Près de six décennies après son assassinat, l'héritage de Malcolm X continue de susciter des interrogations et de nourrir les débats sur la justice et les droits civiques. Malcolm X, né Malcolm Little, fut une figure marquante du mouvement noir aux États-Unis. Son parcours, depuis une enfance marquée par le racisme et la violence jusqu'à son rôle de porte-parole influent de la Nation of Islam, puis son évolution vers un islam plus orthodoxe, témoigne d'une quête incessante de justice et d'identité.
Une Enfance Traumatisée par le Racisme
La vie de Malcolm Little débute le 19 mai 1925 à Omaha, Nebraska. Il est le septième enfant d'une famille de huit. Son père, Earl Little, pasteur et militant de l'Association universelle pour le progrès fondée par Marcus Garvey, prônait le retour des Noirs en Afrique pour y trouver la liberté. Sa mère, Louise, Antillaise au teint clair, portait la marque d'un viol commis sur sa propre mère par un Blanc, une ascendance qui valut à Malcolm le surnom de "Red" en raison de ses cheveux roux.
Les premières années de Malcolm sont marquées par la violence raciale. Le Ku Klux Klan, abreuvé d'une haine des Noirs, brise les vitres de la maison familiale. Malcolm n'a que cinq ans lorsque le KKK met le feu à sa maison à Milwaukee. Ces événements traumatisants laissent des cicatrices profondes et nourrissent un sentiment de répulsion envers la société blanche. La famille Little est contrainte de déménager à Lansing, Michigan.
En 1931, la tragédie frappe à nouveau : Earl Little est retrouvé mort, écrasé par un tramway. Bien que la cause officielle soit un accident, Malcolm est convaincu que son père a été assassiné par la Black Legion, un groupe suprématiste blanc affilié au KKK. La famille, déjà fragilisée, sombre dans la misère. Louise Little, incapable de faire face à la situation, est internée dans un hôpital psychiatrique, et les enfants sont placés dans des familles d'accueil.
Malcolm, adolescent sans repères, erre dans les dédales d'une vie mouvante. Après un passage dans une famille d'accueil blanche, il est placé dans une maison de détention à Mason, dirigée par un couple de notables blancs, les Swerling. Il échappe à une maison de redressement grâce aux relations de Mme Swerling et est inscrit dans un lycée à Mason. Au lycée, Malcolm se distingue par ses brillants résultats, mais il est confronté au racisme lorsqu'un professeur lui déconseille de devenir avocat, lui suggérant plutôt un métier manuel plus conforme à son "statut de Noir". Cette expérience le marque profondément et le convainc que sa couleur de peau déterminera son avenir plus que ses compétences. Il quitte alors le lycée pour rejoindre sa demi-sœur Ella à Boston.
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L'Ascension et la Chute dans le Monde Interlope
À Boston, Malcolm s'éloigne du quartier de la classe moyenne noire où réside sa demi-sœur et préfère le ghetto. Il méprise les Noirs qui aspirent à être plus blancs que blancs et se lance dans une vie de petits boulots et d'activités illégales. Il devient cireur de chaussures dans les cabarets de nuit, côtoyant des jazzmen célèbres comme Duke Ellington et Lionel Hampton. Mais son travail de cireur n'est qu'une couverture : il vend également de la marijuana.
Malcolm déménage à Harlem, New York, où il se construit une réputation de petit prince de la pègre. Rompu à toutes les combines de la rue, il se livre au proxénétisme, à la drogue et aux cambriolages. Sa vie est consumée par les plaisirs éphémères et la violence. Cependant, sa carrière criminelle est interrompue lorsqu'il est arrêté à Boston pour vol et possession d'armes. En février 1946, il est condamné à dix ans de prison.
La Révélation en Prison : Vers la Nation of Islam
L'incarcération marque un tournant décisif dans la vie de Malcolm. En prison, il se lie d'amitié avec un détenu nommé Bimbi, qui l'impressionne par son savoir et son éloquence. Il reçoit également des lettres de ses frères Philbert et Reginald, qui lui parlent de la Nation of Islam et d'Elijah Muhammad.
