L'assistance médicale à la procréation (PMA) avec donneur anonyme est un sujet complexe qui soulève de nombreuses questions éthiques et psychologiques. En France, le maintien de l'anonymat des donneurs de gamètes est une spécificité qui fait débat. Cet article explore les différents aspects de cette question, en s'appuyant sur des témoignages, des analyses de spécialistes et des comparaisons avec d'autres pays.
L'anonymat du don de gamètes en France : un modèle social à interroger
En France, l'anonymat du don de gamètes est la règle. Cette position est justifiée par la volonté de protéger à la fois les donneurs et les parents, et d'éviter une éventuelle baisse du nombre de dons. Cependant, cette pratique est de plus en plus contestée, notamment par les personnes nées d'un don, qui revendiquent le droit d'accéder à leurs origines.
La question de l'anonymat du don de gamètes est au cœur d'un débat qui oppose différentes conceptions de la filiation et de l'identité. D'un côté, certains considèrent que l'anonymat est une garantie de la paix des familles et de la stabilité du modèle social. De l'autre, d'autres estiment que le droit de connaître ses origines est un droit fondamental, qui ne doit pas être sacrifié au nom de considérations pratiques.
Les conséquences psychologiques pour les enfants conçus par PMA avec donneur
Le témoignage de Guillaume, 19 ans, illustre les questionnements identitaires que peuvent rencontrer les enfants conçus par PMA avec donneur. Malgré sa réussite scolaire, Guillaume ressent un mal-être diffus et un besoin impérieux de connaître son père biologique. Après l'avoir rencontré, il se sent soulagé, même s'il ne ressent aucun lien affectif avec lui. La simple identification d'une ressemblance physique semble suffire à combler son besoin d'ancrage.
Marcel Rufo souligne que, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le biologique n'est jamais accessoire. Il représente une origine sur laquelle l'enfant va pouvoir s'ancrer. Ce besoin d'ancrage est tel que les enfants adoptés, la plupart du temps, n'ont de cesse de retrouver leurs parents biologiques, parce qu'ils ont besoin de savoir d'où ils viennent, besoin de connaître la réalité plutôt que de rester dans un fantasme autour d’un insondable mystère qui toujours menace de les engloutir.
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L'analyse des réponses des orphelins montre aussi que le fait d’être orphelin a des répercussions à long terme, dans tous les champs de la vie. De fait, les résultats, que La Croix publie en exclusivité, sont édifiants et confirment ce que la Favec sait depuis longtemps : une loi du silence entoure ces enfants, trop souvent ignorés des politiques publiques. Sans surprise, 86 % disent avoir éprouvé de la tristesse après le décès, 56 %, de la colère, 44 %, de l’angoisse, et 18 %, soit près d’un orphelin sur cinq, confient avoir eu des pensées suicidaires. « On s’aperçoit aussi que les orphelins n’osent pas parler de leur situation, y compris au sein de leur entourage proche, note Geneviève Lobier.
L'évolution de la loi : vers la levée de l'anonymat ?
La question de la levée de l'anonymat des donneurs de gamètes est de plus en plus débattue en France. Les partisans de cette évolution mettent en avant le droit de l'enfant à connaître ses origines, ainsi que les bénéfices psychologiques que cela peut apporter. Ils soulignent également que dans les pays où l'anonymat a été levé, le nombre de dons n'a pas diminué de manière significative.
L'expérience de pays comme la Grande-Bretagne ou la Suède, qui ont levé l’anonymat, montrent que d’autres donneurs se présentent, mieux informés, plus réfléchis, et qui assument qu’à la majorité de l’enfant ou vers ses trente ans, quand il deviendra parent, celui-ci pourra demander à les rencontrer. Et pourquoi pas ? C’est un acte généreux, positif, il n’y a aucun droit ni devoir affairant à la paternité ou maternité.
Muriel FLIS-TREVES, psychanalyste, souligne que l’enfant a besoin de savoir à qui il doit son départ dans le voyage de la vie ; et tout se passe comme si ses liens d’appartenance tenaient compte du prix payé par ceux qui se sont investis pour l’y entraîner. Un simple don de sperme n’engage pas une dette existentielle colossale pour l’enfant qui en est issu.
Les arguments contre la levée de l'anonymat
Les opposants à la levée de l'anonymat craignent une baisse du nombre de dons, ainsi qu'une remise en question de la filiation et de la stabilité des familles. Ils mettent en avant le droit des donneurs à préserver leur anonymat, ainsi que le risque de pressions de la part des enfants nés d'un don.
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On conçoit aisément que parents et donneurs à qui la loi a garanti l’anonymat soient majoritaires à ne pas souhaiter de changement.
PMA pour les couples de lesbiennes : une question connexe
L’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de lesbiennes est une question connexe à celle de l’anonymat du don. Une autorisation de la PMA ne risquerait-elle pas de multiplier le nombre d’enfants privés de la connaissance d’une partie de leur origine biologique, le don de gamètes étant anonyme en France ? Les opposants au projet de loi répondent logiquement qu’il ne faut pas l’autoriser. Les partisans qu’il faut mettre fin à l’anonymat du don.
Serge Hefez, pédopsychiatre à la Pitié-Salpêtrière, estime que les opposants « confondent la famille, qui est une donnée sociale, avec l’engendrement, qui est une donnée biologique ». « Toutes les sociétés fabriquent des formes de famille qui s’éloignent du biologique, poursuit-il. Deux personnes qui n’ont pas engendré un enfant peuvent être ses parents, qui l’aiment et l’élèvent. Cela ne pose pas de problème si les choses sont claires pour l’enfant.«
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