Le discours d'Emmanuel Macron sur l'éducation et l'enfance suscite de nombreuses réactions et analyses. Cet article se propose d'examiner les différents aspects de ce discours, en s'appuyant sur des exemples concrets et des points de vue d'experts.

Réforme du temps scolaire et des vacances

Emmanuel Macron a soulevé la question du raccourcissement des vacances scolaires, en particulier pour les élèves en difficulté. Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste de l'éducation, estime que cette idée n'est pas mauvaise en soi, car les longues vacances d'été peuvent entraîner une perte d'acquis pour certains élèves. Cependant, elle souligne les difficultés de mise en œuvre d'une telle mesure : comment désigner les élèves concernés ? Quelles écoles l'appliqueraient ? Les parents et les enseignants seraient-ils d'accord ?

Duru-Bellat propose d'autres pistes pour récupérer du temps scolaire, comme le reprendre au mois de juin, faire rentrer tous les élèves une semaine plus tôt, ou organiser des révisions différenciées. Elle insiste sur le fait que toute modification du calendrier scolaire doit concerner tous les élèves et tous les enseignants, quitte à proposer des activités différentes au sein de l'école.

Le collège unique

Le président Macron défend le collège unique, un modèle européen qui, selon Duru-Bellat, ne devrait pas être remis en question au risque de s'isoler en Europe. Les difficultés rencontrées par le collège unique sont liées, selon elle, au fait que les enfants n'ont pas toujours acquis les bases nécessaires lorsqu'ils y entrent. Il est donc essentiel de lutter contre l'échec scolaire précoce. Duru-Bellat critique également l'idée de sélectionner les élèves trop tôt, soulignant que Nicolas Sarkozy avait déjà tenté de mettre des élèves en apprentissage dès 14 ans, sans succès.

L'essayiste Jean-Paul Brighelli critique vivement le collège unique, l'accusant d'abaisser le niveau général des élèves. Duru-Bellat rejette cette critique, qualifiant Brighelli de "philosophe polémiste" qui ne connaît guère les questions d'éducation. Elle souligne que les élèves présentent des niveaux hétérogènes au collège, et que les enseignants peuvent être amenés à adapter le niveau pour un élève moyen. Elle estime que les bons élèves auront toujours le temps de se distinguer, et qu'il n'est pas nécessaire d'exiger une précocité absolue.

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L'objectif de 80 % d'une classe d'âge au bac

Emmanuel Macron souhaite en finir avec "l'hypocrisie" de l'objectif de 80 % d'une classe d'âge au bac, car un tiers des lycéens sont en lycée professionnel. Duru-Bellat rappelle que cet objectif est issu d'une exigence européenne, et qu'il n'aurait jamais été atteint sans le bac pro. Elle souligne que de plus en plus de jeunes passent par le bac pro, puis le BTS, avant de rejoindre un master, ce qui montre que cette filière peut être une voie alternative intéressante. Elle regrette que la France développe les études longues sans s'interroger sur ce qu'apprennent réellement les élèves, et qu'elle se contente d'indicateurs. Elle plaide pour une plus grande exigence en matière d'évaluation.

Le manque d'attractivité du métier d'enseignant

Le métier d'enseignant peine à recruter, ce qui pose un problème plus vaste de motivation des jeunes pour les métiers qui exigent un contact avec les autres. Duru-Bellat estime que ce n'est pas seulement une question de salaire, mais que le métier lui-même a perdu en attractivité. Elle suggère de ne pas placer d'emblée les professeurs inexpérimentés dans les écoles difficiles, et de mieux former les enseignants à la pédagogie et à la psychologie. Elle regrette que le bien-être des élèves soit peu pris en compte en France, et que les enseignants soient avant tout considérés comme des experts dans leur discipline, plutôt que comme des éducateurs à part entière. Elle souligne l'importance de prendre en compte la personnalité des élèves et de les écouter, ce qui est plus éducatif que de leur lire de grands textes. Elle déplore la suppression des heures de vie de classe, qui permettaient de traiter des problèmes concrets rencontrés par les élèves.

Réarmement démographique et natalité

Après avoir appelé à un "réarmement démographique" pour lutter contre l'infertilité, Emmanuel Macron a suscité des critiques, notamment de la part des sénatrices de la délégation au droit des femmes du Sénat. Le terme de "réarmement" est jugé mal choisi et inquiétant, car il évoque un contexte de guerre et de nationalisme. Certaines sénatrices dénoncent une "obsession nataliste" et une rhétorique "guerrière" qui rappellent des slogans du passé.

Cependant, la volonté du président de réformer le congé parental, pour le rendre plus court et mieux rémunéré, est plus largement saluée. L'idée est de remplacer le congé parental actuel par un "congé de naissance" qui permettrait aux deux parents d'être auprès de leur enfant pendant 6 mois, tout en favorisant le retour des femmes sur le marché du travail.

Certains sénateurs soulignent que la question de l'infertilité est avant tout un problème de santé publique et environnementale, lié notamment à la pollution et aux perturbateurs endocriniens. Ils insistent sur la nécessité de prendre en compte les difficultés de garde d'enfants, qui sont un frein à la natalité et à l'emploi des femmes.

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Convention citoyenne sur les temps de l'enfant

Emmanuel Macron a annoncé le lancement d'une convention citoyenne sur "les temps de l'enfant" et "l'organisation de la journée des enfants de 3 à 18 ans". L'objectif est de rendre l'organisation des journées des élèves plus favorable à leur développement et aux apprentissages, tout en facilitant la vie des familles. Cette convention, confiée au Conseil économique, social et environnemental (CESE), pourrait démarrer début juin et s'étaler jusqu'à l'automne.

Petite enfance : un système à bout de souffle ?

Lors de son discours d'ouverture du Congrès de la Fédération des acteurs de la solidarité, Emmanuel Macron a mis l'accent sur la petite enfance, reconnaissant que le système français d'accueil des jeunes enfants est "à bout de souffle". Il a souligné que près de 20 % des parents n'obtiennent pas de mode d'accueil, que plus de 160 000 personnes ne reprennent pas le travail faute de solution de garde, et qu'il manque environ 200 000 places. Il a également déploré les inégalités d'accès à la crèche, qui bénéficie davantage aux enfants des classes favorisées.

Face à ce constat, le chef de l'Etat a annoncé des mesures ambitieuses, comme la mise en place d'un véritable droit à la garde d'enfant, avec une indemnisation en cas d'absence de solution, et l'ouverture de 200 000 nouvelles places d'accueil. Il a également évoqué la nécessité de désigner un chef de file unique responsable de cette politique.

Ces annonces ont suscité des réactions mitigées. Si certains saluent l'ambition du président, d'autres mettent en doute sa capacité à mener à bien un tel projet, compte tenu des difficultés rencontrées lors de son précédent quinquennat. Le SNPPE (Syndicat National des Professionnels de la Petite Enfance) s'agace notamment de l'absence de mention des professionnels de la petite enfance dans le discours présidentiel.

Responsabilité des parents et émeutes urbaines

Après les émeutes qui ont suivi la mort du jeune Nahel, Emmanuel Macron a affirmé envisager de sanctionner "financièrement" les familles des jeunes émeutiers. Ce discours sur la responsabilité des parents est réservé aux classes populaires depuis le XIXe siècle, selon Jean-Jacques Yvorel, spécialiste de l'Histoire de la justice des mineurs.

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Yvorel souligne que la "défiance systématique à l'égard des parents des classes populaires" est apparue au XIXe siècle, avec l'industrialisation et l'urbanisation. À cette époque, les parents étaient souvent considérés comme moralement responsables de la déviance de leurs enfants, et l'on cherchait à séparer les enfants de leur famille.

Aujourd'hui, ce discours s'adresse toujours aux parents des cités, qui vivent dans des conditions de vie difficiles. Il est plus facile de surveiller ses enfants dans une maison avec piscine que dans un appartement HLM. Yvorel rappelle que les parents des classes populaires ont les mêmes rêves pour leurs enfants que les parents des classes aisées, mais qu'ils n'ont pas les mêmes moyens de les réaliser.

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