L'article suivant se propose de retracer, autant que possible, la biographie d'une auxiliaire de puériculture nommée Martine Andrieu, en s'appuyant sur des sources diverses et en explorant le contexte historique et social de cette profession. Bien que le nom de Martine Andrieu soit le point de départ, l'objectif est plus large : il s'agit de comprendre le parcours, les motivations et les expériences des femmes qui ont exercé ce métier essentiel au XXe siècle.

Contexte et Évolution de la Profession d'Auxiliaire de Puériculture

Le XXe siècle a été témoin d'une professionnalisation croissante des métiers liés à la petite enfance, avec une structuration et une hiérarchisation de ces professions. Le décret de 1947 marque une étape importante en officialisant le diplôme d'auxiliaire de puériculture, reconnaissant ainsi la spécificité et la nécessité de cette fonction.

La Formation : Un Passage Obligé

La formation d'auxiliaire de puériculture invite les élèves à définir leur rôle de professionnelles de la petite enfance en devenir. Incarnant le caractère genré de ce métier, le dévouement apparaît comme une qualité centrale des actrices de la petite enfance. Dévouées, mais aussi « aimantes », « tendres », exerçant leur métier par « vocation », les élèves adoptent les postures et les qualités que traduisent les discours sur leur futur métier. Partir de leur formation permet de questionner l’uniformité des représentations des premières élèves auxiliaires de puériculture au début des années 1950, au moment où s’enclenche le processus de professionnalisation des métiers de la petite enfance.

L'École de Bron, ouverte en 1948, est un exemple concret de cette évolution. Créée au sein du foyer départemental de l’enfance du Rhône, elle forme une centaine d’auxiliaires de puériculture par an, dont la plupart logent à l’internat. Pendant la décennie étudiée, l’École est dirigée par une femme, Madame Fabry, infirmière et éducatrice spécialisée. La formation dure un an, dont dix mois sont consacrés aux stages pratiques, effectués auprès des enfants du foyer pour la majorité, de jour comme de nuit. En cours théoriques, les élèves apprennent l’anatomie d’un nourrisson, l’accompagnement des mères à l’allaitement, les soins d’hygiène, la nutrition des jeunes enfants, l’éveil, les soins à administrer aux enfants malades.

Dans le cas français, l’offre de formation double entre les années 1950 et les années 1990, avec 46 écoles en 1955 et plus de 90 en 1992. Alors que ce cursus représente une voie professionnelle majeure pour les filles et les femmes des classes populaires, la formation aux métiers du care est un champ encore inexploré dans l’histoire de l’enseignement technique et professionnel. En effet, les historien·ne·s de l’enseignement se sont davantage penché·e·s sur les formations aux métiers de la confection et du bureau, et l’histoire de l’enseignement des filles s’est encore peu intéressée aux formations courtes à destination des classes populaires, privilégiant les recherches sur l’accès des femmes à l’université, par exemple. En outre, si l’historiographie récente a souligné les enjeux des métiers du care, comme les travaux de Lola Zappi sur les assistantes sociales ou d’Anne Jusseaume sur les sœurs soignantes, le champ de la petite enfance reste encore inexploré. En sociologie, les enquêtes de Beverley Skeggs sur une école de travail social formant des auxiliaires de puériculture, et de Caroline Ibos sur les nounous des squares parisiens, s’intéressent à celles dont le travail consiste à prendre soin des tout-petits. Les travaux de Pascale Garnier et Sylvie Rayna sur l’éducation des jeunes enfants s’inscrivent également dans ce champ de recherche sur le care et la petite enfance. La perspective de cet article est inverse et vise à interroger les représentations et les pratiques des professionnelles du care en devenir. Définie par Pascale Molinier comme l’ensemble des « activités spécialisées où le souci des autres est explicitement au centre », la notion de « travail du care » invite à renouveler les travaux sur le soin, l’attention portée à autrui et la prise en charge des personnes vulnérables.

Lire aussi: Plongée dans l'enfance avec Martine

Central, le souci des autres justifie pour les élèves de cette école d’adopter une posture dévouée, maternelle, presque sacrificielle. C’est là que réside l’un des enjeux majeurs de ce métier de la petite enfance, qui produit et reproduit des normes genrées, et attribue des qualités naturalisantes à celles qui l’occupent. Cet article vise à mesurer si l’institution adhère à ces qualités du métier d’auxiliaire de puériculture ou les rejette, un métier créé en même temps que le diplôme qui lui correspond, à l’inverse de celui d’aide-soignante accessible sans formation à ses débuts. Il s’agit donc d’analyser la manière dont les élèves s’approprient des savoirs institutionnels qui véhiculent des normes de genre. En somme, de quelle manière cette formation nouvelle enseigne-t-elle des savoir-faire et des savoir-être genrés, qui marquent profondément le champ de la petite enfance ?

#

Lire aussi: Informations et avis sur le Dr. Gerardin

Lire aussi: Chemin Initiatique à travers l'Accouchement selon Martine Texier

tags: #martine #andrieu #auxilliaire #de #puericulture #biographie

Articles populaires: