Les familles américaines ayant compté deux présidents des États-Unis sont rares. Si le nom des Bush vient immédiatement à l'esprit, celui des Sheen-Estevez, bien que moins associé à la politique réelle, n'en est pas moins marquant dans l'imaginaire collectif américain. Martin Sheen, figure emblématique du cinéma et de la télévision, a incarné le président démocrate Josiah « Jed » Bartlet dans la série « À la Maison Blanche », de 1999 à 2006. Son fils, Charlie Sheen, a quant à lui interprété un président corrompu dans « Machete Kills ». Cette dualité, entre le président idéaliste et le dirigeant dévoyé, illustre la complexité de cette famille d'acteurs.

Les racines d'une vocation : Martin Sheen, l'immigré devenu star

L'histoire de cette famille est avant tout celle d'un homme : Martin Sheen. Né Ramón Antonio Gerardo Estévez le 3 août 1940 à Dayton, Ohio, il est le fils d'un immigré espagnol, Francisco Estévez Martínez, et d'une mère d'origine irlandaise, Mary-Ann Phelan. Issu d'une famille de dix enfants (neuf garçons et une fille), Martin Sheen grandit dans la tradition catholique. Dès son plus jeune âge, le cinéma le passionne, une vocation que sa mère n’encourage pas.

A 19 ans, Ramón Estevez s'arrange pour rater son examen d'entrée à l'Université de Dayton pour pouvoir suivre une carrière de comédien. Engagé auprès de l'activiste Dorothy Day à son arrivée à New York, il échoue volontairement à son examen d'entrée à l'université pour se lancer la tête la première dans sa carrière de comédien. Les castings se suivent et celle-ci ne décolle pas. Le jeune homme décide alors de changer de nom de scène: ce sera Martin Sheen, Martin pour le directeur de casting de CBS de l'époque Robert Dale Martin et Sheen pour l'archevêque Fulton J. Sheen.

« Je n’ai jamais changé mon nom officiellement. C’est toujours Ramón Estévez sur mon certificat de naissance. Pareil sur ma licence de mariage, mon passeport, mon permis de conduire. Parfois, vous êtes persuadé de ne pas avoir assez de perspicacité ou même de courage pour défendre ce en quoi vous croyez, et vous le payez plus tard. Mais, bien sûr, je ne peux que parler pour moi-même », a expliqué à Closer Weekly l’acteur de 81 ans, avant d’aborder la carrière de ses enfants.

Les chemins vers la gloire sont parfois longs et tortueux. S'il comptait déjà de nombreux rôles à la télévision et quelques apparitions marquantes au cinéma, Martin Sheen devra attendre 33 ans pour être enfin reconnu en tant qu'acteur grâce au premier rôle de «La Balade sauvage» de Terrence Malick, aux côtés de Sissy Spacek. Dans ce faux polar initiatique et panthéiste, l'acteur ressemble enfin à son «modèle», James Dean pour ce qui est sa meilleure interprétation selon lui. Le tournage est aussi légendaire que le film. En transe et totalement dans son personnage, l'acteur erre sur le plateau entre la vie et la mort comme le fantôme qu'est devenu son personnage. Une crise cardiaque et beaucoup d'excès plus tard, il survivra à l'expérience et deviendra dès lors un acteur culte pour toute une génération.

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Martin Sheen jouera ensuite pour de grands réalisateurs - David Cronenberg («Dead Zone»), Martin Scorsese («Les Infiltrés»), Olivier Stone («Wall Street»), dans lequel il donne la réplique à son fils Charlie. Si sa carrière au cinéma est prestigieuse, c'est la télévision qui lui permettra obtenir de nombreuses récompenses, principalement grâce à son rôle de président des Etats-Unis dans «A La Maison Blanche».

L'engagement d'un homme : Martin Sheen, entre convictions et famille

Engagé dans de nombreuses causes - les droits des Indiens d'Amérique, la défense de l'Environnement ou le contrôle des armes, Martin Sheen sera l'une des voix de Hollywood contre la seconde intervention militaire en Irak. Il apporta son soutien au Mouvement des Ouvriers Agricoles avec Cesar Chavez à Delano, Californie. Il est un partisan du Consistent life ethic, qui milite contre l’avortement, l’euthanasie, la peine capitale et la guerre. Il explicita cette vue dans une interview dans The Progressive: "J’ai tendance à être contre l’avortement de toute forme de vie. Mais je suis également contre la peine de mort ou la guerre." Il affirma aussi par la même occasion: "Je suis personnellement oppoé à l’avortement mais je ne jugerai pas les droits d’autrui à ce sujet parce que je ne suis pas une femme et je ne pourrai jamais faire face à l’actuelle réalité de l’avortement." Il apporte également son soutien au Democrats for Life of America's Pregnant Women Support Act.

