Au printemps 1643, quelques semaines avant la mort de Louis XIII, Anne d'Autriche, reine longtemps tenue à l'écart du pouvoir, renverse les dispositions du testament royal et s'allie aux puissants. Nommée protectrice et gardienne de l'État royal, elle prend la tête du gouvernement au nom de son fils, le jeune Louis XIV. Elle doit alors faire face, de 1648 à 1652, aux multiples soulèvements de la Fronde, une période de troubles marquée par la révolte des parlements, les insurrections nobiliaires, les émeutes populaires et les contestations paysannes. Aucune reine avant elle n'a eu à affronter une telle accumulation de défis, dont l'issue mènera au règne personnel du Roi-Soleil (1661-1715).
Assurément, Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne, a joué un rôle majeur dans cette séquence fondatrice de l'histoire de l'État royal et de la nation française, confrontée à la plus grave crise politique avant la Révolution. Mais dans quelle mesure ? Avant ce séisme, qu'elle finit par vaincre avec l'aide de Mazarin, elle fut une souveraine discrète. Depuis son mariage en 1615 avec Louis XIII, à l'âge de 14 ans, elle apparaît comme une reine sans pouvoir. Plus de deux décennies de stérilité font peser sur elle la menace d'une répudiation. Le souverain finit par lui donner deux fils, Louis (en 1638) et Philippe (en 1640), nés alors qu'elle approchait déjà de la quarantaine. Mais jamais le roi, décrit comme un « maigre Jupiter à moustaches pointues » par Michelet, ne sut lui parler à cœur ouvert, selon un contemporain.
En avril-mai 1643, alors que Louis XIII est au seuil de la mort, personne n'imagine que la reine puisse faire preuve d'une quelconque énergie politique. Elle n'a jamais été associée à l'autorité et a pris l'habitude de vivre repliée dans le cercle étroit de son entourage féminin. Si elle est adorée, explique le cardinal de Retz, c'est qu'on ne l'a vue que persécutée, humiliée, « et la souffrance, aux personnes de ce rang, tient lieu d'une grande vertu ». Perpétuelle disgraciée, elle ne peut qu'attirer sympathies et fidélités, d'autant plus intéressées que chacun en est persuadé : le jour venu, Anne sera aisément « manipulable ».
Se sachant condamné, Louis XIII avait prévu sa succession. Il avait décidé que le gouvernement serait exercé par un conseil de sept membres, présidé certes par la reine, au nom de son fils Louis XIV, mais composé, avec Gaston d'Orléans, son frère, lieutenant-général du royaume, et le prince de Condé, premier prince du sang, de quatre ministres, rompus à l'exercice du pouvoir : Pierre Séguier, le chancelier, Claude Bouthillier, surintendant des Finances, le fils de celui-ci, Léon, secrétaire d'État des Affaires étrangères, et Mazarin, expert en diplomatie. Les décisions devaient être prises à la pluralité des voix. Cette majorité pourrait ainsi s'associer contre la régente et rester acquise aux professionnels de la politique et de l'administration.
Anne d'Autriche comprit qu'il lui fallait agir vite pour assurer son avenir. Dès le 19 avril, tandis que le roi agonisait, la veille de la réception du testament royal par le Parlement, offensée par ce dispositif imaginé par son époux, elle fit enregistrer auprès d'un notaire une protestation écrite, destinée à frapper de nullité un serment qu'elle allait devoir prêter sous la contrainte. Elle savait également qu'elle pouvait compter sur le Parlement : avant même la mort du roi, ses membres les plus influents le lui avaient fait savoir.
Lire aussi: Entre ombre et lumière : Louis XIII
Mazarin, lui aussi, comprend tout le bénéfice qu'il pouvait espérer de l'amitié de la reine. « Il lui fit voir, explique La Rochefoucauld, qu'elle ne manquerait pas de moyens dans la suite pour affermir son pouvoir et gouverner seule. » Henri de Beringhen, son premier valet de chambre, lui aurait porté ce mot de Mazarin dès la mort du souverain, le 14 mai : « Je n'aurai jamais de volonté que celle de la reine. Je me désiste dès maintenant de tout mon coeur, des avantages que me promet la déclaration [du roi], que j'abandonne sans réserve, avec tous mes autres intérêts, à la bonté sans exemple de Sa Majesté.
La suite est logique : le lit de justice qui se tint le 18 mai 1643, cinq jours après la mort du roi, devait légitimer une régence bien différente de ce que le testament avait prévu. Cette séance décisive, présidée par un enfant (Louis XIV a 4 ans), eut lieu dans la grand-chambre du Parlement. La reine, en grand deuil, semblait très émue quand elle prit la parole. « Messieurs, la mort du défunt roi Monseigneur, quoiqu'elle ne m'ait point surprise à cause de la longueur de sa maladie, m'a néanmoins tellement surchargée de douleur que, jusqu'à présent, je me suis trouvée incapable de consolation et de conseil. » Se tournant vers les juges du Parlement, elle les assura « qu'en toutes sortes d'occasions, je serai bien aise de me servir de vos conseils que je vous prie de donner au roi, monsieur, mon fils, tels que vous jugerez en vos consciences pour le bien de l'État ».
Après le discours d'Anne d'Autriche, c'était au tour de Gaston d'Orléans et du prince de Condé d'intervenir. Tous deux déclarèrent renoncer à toute participation au gouvernement, sauf à celle qu'il plairait à la reine de leur accorder. Si aucune source ne permet de connaître ces modalités, il est probable que tous deux avaient conclu un accord, en coulisses, avec la régente au moment de l'agonie du roi. Gaston vit ainsi confirmé son statut de chef de guerre et de protecteur du petit roi : il était assuré, pendant toute sa minorité, du titre de lieutenant général de l'État et de la Couronne de France, ce qui lui conférait le commandement général de la force militaire. En outre, il présiderait le conseil de guerre, soit suffisamment de responsabilités et d'honneurs pour satisfaire sa vanité.
C'est alors qu'intervint le chancelier Pierre Séguier, le seul à ne pas porter le deuil du roi défunt : il représentait la pérennité de la Couronne « qui ne meurt jamais ». Après s'être agenouillé devant le petit roi, Séguier s'exprima, « la voix tremblante ». Sa harangue fut avant tout une louange appuyée d'Anne d'Autriche. Il conclut en réclamant l'annulation des clauses de la déclaration royale qui limitaient la puissance de la reine régente. Il demanda pour elle « la pleine, entière et absolue autorité » pendant la minorité de Louis XIV, soit durant les huit ans à venir - depuis 1374, la majorité royale a été fixée à 13 ans.
Puis ce fut au tour d'Omer Talon, l'avocat général, la voix du roi. Il était temps, pour le chancelier, de recueillir les opinions : tour à tour, les princes, les ducs et pairs, les maréchaux de France, les secrétaires d'État, les présidents et les conseillers du Parlement opinèrent en se tournant vers le roi. Alors, le chancelier Séguier prononça la déclaration de régence amendée de manière à accorder à Anne, au nom du roi, « l'administration absolue, pleine et entière des affaires de son royaume pendant sa minorité ». