Introduction

Martine Cabanes, une figure dont le parcours atypique a oscillé entre les frasques d'une vie de braquage et la quiétude d'une existence d'épicière, s'est éteinte à l'âge de 71 ans des suites d'une longue maladie. Son histoire, marquée par des choix audacieux et des tournants inattendus, continue de fasciner et d'interroger.

La Berrichonne souhaitait raconter son vécu alors que beaucoup de choses ont été dites sur elle. Elle raconte sa vie dans le livre "Roman d'une braqueuse" publié cette semaine. C'est le destin pas banal de Martine Cabanes, née à Ardentes et devenue un temps une braqueuse aux côtés de Jean-Charles Willoquet, ennemi public numéro 1.

Une jeunesse dans l'Indre et l'appel de l'aventure parisienne

Son enfance et son adolescence se déroulent dans l'Indre. Des années marquées par l'ennui, le désir de découvrir une vie plus frénétique. À 19 ans, elle monte à Paris et travaille dans un bar-tabac.

Martine Cabanes, née à Ardentes, a passé ses jeunes années dans l'Indre, une période qu'elle décrivait comme monotone, alimentant son désir d'une vie plus palpitante. C'est à Paris, à l'âge de 19 ans, qu'elle trouve un emploi dans un bar-tabac, un lieu qui marquera le début d'une nouvelle phase de son existence.

La rencontre avec Jean-Charles Willoquet et la spirale du braquage

Elle y fait rapidement la connaissance de Jean-Charles Willoquet, un coup de foudre. Le couple multiplie les braquages pendant plusieurs mois. La rencontre avec Jean-Charles Willoquet dans ce bar parisien est un véritable coup de foudre. Rapidement, le couple se lance dans une série de braquages qui vont les propulser sous les feux des projecteurs.

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« Quand je suis tombée amoureuse de Jean-Charles, il m’a dit qu’il était dans l’import-export. Je n’ai pas posé plus de questions jusqu’au jour où j’ai trouvé une arme sous son oreiller. Là, il m’a expliqué sa vie et m’a dit “ tu pars, ou tu restes ”. Je suis restée. »

Martine Cabanes n’avait en réalité rien d’une « jeune naïve ». Elle a épousé Jean-Charles Willoquet, ennemi public numéro un, en parfaite connaissance de cause. « Il m’a demandé une fois après m’avoir tout raconté si je souhaitais rester ou partir. Je n’ai pas hésité un seul instant. J’ai épousé sa vie de gangster », résume-t-elle.

Son amour ne la rend pas aveugle, mais téméraire. Elle a fait la une de la presse nationale et internationale suite à un coup d’éclat invraisemblable. À 24 ans, le 8 juillet 1975, elle débarque au Palais de justice déguisée en avocate. Sous sa robe, deux pistolets et une grenade. Elle libère son mari….

L'évasion spectaculaire du Palais de Justice

Martine Cabanes, déguisée en avocate, permet aussi à son mari de s'évader, lors d'une prise d'otage au tribunal le 8 juillet 1975. L'un des moments les plus marquants de sa vie est sans doute l'évasion spectaculaire qu'elle organise pour son mari, Jean-Charles Willoquet, le 8 juillet 1975. Déguisée en avocate, elle fait irruption au Palais de Justice, armée et déterminée, et libère son compagnon.

À 24 ans, le 8 juillet 1975, elle débarque au Palais de justice déguisée en avocate. Sous sa robe, deux pistolets et une grenade. Elle libère son mari. Lors d'une comparution de son époux au tribunal correctionnel de Paris le 8 juillet 1975, elle a organisé et rendu possible son évasion, en lui lançant une arme et en prenant en otage le juge et le substitut, le tout déguisée en avocate.

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franceinfo : Ce que vous racontez dans ce livre, c'est que vous aviez un besoin de raconter qui vous étiez et le vrai parcours de votre vie ? Martine Cabanes : Oui. Ça m'a soulagé de sortir des choses qui remontent à plus de 50 ans. On ne peut pas oublier cette vie intense avec Jean-Charles. Une vie d'action qui a duré une courte période, mais j'ai l'impression que c'est une vie entière tellement c'était intense. Écrire m'a fait du bien. Mais libérée, non. Vous démarrez par cette fameuse journée du 8 juillet 1975 où vous allez libérer Jean-Charles. Vous dites : "Voilà des semaines que je me prépare, des jours et des jours à répéter des gestes en silence, seule face au miroir". Ça signifie que vous étiez capable de tout par amour ? J'ai rencontré Jean-Charles dans un bar où je travaillais à Paris. Tout de suite, il y a eu un déclic et il m'avait dit qu'il était dans l'import-export de cuir et je l'ai cru. Pourquoi douter ? Je le croyais. "Jean-Charles m'a expliqué sa vie et il m'a dit : 'Maintenant, ou tu pars ou tu restes'. Je n'ai pas hésité une seconde. Ce 8 juillet 1975, vous vous rendez au tribunal correctionnel de Paris. Vous attrapez une robe noire comme si de rien n'était. Vous dégoupillez une grenade, vous la gardez dans la main et vous allez récupérer Jean-Charles dans le box. Comment vivez-vous ce moment-là, finalement ? Pendant la préparation, il y a bien sûr cette montée d'adrénaline, mais il y a aussi l'angoisse de ne pas prononcer le mot précis, de ne pas faire le geste précis. Il y a une grande angoisse dans la préparation. Mais une fois rentrée dans le tribunal, c'était comme si je jouais un rôle. Je devais le faire. Je suis restée naturelle. Je n'étais plus du tout stressée. Vous aviez en votre possession une grenade dégoupillée. C'est-à-dire que vous auriez pu tuer l'intégralité de la salle d'audience. Le regrettez-vous ? Non, je ne regrette rien. Je suis désolée pour les gens qui étaient là, qui ont dû avoir très peur. Je suis désolée qu'il y ait eu des blessés lors de l’évasion, mais de toute ma vie, je n'ai pas eu de regret. Ce qui est fait est fait.

