L'étude de la méiose des ovocytes tétraploïdes est un domaine complexe et fascinant, particulièrement pertinent dans le contexte de l'amélioration variétale des plantes cultivées. Cet article explore les mécanismes de la méiose dans les ovocytes tétraploïdes, leurs implications génétiques et les applications potentielles en agriculture, notamment chez les agrumes.

Introduction

La ploïdie, ou nombre de jeux de chromosomes dans une cellule, joue un rôle crucial dans la biologie de la reproduction et l'hérédité. Alors que la plupart des organismes sont diploïdes (2n), des variations de ploïdie, telles que la triploïdie (3n) et la tétraploïdie (4n), peuvent survenir et avoir des conséquences significatives. La tétraploïdie, en particulier, confère une plasticité accrue aux porte-greffes chez les agrumes, ce qui en fait un domaine d'intérêt pour l'amélioration variétale.

Bases génétiques et chromosomiques

Anomalies chromosomiques

Les anomalies chromosomiques peuvent être classées en deux types principaux : numériques et structurelles.

  • Anomalies numériques: Elles résultent d'une mauvaise séparation des chromosomes lors de la mitose ou de la méiose, conduisant à des cellules avec un nombre anormal de chromosomes. La polyploïdie se produit lorsque le caryotype comprend un multiple exact du nombre haploïde (3n, 4n, etc.). L'aneuploïdie, quant à elle, se réfère à un nombre de chromosomes qui n'est pas un multiple exact du nombre haploïde. Des exemples courants incluent la trisomie (présence d'un chromosome surnuméraire) et la monosomie (absence d'un chromosome).

    • La trisomie 21 (syndrome de Down), par exemple, est caractérisée par la présence de trois chromosomes 21 au lieu de deux. La formule chromosomique chez une fille atteinte de trisomie 21 s'écrit (47, XX, +21). À l'inverse, la monosomie X (syndrome de Turner) est caractérisée par une formule chromosomique (45, X). D'autres exemples incluent le syndrome de Klinefelter (47, XXY) et les caryotypes tels que (47, XYY). Des mosaïques chromosomiques peuvent également exister, comme (45, X/46, XX) ou (45, X/46, XX/47, XXX).
  • Anomalies structurelles: Elles résultent de cassures chromosomiques suivies d'une reconstruction anormale. Ces anomalies peuvent inclure :

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    • Délétion: Perte d'un fragment de chromosome, qu'elle soit terminale (de… = extrémité distale du bras court) ou intercalaire.

    • Duplication: Intégration d'un fragment supplémentaire de chromosome, souvent associée à une délétion dans un autre chromosome.

    • Inversion: Rotation d'un segment chromosomique de 180 degrés (indiqué par "inv").

    • Isochromosome: Chromosome où les deux bras sont identiques, résultant en une duplication d'un bras et une absence de l'autre. Les isochromosomes peuvent être mono- ou bicentriques.

    • Translocation: Échange de matériel génétique entre deux chromosomes non homologues.

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    • Chromosome en anneau: Formation d'un chromosome circulaire après la perte des extrémités.

    • Insertion: Insertion d'un fragment chromosomique dans un autre chromosome.

Méiose et ses particularités

La méiose est un type particulier de division cellulaire qui se produit dans les cellules germinales pour produire des gamètes (spermatozoïdes et ovules). Elle comprend deux divisions successives, la méiose I et la méiose II, chacune divisée en phases (prophase, métaphase, anaphase et télophase). La méiose réduit le nombre de chromosomes de diploïde (2n) à haploïde (n), assurant ainsi que la fécondation rétablit le nombre diploïde de chromosomes dans le zygote.

Méiose chez les ovocytes tétraploïdes

Ségrégation chromosomique complexe

Chez les tétraploïdes, la ségrégation chromosomique pendant la méiose est plus complexe que chez les diploïdes. Les géniteurs tétraploïdes peuvent présenter des ségrégations allant du disomique au tétrasomique, en fonction de leurs structures phylogénomiques. La ségrégation tétrasomique est prédominante chez le mandarinier Moncada tétraploïde, tandis que des ségrégations intermédiaires à tendance disomique ont été observées chez le limettier Mexicain tétraploïde et certains hybrides intergénériques Citrus x Poncirus tétraploïdes.

Restitution de la deuxième division de la méiose (SDR)

La SDR est un mécanisme important dans la formation d'ovules non réduits (2n) chez les agrumes. Elle est le principal mécanisme de formation d'ovules 2n chez le citronnier, associé à d'autres mécanismes comme la restitution de la première division (FDR) et le doublement post-méiotique. En revanche, la FDR est apparue prédominante pour le pollen non réduit.

