Maître Gims, désormais connu sous le nom de Gims, est un artiste majeur de la scène musicale française. Son parcours, marqué par une enfance difficile et une ascension fulgurante, fascine autant qu'il inspire. Cet article se penche sur les premières années de sa vie, de Kinshasa aux squats parisiens, révélant les influences et les événements qui ont façonné l'homme et l'artiste qu'il est aujourd'hui.
Naissance et Origines Congolaises
Ghandi Djuna, alias Maître Gims, est né le 6 mai 1986 à Kinshasa, dans ce qui était alors le Zaïre, aujourd'hui la République démocratique du Congo. Il grandit dans une famille de musiciens, son père, Djanana Djuna, étant un chanteur renommé du groupe Viva la Musica de Papa Wemba. La musique occupe une place centrale dans la culture congolaise, aussi importante que la politique.
Gims lui-même raconte : "Mon prénom, c'est Gandhi. Mon nom, c'est Djuna. J'ai un frère qui s'appelle Trésor, un autre Bijou. Les Congolais sont les meilleurs pour trouver des blases. Je m'en tire bien. C'est mon père qui m'a appelé comme ça. Il aimait beaucoup le personnage. J'ai toujours été un peu orateur. J'ai toujours eu ce truc qui motivait les gens. Je m'en suis rendu compte assez tôt. On dit que l'enfant porte son nom, je pense que c'est une vérité. Je suis né le 6 mai 1986 à Kinshasa au Zaïre, à l'époque de Joseph-Désiré Mobutu".
Son père, Djuna Djanana, était une star de la musique africaine des années 1980, popularisant la rumba congolaise à travers le monde. Il a même fait danser Mobutu, le président congolais, pour l'anniversaire de son épouse.
L'Exil en France : Une Enfance Difficile
En 1988, alors que Gims a seulement deux ans, sa famille est contrainte de quitter le pays en raison de la situation politique et de la pauvreté extrême. Son père explique : "Le peuple souffrait. Mobutu a changé complètement. J'ai chanté une chanson contre son régime. C'est pourquoi j'ai fui le pays. Je ne voulais pas qu'on m'arrête".
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Gims ajoute : « Je ne suis pas né en Occident, je suis arrivé par accident. Maman voulait que son fils ait un avenir. »
La famille émigre en France et s'installe dans le IIIe arrondissement de Paris. Commence alors une période de grande précarité. Gims, ses parents et ses quatorze frères et sœurs vivent une enfance difficile en tant qu'étrangers clandestins.
"Ainsi a commencé la longue série des squats surpeuplés, des expulsions et des hôtels temporaires. Accueillir six personnes d'un coup, forcément, ce n'est pas évident", écrit Gims.
Le jeune garçon vit dans des familles d'accueil puis dans des squats jusqu’à l’âge de 18 ans. Il se souvient : « Ma mère, qui est femme de ménage, vivait seule dans une pièce et a été expulsée plusieurs fois. J’avais ma fierté. Je suis parti. J’ai fréquenté des dealers, j’étais un enfant de la rue. »
Il poursuit : "J'habite avec ma mère dans ces fameux squats où on vit avec plein de gens qui sont dans la même situation que nous. On se partage la maison. On se lavait dans une bassine. Il fallait se mettre dedans après que l'eau ait chauffé à la gazinière. Je n'y arrivais pas. J'ai grandi avec beaucoup de toxicomanes. J'avais un “tonton” qui cachait la cocaïne dans des pots de yaourt. Je suis tombé dessus comme ça. J'ai goûté, je ne connaissais pas le goût. Je lui ai demandé de m'apprendre le métier. Il m'a engueulé ce jour-là." Leur planque sera vite perquisitionnée par la police. Gims deviendra alors un enfant de la rue.
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Malgré ces difficultés, Gims garde une certaine fierté et masque ses faiblesses. « Parfois, il passait des nuits dans la rue, dévoile l’un de ses amis, toujours dans Libération, mais il n’en parlait à personne.
Gims, avec ses deux grands frères, Saty et Afi, est placé dans un foyer d'accueil à Forges-les-Bains, en région parisienne, où leurs parents ne viennent les voir que le week-end. En 1995, ses parents se séparent. Le garçon se retrouve alors à la rue avec ses deux petites sœurs et son petit frère Bedjik.
