Le secteur de la petite enfance en France est confronté à une crise majeure due à une pénurie de personnel qualifié. Cette situation alarmante met en péril la qualité de l'accueil des jeunes enfants et engendre des difficultés considérables pour les parents. La Première ministre, Élisabeth Borne, s'est déplacée à Angers pour annoncer des mesures visant à pallier ces problèmes.
Un Constat Alarmant : Pénurie et Difficultés
De nombreux parents rencontrent des difficultés pour faire garder leurs enfants. Le manque de places en crèche et, surtout, le manque de professionnels qualifiés sont des obstacles majeurs. La Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF) estimait à près de 10 000 le nombre de professionnels manquants en juillet dernier.
Sophie, auxiliaire de puériculture avec 30 ans d'expérience, témoigne de la difficulté à prendre soin des enfants, trop nombreux pour un nombre insuffisant d'adultes. Elle décrit un manque de temps et une incapacité à offrir une attention humaine adéquate aux enfants, se sentant réduite à changer des couches et à donner à manger. Face à ces conditions de travail difficiles et à un salaire de 1.900 euros net par mois, elle envisage de démissionner, malgré son attachement à ce métier.
Claire, directrice de crèche, cherche désespérément une éducatrice de jeunes enfants depuis près de deux ans. Elle se dit démunie face aux demandes des parents et à la volonté de la mairie d'ouvrir des places supplémentaires, car elle ne dispose pas du personnel nécessaire. Le manque de personnel qualifié contraint certaines crèches à réduire leurs horaires d'ouverture.
Le manque de places d’accueil en crèches pour les jeunes enfants est un sujet qui revient régulièrement dans les discussions entre parents, mais également dans les conseils municipaux et les différentes instances des collectivités territoriales.
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Causes Profondes de la Pénurie
Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie de personnel.
- Le manque d’attractivité des métiers de la petite enfance: salaires bas, conditions de travail difficiles, manque de reconnaissance.
- Un nombre insuffisant de professionnels diplômés: le pays compte 1,3 million de places d’accueil, lesquelles sont réparties à la fois entre l’accueil individuel (assistantes maternelles) et l’accueil collectif (crèches et classes de très petite section en école maternelle).
- Le départ à la retraite d'un grand nombre d'assistantes maternelles : plus d’un quart des assistantes maternelles partiront à la retraite d’ici 2030 et les arrivées dans la profession ne permettent pas de compenser les départs (-10,6% entre 2019 et 2021).
- Une préférence croissante des parents pour l’accueil collectif : présence d’autres enfants, plusieurs personnes pour veiller sur l’enfant et prix, une place en crèche coûtant moins cher que chez une assistante maternelle.
- La dévalorisation des diplômes : La FNEJE s'oppose également à tout ce qui selon elle tend à dévaloriser le diplôme et donc la profession, sous prétexte d'élargir le recrutement.
Conséquences de la Pénurie
La pénurie de personnel a des conséquences néfastes sur la qualité de l'accueil en crèche.
- Dégradation des conditions de travail : les professionnels présents doivent travailler à effectif réduit, ce qui augmente leur charge de travail et leur stress.
- Baisse de la qualité de l'accueil : moins de temps pour chaque enfant, difficultés à répondre à leurs besoins individuels.
- Fermetures de places : certaines crèches sont contraintes de fermer des places, ce qui pénalise les parents.
- Augmentation du coût pour les familles : le coût pour les familles ayant recours à une assistance maternelle ne doit pas être supérieur à celui d'un accueil en crèche.
Solutions Envisagées
Face à cette crise, plusieurs solutions sont envisagées pour améliorer l'attractivité des métiers de la petite enfance et augmenter le nombre de professionnels qualifiés.
- Revalorisation des salaires : les revenus des personnes travaillant dans la petite enfance en France sont très bas comparés à d’autres pays européens. Une revalorisation « nécessaire et évidente » de ces métiers est une priorité. Une revalorisation qui doit être « juste pour les salariés et soutenable pour les gestionnaires ».
- Amélioration des conditions de travail : expérimenter la semaine de 4 jours, comme la Ville de Paris, revoir à la hausse le taux d’encadrement, d’actuellement 1 professionnel pour 6 enfants d’âges mélangés.
- Valorisation des métiers de la petite enfance : organiser des campagnes de communication pour mettre en lumière l’importance du rôle des professionnels dans la socialisation et l’éveil des enfants, ainsi que dans le repérage précoce du handicap.
- Faciliter l'accès à la formation : ouvrir davantage de centres de formation. L'enjeu est de travailler à l'échelle des territoires pour développer et adapter l'offre de formation.
- Aides au logement et à la garde d'enfants pour les professionnels : faciliter l’accès à un logement social et à une place en crèche pour les agents de la petite enfance.
- Création d'un observatoire de la qualité de vie des conditions de travail : avec une mission d'alerte sur des situations dégradées. Le but étant de pouvoir « engager des mesures correctives ».
Mesures Gouvernementales et Réactions
Le gouvernement a pris un arrêté en juillet 2022 permettant de recruter plus facilement des salariés non diplômés et de les former en interne. Cette mesure a été vivement critiquée par les professionnels, qui craignent une détérioration des conditions d'accueil et un manque de temps pour former les arrivants sans qualification. Ils dénoncent également le caractère dévalorisant de cette mesure, les métiers de la petite enfance exigeant des diplômes.
Le gouvernement a créé un comité de filière « petite enfance », qui réunit autour de la table tous les acteurs du secteur. L'objectif est d'agir en urgence pour atténuer les effets de la pénurie et traiter les causes profondes. Une enquête nationale est en cours pour établir une cartographie précise des besoins humains en fonction des régions.
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Initiatives Locales et Solutions Alternatives
Face à la pénurie, des initiatives locales se développent pour trouver des solutions alternatives.
- Les maires mettent l'accent sur la formation de personnel : Xavier Madelaine appelle ses collègues à se saisir du courrier co-signé de l'AMF et des Régions de France, adressé mi-juin aux présidents de régions.
- Certaines crèches réduisent leurs amplitudes horaires : "On a dû, poursuit-elle, dans le courant de l'année, réduire l'amplitude horaire, qui était de 8 h à 19 h, à un 8 h / 18 h.
- D'autres sollicitent des chasseurs de têtes pour recruter dans d'autres régions : ou encore à regrouper les enfants en fermant ponctuellement des sections, voire des établissements entiers.
L'Expérience de la Wallonie et de Bruxelles
En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) a lancé une enquête visant à mesurer la pénurie de professionnels de la petite enfance. L’organisme avait notamment conduit des concertations empiriques avec les fédérations d’employeurs, les syndicats, les représentants des travailleurs, mais aussi avec des familles.
L’ONE a défini quatre axes de travail principaux :
- Le monitoring : Monitorer les données pour pouvoir disposer d’une vision claire et partagée de la situation.
- La communication : Améliorer la valorisation des métiers de la petite enfance notamment par des campagnes coordonnées et visibles à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
- Le soutien au recrutement : Travailler avec les organismes de l’emploi afin d’adapter les procédures et rapprocher plus efficacement l’offre et la demande.
- Les conditions de travail : Agir sur les questions salariales et sur la reconnaissance professionnelle, en tenant compte du ressenti des équipes.
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