En 1948, Malcolm est transféré à la prison de Concord, puis à la prison de Norfolk, où il a accès à une bibliothèque bien fournie. Il dévore les livres, recopie le dictionnaire et découvre le plaisir de la lecture et de l'apprentissage. La découverte de la lecture éveille en Malcolm : « le désir profond, latent, de vivre intellectuellement. » Servi par une mémoire phénoménale, et de grandes facultés d'apprentissage, Malcolm acquiert rapidement une solide culture qui lui permet d'effectuer en prison des exposés sur l'historien grec Hérodote, le philosophe Socrate ou encore sur Shakespeare. Son esprit qui jadis divaguait sous l'effet de la drogue, exulte désormais au rythme de ses prestations intellectuelles. Il renoue également en prison avec sa négritude.
Il se convertit à la Nation of Islam et commence à correspondre avec Elijah Muhammad. Il abandonne son nom de famille "Little" et adopte le nom de "X", symbole de l'inconnu, en signe de rejet de son nom d'esclave.
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Au Service de la Nation of Islam : Un Orateur Influent
À sa sortie de prison en 1952, Malcolm rejoint la Nation of Islam et devient rapidement l'un de ses porte-parole les plus influents. Il prêche la doctrine de la Nation of Islam, qui prône la séparation des races et l'autosuffisance des Noirs. Son éloquence et sa ferveur attirent de nombreux adeptes, et il contribue à l'expansion de l'organisation.
Il est nommé assistant pasteur du temple numéro 1 de Detroit, puis dirige la septième mosquée de la Nation of Islam à Harlem, New York. Ses qualités de tribun font merveille. Il connaît une ascension fulgurante au sein de la « Nation of Islam » devenant l'objet d'une jalousie considérable. Il inspire le boxeur Cassius Clay, qui rejoint la Nation of Islam et change son nom pour celui de Muhammad Ali.
Malcolm X dégage une très grande énergie et était capable de travailler d'un jour sur l'autre avec seulement quatre heures de sommeil et moins. C'était un orateur convaincant, et il fut connu plus largement après qu'une émission de télévision locale sur Nation of Islam fut diffusée en 1959, alors que l'organisation est jusqu'alors peu connue.
La Rupture avec la Nation of Islam et l'Évolution Spirituelle
Au début des années 1960, des tensions apparaissent entre Malcolm X et Elijah Muhammad. Malcolm est troublé par les rumeurs concernant les relations sexuelles extra-maritales d'Elijah Muhammad, qui sont condamnées par le credo de la Nation of Islam. Il critiqua la Marche sur Washington (March on Washington for Jobs and Freedom), ne comprenant pas pourquoi les Noirs s'ébahissaient d'une manifestation "menée par les Blancs devant une statue d'un président mort depuis cent ans et qui ne nous aimait pas lorsqu'il était en vie".
En mars 1964, Malcolm X quitte la Nation of Islam. Il rejette l'intégration des Noirs et refuse de condamner la violence des opprimés. Il fonde l'Organisation de l'unité afro-américaine (OAAU), un mouvement politique qui prône l'unité des Africains et des Afro-Américains.
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En avril 1964, il effectue un pèlerinage à la Mecque (Hajj) et se convertit à l'islam sunnite. Cette expérience transforme sa vision du monde. Il se fait désormais appeler El-Hajj Malik El-Shabazz et prône l'unité de tous les peuples, quelle que soit leur race.
L'Assassinat et les Zones d'Ombre
Après avoir été l'objet de plusieurs menaces, Malcolm X est assassiné le 21 février 1965 lors d'un discours public à Harlem, New York. Trois hommes, membres de la Nation of Islam, sont condamnés pour le meurtre, dont deux ont été disculpés des décennies plus tard, en novembre 2021.
Cependant, de nombreuses zones d'ombre persistent autour de l'assassinat. Certaines thèses mettent en cause la Nation of Islam, d'autres une implication du FBI. Près de 60 ans après la mort de Malcolm X, ses filles ont déposé plainte contre la CIA, le FBI et la police de New York, les accusant d'avoir intentionnellement omis de le protéger et réclamant 100 millions de dollars de dommages et intérêts.
La plainte affirme que les agences étaient au courant des menaces contre Malcolm X, mais « n’ont pas réussi à intervenir en son nom ». Il indique qu’ils avaient « intentionnellement fait sortir leurs agents de l’intérieur de la salle de bal » avant que Malcom X ne soit abattu et l’avaient laissé encore plus exposé en arrêtant ses agents de sécurité dans les jours précédant l’événement. La famille affirme également que les agences se sont livrées à « une dissimulation » après la mort de Malcolm X en cachant des informations à sa famille et en paralysant les efforts visant à identifier ses assassins.
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