Le lupus est une maladie auto-immune complexe qui touche de manière disproportionnée les femmes, en particulier celles en âge de procréer. L'interaction entre le lupus et les hormones féminines, notamment pendant le cycle menstruel, la grossesse et la ménopause, est un domaine de recherche important pour améliorer la prise en charge des patientes. Cet article explore les différents aspects de cette relation complexe, en s'appuyant sur les connaissances actuelles et les témoignages de patientes.

Introduction au Lupus et à ses Différentes Formes

Le lupus est une maladie auto-immune rare, touchant environ 41 personnes sur 100 000 en France métropolitaine. Il existe plusieurs types de lupus, notamment le lupus érythémateux discoïde, le lupus érythémateux systémique (LES), le lupus induit (ou médicamenteux) et le lupus néonatal. Le LES, également appelé lupus érythémateux disséminé (LED), est la forme la plus courante. Le LES peut affecter divers organes, tels que les articulations, la peau, les vaisseaux sanguins et le cœur. Les femmes sont dix fois plus susceptibles d'être atteintes de lupus que les hommes, et ce sont souvent les femmes en âge de procréer (entre 15 et 40 ans) qui sont les plus touchées. Le lupus érythémateux disséminé est une maladie auto-immune dite systémique. En d’autre terme, la réponse immunitaire est dirigée contre des composants appartenant à l’ensemble des cellules de l’organisme d’où la multiplicité des organes touchés. Les plus fréquemment atteints sont la peau, les articulations, le cœur, le poumon et le rein.

Hormones Féminines et Lupus : Un Lien Complexe

Les hormones féminines, notamment les œstrogènes et la progestérone, fluctuent tout au long du cycle menstruel et varient également en fonction de l'étape de la vie d'une femme, notamment pendant la ménopause. Un lien potentiel entre les œstrogènes et le lupus est étudié, avec une prévalence du lupus potentiellement plus élevée chez les femmes ayant un fort taux d'œstrogènes et une prévalence du lupus faible après la ménopause.

L'équipe de Jean-Charles Guéry s'intéresse au pouvoir des hormones féminine sur le lupus. La ménopause correspond à l’arrêt du fonctionnement des ovaires. Elle s’accompagne donc d’une chute de la production des hormones féminine normalement produite par ces organes.

Les chercheurs ont initié un projet de recherche clinique permettant d’évaluer l’effet d’un traitement à base d’œstrogène sur la régulation de certaines cellules du système immunitaire. Cette étude a été réalisée sur une trentaine de femmes ménopausées en parfaite santé, n’ayant aucune pathologie lupique. Elle a permis de montrer que les oestrogènes contrôlent la fonction de cellules particulières du système immunitaire appelées cellules dendritiques plasmacytoïdes. Ces résultats ont été confirmé par une étude expérimentale effectuée sur des modèles souris. Les chercheurs ont utilisé des souris présentant un défaut dans la signalisation des hormones oestrogènes, plus précisément du récepteur au œstrogène. Ils ont observé que, chez ces souris, l’activation des cellules dendritiques ne se faisait plus. D’une part, il apporte un argument de plus pour dire que les hormones ont bien un rôle à jouer dans la pathologie lupique. D’autre part, il confirme et prouve que les traitements à base d’œstrogène utilisés pour diminuer les effets néfastes de la ménopause ne sont pas conseillés chez les femmes lupiques.

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Cependant, il est important de noter que la mise en évidence de la relation entre les hormones et l'immunité reste difficile à comprendre totalement. Des études supplémentaires sont nécessaires pour élucider les mécanismes complexes qui sous-tendent cette interaction.

Lupus et Cycle Menstruel : Témoignages de Patientes

Les témoignages de patientes atteintes de lupus mettent en lumière l'impact du cycle menstruel sur les symptômes de la maladie. Certaines femmes rapportent des symptômes particuliers avant ou pendant leurs règles, tels que des douleurs abdominales basses ou une exacerbation des symptômes du lupus.

Des patientes sous plaquénil e asp gic se plaignent des règles trop abondantes. Il existe des pilules sans oestrogene qui sont indiquées pour le lupus.