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Appariements préférentiels

Des études ont révélé des appariements préférentiels variables suivant les chromosomes chez les tétraploïdes. Ces appariements peuvent influencer la structure génétique des gamètes diploïdes et l'hérédité des caractères.

Implications pour l'amélioration des agrumes

Création de néo-diversité

La compréhension des mécanismes de ségrégation chez les tétraploïdes permet de créer une néo-diversité orientée par les objectifs d'amélioration. Les ségrégations à tendance disomique chez les hybrides interspécifiques et intergénériques sont associées à une restitution forte de l'hétérozygotie parentale et à une limitation importante des recombinaisons interspécifiques. Ceci est particulièrement intéressant pour les projets d'amélioration des porte-greffes au niveau tétraploïde et de reconstruction de l'idéotype limettier « Tahiti » triploïde.

Modélisation de l'hérédité

Les résultats de ces études permettent d'envisager une modélisation fine de l'hérédité des caractères au sein des populations polyploïdes. Cela peut conduire à des stratégies plus efficaces pour l'amélioration variétale des agrumes.

Applications pratiques

La manipulation de la ploïdie est une stratégie clé pour l'amélioration des agrumes. La triploïdie est recherchée pour des critères d'aspermie, tandis que la tétraploïdie semble conférer une plasticité accrue aux porte-greffes. Les travaux sur la méiose des ovocytes tétraploïdes permettent de mieux comprendre les mécanismes de ségrégation et de recombinaison, ouvrant la voie à des techniques de sélection plus efficaces.

Techniques d'obtention de plantes haploïdes et diploïdes

Haplodiploïdisation

L'haplodiploïdisation est une méthode utilisée pour fixer plus rapidement le matériel génétique en cours de sélection. Elle repose sur l'obtention de plantes haploïdes (n) à partir des organes mâles ou femelles, puis sur le doublement du stock chromosomique. Ainsi, le sélectionneur va disposer de plantes diploïdes (2n) homozygotes où l'ensemble du génome est fixé. C'est donc une technique rapide de production de lignées pures en une seule étape au lieu de 7 à 8 générations. Avec cette méthode, la durée d'un cycle de sélection est raccourcie de 3 à 4 ans.

Applications

Cette technique est largement utilisée chez l'asperge, le blé, le colza, l'orge, l'aubergine et le piment. Le processus d'haplodiploïdisation comprend l'obtention de plantes haploïdes à partir des cellules produisant les gamètes mâles ou femelles, et le retour vers la phase diploïde.

Obtention de la phase haploïde

L'obtention des plantes haploïdes peut se faire par culture in vitro de cellules destinées à fournir les cellules reproductrices ou gamètes. S'il s'agit de gamètes mâles, on parle d'androgenèse. S'il s'agit de gamètes femelles, c'est la gynogenèse. Une autre méthode d'obtention d'haploïdes est l'induction d'haploïdes in situ.

Retour à l'état fertile diploïde

Pour utiliser en sélection une plante régénérée par l'une de ces voies, il faut disposer de plantes fertiles et donc diploïdes. L'état haploïde étant instable, l'individu régénéré est parfois diploïde, par doublement spontané du stock chromosomique. Sinon, il est possible de provoquer artificiellement un doublement des chromosomes, le plus couramment par l'action d'un agent chimique, la colchicine.

Androgenèse et culture de microspores

L'androgenèse a été la première voie d'obtention d'haploïdes in vitro. Les plantes haploïdes ont été obtenues par culture d'anthères (sacs contenant le pollen). Plus récemment, la culture de microspores (grains de pollen immatures) a été mise au point. La culture de microspores est utilisée en routine sur les crucifères comme le colza.

Haploïdie induite par croisement interspécifique

Le croisement interspécifique entre une espèce cultivée et une espèce sauvage permet parfois de produire des plantes haploïdes. En effet, après fécondation au cours des premières divisions cellulaires, les chromosomes de l'espèce sauvage sont éliminés. On obtient ainsi un embryon haploïde ne comportant que les chromosomes de l'espèce cultivée. Cette méthode s'applique à l'orge, à la pomme de terre, ainsi qu'à quelques génotypes de blé.

Haploïdie induite par gynogenèse

Elle consiste à mettre en culture in vitro des ovules ou des ovaires prélevés sur la plante avant fécondation. Des plantes haploïdes ont pu être obtenues chez l'orge, le tabac, le blé, le riz, le maïs, la betterave…

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