Il se souvient : "Avec le recul, je me rends compte à quel point la situation était terrible : des tout petits enfants, placés en internat parce que leur famille, sans papiers et sans domicile fixe, est trop instable pour s'occuper d'eux… Et mes parents, pendant ce temps-là, que faisaient-ils, où étaient-ils, sur quelle galère voguaient-ils ? Encore aujourd'hui, cela fait partie des passages trop noirs dont ils ne parlent pas. Ils nous récupéraient le week-end, voilà tout".
Les Premières Affinités Musicales
Dès son plus jeune âge, Maître Gims s’intéresse au rap et à la musique en général, tout comme ses frères Dadju, Bedjik, Xgangs et Djelass. Il est influencé par des artistes comme Nate Dogg, Marvin Gaye, Michael Jackson, 50 Cent, Eminem ou encore Tandem.
Gims rappait déjà lorsqu'il était au collège, avec ses amis de la Sexion d'Assaut, en faisant des petits freestyles de rap dans son quartier de la rue Milton.
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Sexion d'Assaut : L'Ascension
En 2002, Maître Gims intègre le collectif Sexion d’Assaut, composé de Lefa, Barack Adama, Maska, Doomams, JR O Chrome, Black M et L.I.O Pétrodollars. Il prend son nom de scène en référence aux arts martiaux et aux films asiatiques qu’il adore.
Avec son collectif de la Sexion d'Assaut, il sort en 2003 un premier titre, Coup 2 Pression ; il formait en parallèle avec JR le duo Protoype 3015. Après quelques morceaux faits en indépendants, ils rencontrent leur actuel manager, Dawala, dans les caves de Châtelet-Les Halles à Paris. Il leur permet de sortir en 2005 un CD intitulé La Terre du milieu ; c'est Maître Gims lui-même qui dessine la pochette du CD.
Peu après, en 2006, il s'essaie à la production, compose des instrumentales et sort son maxi Pour ceux qui dorment les yeux ouverts. Pressé à très peu d'exemplaires, c'est un disque qui a pour but de le faire connaître du grand public. Sur son disque, on peut retrouver des morceaux avec la Sexion d'Assaut, le rappeur Koma de la Scred Connexion et une chanteuse nommée Carole.
Entre-temps, il participe avec la Sexion d'Assaut à deux 12 Inch'All Star (célèbre battle dans l'underground parisien) dans la salle du Batofar ; il ne gagne pas le premier mais remporte le deuxième, et il est depuis considéré comme l'un des meilleurs kickeurs (freestyleurs) de France.
Sexion d’Assaut sort quelques titres qui plaisent au grand public, suivis de deux albums (« Le Renouveau » en 2008 et « L’Écrasement de tête » en 2009 chez Because Music). En 2010, Sexion d’Assaut signe chez Sony et sort l’album « L’Ecole des points vitaux ». Maître Gims s’y distingue en tant qu’auteur-compositeur-interprète. Sur L'École des points vitaux, Maître Gims est crédité d'auteur-compositeur-interprète. Comme avec son propre maxi, il compose des instrumentales comme Ils appellent ça, Casquette à l'envers, etc.
Carrière Solo et Consécration
Malgré le succès du groupe Sexion d’Assaut, Maître Gims n’oublie pas ses projets personnels. En 2012, il crée une BD en ligne nommée « Au cœur du vortex ». L’année d’après, il sort sa propre ligne de vêtements, Vortex Vx. Cette marque fit son apparition peu après la sortie du clip de J'me tire dans lequel Maître Gims apparaît pour la première fois vêtu d'un t-shirt Vortex.
Il se lance alors dans la musique en solo avec son premier album, « Subliminal », sorti le 20 mai 2013. Le titre « J’me tire » est un énorme succès, qui reste pendant un mois en tête des charts en France. Deux mois plus tard, Maître Gims fait de nouveau parler de lui avec « Bella », probablement l’un de ses titres les plus connus. Le 31 mai 2013, il réalise son premier concert solo à l'Olympia.