Il aura aussi insufflé le virus du jeu et du cinéma à toute sa famille, en commençant par son plus jeune frère, Joseph "Joe" Estevez, acteur de série B dont le principal fait d'armes sera d'avoir donné sa voix à un spot en faveur des armes à feu. Mais ce sont surtout les quatre enfants de Martin Sheen, qui vont reprendre le flambeau.

Martin Sheen épousa Janet Templeton le 23 décembre 1961 et ils eurent quatre enfants, trois fils et une fille, tous devenus des acteurs: Emilio, Ramón, Carlos et Renée.

Quatre enfants, quatre destins : La dynastie Sheen-Estevez à l'épreuve d'Hollywood

Emilio Estevez : L'aîné prometteur

L'aîné, Emilio Estevez, sera d'abord le talent le plus prometteur. Amené dès son plus jeune âge sur les plateaux de cinéma - son père lui offrira une caméra à l'âge de 11 ans et il jouera dans une scène coupée d'«Apocalypse Now» à 14 ans -, Emilio connaîtra une formidable popularité au début des années 80. Membre émérite du «Brat Prack» ( «les sales gosses», référence au Rat Pack cher à Frank Sinatra), en compagnie de Rob Lowe, Demi Moore et Molly Ringwald, l'aîné des Sheen-Estevez est la star des films d'ados comme «The Breakfast Club» de John Hughes ou «St Elmo's Fire» de Joel Schumacher. Il aurait pu être Tom Cruise - il sera d'ailleurs membre de l'Eglise de scientologie comme ce dernier -, mais il choisira son propre destin et alternera films derrière et devant la caméra. Pour produire ce qui est peut-être son film le plus personnel, «The War at Home», avec son père Martin Sheen, il acceptera ainsi de reprendre son rôle dans le troisième volet des «Petits Champions», son plus gros succès bien loin de ses aspirations d’auteur. Dégoûté par les us et coutumes de Hollywood, il mettra ensuite sa carrière entre parenthèses avant de revenir derrière la caméra en 2006 pour le prestigieux «Bobby »sur le meurtre de Robert Kennedy.

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Emilio a souhaité conserver son nom (et n'a pas pris le patronyme Sheen) pour se démarquer de son père. Au final, sa carrière est assez sobre.

Charlie Sheen : L'enfant terrible

Né Carlos Irwin Estévez, Charlie Sheen débutera sa carrière d'acteur à l'âge de 9 ans devant la caméra de son père Martin. Charlie est le seul enfant qui a adopté le nom de scène de son père et anglicisé son prénom. Né Carlos Estevez, il est devenu le Charlie Sheen que nous connaissons tous.

Comme ce dernier, c'est un film culte sur la guerre du Vietnam qui va le révéler et marquer sa carrière. Inoubliable recrue de «Platoon» d'Oliver Stone en 1986, un réalisateur qu'il retrouvera pour «Wall Street» l'année suivante, où il donnera la réplique à son père, Charlie Sheen deviendra une star comique après le succès des «Hot Shots» au début des années 90. Ecarté des plateaux de cinéma pour différents excès - sexe, drogue et rock'n'roll -, il devient le roi du petit écran dans les années 2000 grâce à ses rôles dans «Spin City» et surtout «Mon Oncle Charlie», pour lequel il toucher 1,25 million de dollars par épisode. Mais Charlie est vite rattrapé par ses frasques et finalement licencié par la Warner de la série «Mon oncle Charlie» après de nombreux abus - et des violences conjugales contre son épouse Brooke Mueller. Incorrigible homme à femmes, Charlie Sheen reste un habitué des tabloïds même s'il a déjà rebondi au cinéma et à la télévision.

Sa carrière est un exemple de descente aux enfers. Il est donc le fils du prestigieux acteur Martin Sheen, et Charlie va nous démontrer que cela n'offre aucun avantage dans ce bas monde pour perdurer dans un milieu où la moindre faiblesse peut faire plonger n'importe qui dans la dérive et les excès. Car alors que sa carrière débutait de façon très prometteuse avec Platoon et Wall Street d'Oliver Stone à la fin des années 80, les années 90 vont le faire plonger dans l'alcool et la drogue.