La détention et la maternité derrière les barreaux

Condamnée à 10 ans de prison, elle reste cinq ans en détention. Son fils naît derrière les barreaux, il y vit les 20 premiers mois de sa vie, avant d'être pris en charge par le frère de Martine Cabanes. Suite à cette évasion audacieuse, Martine Cabanes est arrêtée et condamnée à 10 ans de prison, dont elle purgera cinq. C'est derrière les barreaux que son fils voit le jour et passe les 20 premiers mois de sa vie, avant d'être confié au frère de Martine.

Vous allez être arrêtée le 25 octobre 1975. Comment vivez-vous cette arrestation ? Ce qui a été le plus dur, c'est d'être à nouveau séparés, d'avoir fait tout ce que j'ai fait pour quelques mois de bonheur. Je sais que mon fils a été marqué très longtemps par le bruit des clés. Il ne savait pas ce qu'était un chien, un chat ou des voitures. Sur le moment, on n'y pense pas.

Le refus de l'évasion par hélicoptère et le tournant décisif

Mais le déclic qui l'éloigne de sa vie de braqueuse, c'est quand elle retrouve la liberté et que son mari lui demande d'organiser son évasion de prison, par hélicoptère. "Ça a été un non direct ! Avec un enfant, je ne pouvais plus risquer ma vie", explique-t-elle. Un tournant majeur se produit lorsqu'à sa sortie de prison, Jean-Charles lui demande d'organiser son évasion par hélicoptère. Martine refuse catégoriquement, un "non" motivé par son rôle de mère et la volonté de ne plus mettre sa vie en danger.

Vous allez rendre visite à Jean-Charles, car il a été condamné à 20 ans de prison. Il va vous demander de prendre des cours de pilotage et de prendre en otage un pilote d'hélicoptère. Et ce jour-là, vous lui dites : "Non". Qu'est-ce qui fait qu'il y a un déclic à ce moment-là ? J'étais maman. J'avais un fils et je ne pouvais pas me permettre de retourner en prison ou de mourir. Et là, bien sûr, ça a dû le surprendre parce que jusqu'à maintenant, je partais toujours dans son sens. Et là, j'ai dit non.

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La difficile réinsertion et la renaissance à Saint-Août

Elle tente alors de se reconstruire. "Je me suis réinséré dans la société. Par contre, la société ne m'a pas réinsérée. Au bout d'un mois, on m'a virée d'une école parce que j'avais un casier judiciaire. Plein de portes se ferment pour le travail et le logement. C'est très dur de subir ce jugement permanent", explique Martine Cabanes. Elle s'installe finalement à Saint-Août, dans l'Indre, pour y ouvrir une épicerie. Elle la gère pendant sept ans et réalise son rêve d'enfance. La réinsertion s'avère difficile, marquée par le poids de son passé judiciaire et le regard stigmatisant de la société. Cependant, Martine Cabanes ne se laisse pas abattre et décide de s'installer à Saint-Août, dans l'Indre, où elle réalise son rêve d'enfance en ouvrant une épicerie qu'elle gère pendant sept ans.

"Roman d'une braqueuse" : un livre pour se libérer et demander pardon

"Ce livre, je l'écris pour me libérer de ce poids que je traîne depuis 50 ans. Et c'est un livre pour demander pardon aux personnes blessées et surtout à ma famille", témoigne Martine Cabanes, au micro de France Bleu Berry. L’incroyable histoire de Martine Cabanes avait été rendue publique à la mi-mai 2024 lors de la sortie d’un livre intitulé Roman d’une braqueuse Un véritable exercice d’introspection, tant elle avait dû composer avec les fantômes de ce passé hors norme, qui ne l’ont jamais quittée.

« On ne se libère pas d’une telle histoire, écrivait-elle dans Roman d’une braqueuse. Je n’ai pas de regrets car j’ai toujours pris mes propres décisions et je suis allée au bout.

Vous écrivez que vous avez souffert pendant des années, encaissé votre propre souffrance. Vous avez abîmé sans le vouloir les vôtres, d'ailleurs vous leur demandez pardon à l'intérieur de cet ouvrage. Mais en même temps, vous dites que vous ne regrettez rien et que ce livre est votre ultime évasion. C'était important de reprendre votre vie en main, de raconter la vraie version de l'histoire ? Ah oui ! On en a parlé de moi, mais moi, je n'ai jamais parlé de moi.

Elle s’est éteinte lundi à l’âge de 71 ans, des suites d’une longue maladie.

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