Il est essentiel que les patientes discutent de ces symptômes avec leur médecin afin d'adapter leur traitement et de mieux gérer leur maladie.

Contraception et Lupus : Quelles Options Choisir ?

La contraception est une question importante pour les femmes atteintes de lupus, en particulier celles en âge de procréer. Certains traitements du lupus sont tératogènes, ce qui signifie qu'ils peuvent nuire au développement du fœtus. Par conséquent, une contraception efficace est essentielle pour les femmes qui prennent ces médicaments.

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La contraception orale a longtemps été interdite pour les patients souffrant de LES. Actuellement, différentes alternatives thérapeutiques sont possibles chez les femmes en âge de procréer :

  • Pilules progestatives : Les pilules progestatives sont les plus souvent prescrites chez les femmes atteintes de lupus.
  • Pilules oestroprogestatives : Les pilules oestroprogestatives peuvent toutefois être utilisées si il n’y a pas d’antécédent de thrombose, de biologie antiphospholipides ou de manifestations du lupus de manière sévère.
  • Dispositifs intra-utérins (DIU) : Les dispositifs hormonaux délivrant des petites doses de lévonorgestrel peuvent également être utilisés chez les patientes lupiques.
  • Implants progestatifs : L’implant progestatif est un petit dispositif (bâtonnet de 4 cm) que l’on met sous la peau à la face interne du bras. Ce dispositif est posé pour 3 ans maximum.

Les patientes et leurs médecins doivent discuter des avantages et des inconvénients de chaque option contraceptive afin de choisir la méthode la plus appropriée en fonction de leur situation individuelle.

Lupus et Grossesse : Planification et Précautions

La grossesse chez les femmes atteintes de lupus nécessite une planification minutieuse et une prise en charge spécialisée. Le lupus systémique évolue par poussées et est associé à une mortalité maternelle ainsi que fœtale plus élevée.

Il est important que les patientes comprennent les enjeux et les risques potentiels d’une grossesse si celle-ci est mal encadrée. Il est important que les patientes sachent identifier les signes d’alerte de consultation en urgence lors d’une grossesse. Enfin, un des objectifs est que les patientes connaissent les traitements contre-indiqués lors de la grossesse et de l’allaitement.

Une consultation pré-conceptionnelle doit être mise en place pour évaluer la possibilité d’une grossesse future avec une bonne prise en charge du lupus. Lors de cette visite, plusieurs points seront évalués :

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  • S’assurer que la patiente est à jour dans ses vaccins
  • Mettre en place une supplémentation en folate également appelée vitamine B9. Le besoin en vitamine B9 augmente lors de la grossesse.

La grossesse est souvent associée à un répit de la maladie. Il est vrai que les effets des maladies autoimmunes sont souvent diminués pendant la grossesse, alors même que les doses d’œstrogènes sont augmentées. Les chercheurs travaillent sur ce sujet depuis plusieurs années mais plutôt sur des modèles de sclérose en plaque. Cela n’empêche en rien l’extrapolation à d’autres maladies autoimmunes type PR et lupus. Leur objectif est de comprendre comment les œstrogènes, produits a un niveau plus élevé, pourrait diminuer la maladie. Nos premiers résultats laissent penser que, oui, les hormones oestrogènes sont impliquées dans ce mécanisme. Elles auraient en fait un rôle différent en fonction de leur dose, des cellules ou des tissus sur lesquelles elles agissent.

Idéalement, l’organisation de la surveillance de la grossesse et les éventuelles modifications thérapeutiques sont réalisées lors d’une consultation appelée consultation préconceptionnelle. Dans certains cas, le médecin peut déconseiller une grossesse. Ceci peut être transitoire (poussée lupique récente, traitement par médicaments responsables de malformations) ou définitif (atteinte sévère d’une valve cardiaque, insuffisance rénale sévère séquellaire d’une poussée antérieure par exemple). Une autre façon d’être parents doit alors être envisagée, comme l’adoption.

Les femmes atteintes de lupus peuvent mener une grossesse à terme et avoir un enfant en bonne santé si cette grossesse est programmée et prise en charge par une équipe spécialisée.