Peu de temps après, il annonce vouloir faire une pause au sein du groupe Sexion d’Assaut. Maître Gims veut se recentrer sur ses quatre enfants qu’il ne voit pas souvent (le plus âgé de ses quatre enfants est né vers 2008 et le plus jeune en 2013).
Le duo « Game Over » avec Vitaa et la balade « Changer » assoient la popularité de Maître Gims. D’après Challenges, c’est le deuxième artiste français le mieux payé en 2013.
En 2015, le rappeur sort un double album, « Mon cœur avait raison ». Le titre « Sapés comme jamais », en duo avec Niska, se classe numéro 1 des hits en France.
La voix puissante de Maître Gims et son look reconnaissable (il n’enlève jamais ses lunettes noires) sont désormais très connus du grand public.
En 2016, Maître Gims quitte le label Wati-B et sort l’album « Ceinture noire » chez Play Two (TF1). Les titres « Marabout », « Le Pire » et « Caméléon » sont plébiscités.
En 2018, le rappeur connaît un énorme succès en chantant avec Vianney sur « La Même ». Il écrit aussi un manga avec son frère Darcy, « Devil’s Relics » et revisite « Bella Ciao » avec Vitaa, Dadju et Slimane.
En 2019, Maître Gims prépare un nouvel album qui doit s’appeler « Transcendance ». Habitué à partager le micro avec d’autres artistes, Gims lance son année 2021 avec une nouvelle collaboration. Avec les chanteurs Slimane et Dadju, il s’autorise une reprise de la chanson "Belle" extraite de la comédie musicale "Notre-Dame de Paris". Plus de 20 ans après la sortie du titre original, Gims et ses compagnons d’aventure dépoussièrent la chanson interprétée par Garou, Daniel Lavoie et Patrick Fiori.
Depuis la sortie de son album "Transcendance" en 2019, Gims multiplie les apparitions médiatiques. Coach très apprécié dans la célèbre émission "The Voice Kids", il a également été sélectionné pour interpréter l’un des hymnes de la Coupe du monde organisée au Qatar en 2022. Pour Gims, la fin de l’année 2022 est également marquée par plusieurs projets collaboratifs. Parmi ceux-ci, on retrouve les singles "Après vous madame" avec Soolking et "Demain" avec Carla Bruni. Il participe aussi à la bande originale de la Coupe du monde de football en interprétant la chanson "Arhbo". Ce qui lui donne l’occasion de côtoyer les artistes Ozuna et RedOne.
Gims a également levé un peu du mystère qui le caractérise en publiant un cliché de son enfance sur Instagram. Assis sur le siège d’un métro, Gims y est expressif. D’ailleurs en légende, il explique « De zéro a cent, ou le rêve africain… », en précisant en hashtag « Kinshasa » et « Paris Centre ».
Révélations et Spiritualité
Dans un documentaire événement publié sur Netflix, Gims se livre comme jamais sur son enfance dans la misère. Il évoque également sa spiritualité et sa foi musulmane. Désormais habitant du Maroc, c'est là où il se ressource et fait une pause dans sa carrière pendant le ramadan. « Je me sens bien ici car c'est un pays musulman », confie-t-il.
Il révèle également avoir rejoint en 2005 la secte islamiste « les Frères du Tabligh ». « Il y avait des personnes qui finissaient mortes, suicidées en Irak, raconte-t-il. Des gens qui étaient à côté de moi. Et cela m'a fait flipper, je ne sais pas où j'aurais pu terminer. »
L'Icône aux Lunettes Noires
Alors que ses paires de lunettes de soleil sont devenues une marque de fabrique, Gims s’évertue à se justifier sur la question. « Honnêtement, sans lunettes, ce n’est pas intéressant, expliquait-il à Charts in France. On n’a pas à savoir ce que je pense. Je vais dire des choses et c’est ce que je dis qui est important. Les gens veulent voir le Maître Gims qu’ils connaissent, avec ses lunettes. Sans les lunettes, je pense qu’on perd quelque chose. »
Pourtant, il a fait ce que tout le monde (ou presque) attendait de lui : il a ôté ses légendaires lunettes de soleil à plusieurs reprises.
