. Ceci confirme que le verbe iṭṭahhara ne signifie pas se purifier ou "prendre un bain rituel", mais simplement se nettoyer.
Les sécrétions coïtales masculines et féminines ne sont donc pas impures selon le Coran, mais seulement des émissions qu'il faut laver pour être propre. Le lavage en question concerne les parties génitales ou celles atteintes par les sécrétions sexuelles "après un rapport/junuban". La notion de bain de purification rituelle/ghusl de tout le corps n'est pas coranique.
L'emploi de l'expression euphémistique "après un rapport/junuban" indique le moment où le couple vient d'achever son rapport sexuel et permet de comprendre que ledit lavage est à réaliser dans les suites immédiates de ce rapport.
Au final, l'Islam a forcé le sens des termes junub et iṭṭahhara pour faire accepter cet emprunt au Coran. Du point de vue coranique, rien en ces deux versets ne postule la notion d'impureté et de pureté légale au sens que l'Islam le conçoit.
À titre de confirmation supplémentaire, S5.V6 fait référence à la notion de purification : "Dieu ne veut point vous imposer quelque gêne, mais Il veut vous purifier". Ici, c'est la forme II ṭahhara qui est employée, et qui est à comprendre au sens figuré de purification morale ou spirituelle. Selon le Coran, purification et pureté ne s'entendent qu'au sens figuré, comme le prouve la pratique du tayammum, fonction symbolique de substitution quant aux ablutions.
Impuretés Rituelles et Menstruation (S2.V222)
Le verset principal concernant les impuretés rituelles est en rapport avec les règles et l'état d'impureté supposé des femmes : "Et ils t’interrogent sur la menstruation des femmes. - Dis : « C’est un mal/adhâ. Éloignez-vous donc des femmes pendant les menstrues, et ne les approchez que quand elles sont pures/yaṭhurna. Quand elles se sont purifiées/taṭahharna, alors cohabitez avec elles suivant les prescriptions d’Allah car Allah aime ceux qui se repentent, et Il aime ceux qui se purifient. »"
L'Exégèse a interprété ce verset dans le sens où les menstrues sont impures et entraînent un état d'impureté nécessitant une purification, une croyance archaïque empruntée au judaïsme. Pour ce faire, le sens de la racine ṭahara/yathurna et de la forme V iṭṭahhara/taṭahharna a été dévié.
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