Ramon Estevez et Renée Estevez : L'ombre et la lumière

Ses proches ne l'ont jamais lâché. Sur sa dernière série, «Anger Management», son frère Ramon - qui a fait l'acteur sans grand succès - compte parmi les producteurs alors que sa petite soeur Renée - elle aussi comédienne, notamment dans «A la Maison Blanche» - officie à l'écriture. Un retour aux sources que Charlie Sheen va concrétiser dans «Machete Kills» de Robert Rodriguez. Pour l'occasion, il a demandé à être crédité sous son nom de baptême, Carlos Irwin Estevez, pour la plus grande fierté de son frère Emilio et de son père. La boucle est bouclée.

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Après avoir été impliqué dans la production et le développement d'Esteves Sheen Productions, Ramon a coproduit l'émission comique Anger Management avec son frère Charlie Sheen. Ramon semble s'épanouir davantage dans des rôles derrière l'écran que devant lui. Il a cependant réussi à éviter les ennuis.

"The Way, la route ensemble" : Un symbole de réconciliation

Comme un écho à cette famille longtemps dysfonctionnelle sur la voie de la sérénité, le DVD/Blu Ray de «The Way, la route ensemble» réalisé par Emilio Estevez avec Martin Sheen dans l'un des rôles principaux, propose justement une interview croisée du père et de son fils. Beau récit sur un médecin à la recherche de la sérénité intérieure sur le chemin du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, le film peut aussi s'apprécier comme le besoin de Martin Sheen et d'Emilio Estevez de se retrouver, ensemble, sur un projet créatif commun.

Janet Templeton : L'épouse et la mère, pilier de la famille

Janet Templeton est une actrice connue pour ses apparitions dans des productions telles que "The Way", "Rated X" et "Beverly Hills Brats". Elle est également connue pour son rôle d'Elaine de Kooning dans "Kennedy", où Sheen a joué le personnage principal, John F. Kennedy. Janet était également la productrice exécutive de "The Way".

Martin et Janet se sont rencontrés alors qu'elle étudiait l'art à la New School for Social Research à New York. Bien que la date exacte ne soit pas précise, nous savons qu'ils ont fait le noeud le 23 décembre 1961. Et si nous faisons le calcul, cela indique que Martin n'avait que 21 ans, tandis que Janet avait 17 ans ! (elle est née le 8 juillet 1944).

Contrairement à la plupart des hommes d'Hollywood, Martin est resté fidèle à son amour de jeunesse pendant près de 58 ans. Les couples hollywoodiens ont un long chemin à parcourir pour les rattraper. Mais les presque six décennies ensemble n'étaient pas une promenade dans le parc.

Lorsque l'acteur luttait contre son problème d'alcoolisme, il a avoué au Washington Post que c'était une période difficile pour lui et Janet. Rappelant comment était leur mariage à l'époque, Martin a déclaré: "Ouais, ce n'était pas très attachant. J'étais un alcoolique connu, et visiblement troublé dans beaucoup de domaines."

Heureusement, il a pu se remettre sur pied grâce aux Alcooliques anonymes et à son retour à la croyance catholique. Cependant, tout cela s'est produit parce que sa femme lui a toujours dit la vérité. Janet, qu'il décrit comme "la femme la plus effrayante qu'il ait jamais rencontrée", n'a jamais manqué de l'appeler quand il se trompait.

Il a dit :"J'ai eu la chance d'épouser la femme la plus effrayante que j'aie jamais rencontrée. Elle ne savait pas mentir. C'était impossible. Pour moi, la vérité était parfois quelque chose. Pour elle, c'était l'éternité. Elle voulait appelez-moi toujours, Dieu merci." Si vous vous demandez comment un A-lister est resté si longtemps une seule femme, Sheen pourrait vous choquer.

Selon le Washington Post, Martin a répondu à cette question en riant, disant qu'il ne savait pas. Il a dit :"Je n'ai jamais rencontré une personne avec plus d'intégrité dans ma vie, cependant. Honnêtement, je ne pouvais pas la suivre. Cela m'a pris beaucoup de temps pour être aussi égale et directe avec elle qu'elle l'a été, toujours, avec moi. Et c'est la relation. "

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