Lupus et Ménopause : Défis et Traitements Alternatifs

La ménopause, caractérisée par l'arrêt du fonctionnement des ovaires et une diminution de la production d'hormones féminines, peut également influencer l'évolution du lupus. Des traitements substitutifs existent afin de remédier aux effets secondaires tel que bouffées de chaleurs, douleurs articulaires et ostéoporose. Ces traitements associes deux hormones différentes : œstrogène et progestérone.

Les études ont permis de confirmer que le traitement des femmes lupiques ménopausées par les œstrogènes n’est pas conseillé et que le traitement au raloxiphène pourrait être une alternative. Le raloxifène est utilisé comme traitement pour les femmes post-ménopausées qui présentent un risque d’ostéoporose mais qui ne supportent pas bien les traitements classiques. Elle mime certain effet de l’œstrogène mais n’agit pas sur les mêmes voies de signalisation.

Il est important de noter que la ménopause peut survenir plus précocement chez certaines femmes ayant reçu de fortes doses de cyclophosphamide.

Endométriose et Lupus : Une Association Possible

L’endométriose est une maladie gynécologique qui concerne environ une femme sur dix en âge de procréer. Elle est liée à la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus. Différents organes peuvent être touchés. La maladie peut provoquer des douleurs parfois invalidantes, notamment au moment des règles, mais elle peut aussi rester asymptomatique. Dans environ un tiers des cas, elle est par ailleurs associée à une infertilité.

L’endométriose survient chez les femmes en âge de procréer, parfois dès la puberté. Cette maladie se caractérise par la présence anormale de fragments semblables à de la muqueuse utérine (endomètre) en dehors de l’utérus : sur les ovaires (dans environ 50 % des cas), les trompes, les ligaments utérins, la paroi du rectum et du vagin, la vessie, et/ou le péritoine (la membrane qui tapisse la cavité abdominale et maintient en place les organes qu’elle contient). Cette anomalie provoque des lésions sur les tissus atteints, pouvant entraîner douleurs et infertilité. Les symptômes tendent à s’atténuer ou disparaitre après la ménopause.

Il n'y a pas de corrélation entre le type d’endométriose et l’intensité de la douleur.

Les chercheurs soupçonnent par ailleurs un possible impact de certaines expositions environnementales. En tant que maladie hormonodépendante, l’endométriose pourrait être liée à une exposition aux perturbateurs endocriniens, des polluants environnementaux qui interagissent avec le système hormonal.

Le symptôme majeur est une douleur pelvienne récurrente et parfois très aiguë, notamment au moment des règles. Ce caractère cyclique est évocateur du « fonctionnement » de la maladie. Environ 30 % à 40 % des femmes touchées par l’endométriose présente une infertilité, avec des taux de fécondité (chance de concevoir) évalués à entre 2 et 10 % par cycle, contre 25 à 30% au sein des couples fertiles.

Le traitement de l’endométriose vise à réduire les symptômes ressentis par la patiente, puis, en cas d’échec, à éliminer les lésions.

En première intention, un traitement hormonal destiné à supprimer les règles (contraceptifs œstroprogestatifs monophasiques en continu, progestatifs, danazol ou analogues de la GnRH) est proposé aux patientes. Ce traitement réduit les douleurs liées à la réponse hormonale des lésions d’endométriose. Il peut permettre de stabiliser les lésions, voire de diminuer légèrement leur volume.

En cas d’échec des traitements hormonaux, la chirurgie est le seul traitement qui permet l’élimination complète des lésions associées à l’endométriose. Les symptômes douloureux peuvent alors disparaître pendant de nombreuses années, voire définitivement. Toutefois, il existe toujours un risque de récidive, et il arrive que la chirurgie entraîne par elle-même de nouvelles douleurs.

Il n'existe pas de dépistage de la maladie en population générale. La maladie n’est recherchée que chez les patientes qui présentent des symptômes. Le diagnostic repose sur un examen clinique puis sur un bilan d’imagerie qui comporte une échographie pelvienne et éventuellement une IRM pelvienne. Mais lorsque les lésions sont superficielles ou minimes, l’imagerie peut être non concluante.

Bien qu'il n'y ait pas de lien direct établi entre l'endométriose et le lupus, il est important de noter que les deux conditions peuvent être influencées par les hormones et peuvent coexister chez certaines femmes.

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