La "Marche pour la Vie", un événement annuel rassemblant des milliers de personnes opposées à l'avortement, se profile comme un moment clé pour exprimer des revendications sur les questions bioéthiques. En parallèle, des mouvements comme la Manif pour tous saisissent l'opportunité du débat public pour mettre en avant leurs propres revendications, notamment contre la loi Taubira. Cet article explore les enjeux, les motivations et les perspectives de ces différents acteurs dans le contexte social et politique actuel.
Un Contexte de convergence et de contestation
Dans un contexte marqué par la crise des Gilets jaunes et la future révision de la loi sur la bioéthique, une "convergence des souffrances, des colères" se fait sentir, selon un membre de la Marche pour la vie. Les organisateurs de la Marche espèrent que le mouvement des Gilets jaunes permettra de mobiliser davantage que les années précédentes, en capitalisant sur une "défiance commune envers le politique, le gouvernement mais aussi ses méthodes".
La Manif pour tous perçoit également la grogne sociale comme compatible avec son combat contre le mariage homosexuel. Fabien Bouglé appelle à la "convergence" des deux mouvements, soulignant des "similitudes incroyables", telles que "la minimisation du nombre de manifestants" ou "les arrestations arbitraires".
La loi sur la bioéthique au centre des préoccupations
La future révision de la loi sur la bioéthique suscite de vives inquiétudes chez les opposants à l'avortement et à la PMA (procréation médicalement assistée). Ils craignent une "libéralisation totale de la recherche sur l'embryon" et une "extension des politiques eugénistes", via la généralisation du dépistage pré-implantatoire de certaines maladies. Les Sentinelles, mouvement issu de la Manif pour tous, ont repris leurs actions pour alerter sur ces enjeux.
La Marche pour la vie dénonce l'exclusion des questions de bioéthique du grand débat national : "Le gouvernement a choisi à notre place ce qui intéressant. La PMA pour toutes et les questions de bioéthiques ont été exclues du grand débat national." Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a précisé que le mariage pour tous et l'IVG ne seraient pas sur la table, car ces sujets divisent moins l'opinion qu'en 2013.
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Revendications et positions des différents acteurs
La Marche pour la Vie : "Stop à la banalisation de l'IVG"
La Marche pour la vie estime que "la banalisation de l'avortement n'a jamais été aussi forte" en France. Elle entend donc dire "stop à la banalisation de l'IVG" et mobiliser l'opinion publique sur cette question. Les associations organisatrices tablent sur une participation de 30.000 à 50.000 manifestants.
La Manif pour tous : défense de la famille traditionnelle et opposition à la loi Taubira
La Manif pour tous continue de défendre la famille traditionnelle et de s'opposer au mariage homosexuel. Elle a tenté d'imposer ses revendications dans le Grand débat national, avec une proposition d'"Abrogation de la loi Taubira !" qui est arrivée largement en tête d'une consultation organisée sur Internet par le Conseil économique, social et environnemental (Cese). Ludovine de la Rochère assure que "des millions de Français restent opposés à la loi Taubira", même si les sondages montrent une évolution de l'opinion publique sur cette question.
Les catholiques : un électorat divisé
Au sein même de l'électorat catholique, le sujet divise. Le MRJC avait défendu "le droit fondamental pour les femmes et les couples d'avoir recours à l'IVG" et dénoncé "les messages de culpabilisation, d'intolérance et de haine" véhiculés par la "Marche pour la vie". Cette position avait suscité une polémique et des critiques de la part des évêques.
Certains catholiques craignent que la critique de ce qu'ils sont risque de se substituer à la discussion de leurs arguments. Ils redoutent de mettre en jeu le statut même du catholicisme dans la société française.
Les revendications de la Manif pour tous passées au crible
Revenir sur le mariage pour tous : une abrogation difficilement envisageable
La Manif pour tous demande aux partis de droite de revenir purement et simplement sur la loi votée en 2013. Plusieurs cadres de droite envisagent une abrogation de la loi s'ils reviennent au pouvoir en 2017.
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Cependant, d'un point de vue juridique et politique, revenir sur cette réforme est très difficile, voire impossible. On ne revient pas sur des réformes de société comme on revient sur une loi fiscale.
Combattre la "théorie du genre" : un fantasme ?
La Manif pour tous accuse l'ancienne ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, de vouloir enseigner la "théorie du genre" à l'école. Elle reproche au gouvernement de vouloir "amener à considérer les élèves comme des êtres neutres, indifférenciés".
Pourtant, de nombreux articles ont démontré que la "théorie du genre" n'existe pas et qu'elle n'est pas enseignée à l'école. Le concept de genre montre simplement que les différences entre garçons et filles sont construites, et donc qu’elles sont bien réelles.
Pour "l'abolition universelle de la GPA" : une revendication constante
La Manif pour tous refuse d'entendre parler de la Gestation pour autrui pour les couples de même sexe et demande une abolition universelle de la GPA. Même si le gouvernement ne cesse de rappeler qu'il s'oppose à envisager la GPA, cela ne rassure pas le mouvement.
La CEDH a condamné la France pour la non reconnaissance d'enfants nés de mère porteuse à l'étranger, mais ne s'est aucunement prononcée sur le choix des autorités françaises d'interdire la GPA.
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Contre la "tolérance" à l'égard de la PMA : une libéralisation redoutée
La Manif pour tous dénonce une " tolérance à l'égard de la procréation médicalement assistée (PMA)" pour les couples de femmes et souhaite que le gouvernement l'enterre avant même que le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) ne se prononce sur le sujet.
La libéralisation de la PMA en France a beau avoir été renvoyée aux calendes grecques, cela ne suffit pas à rassurer ses opposants.
Contre la réduction du congé parental des femmes : une occasion de mobiliser
Les mesures prises par le gouvernement dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2015 (la diminution du congé parental pour les femmes par exemple) ont ravivé la colère de la Manif pour tous. Ludovine de la Rochère a admis que cela pourrait faire grossir les rangs de la manifestation.
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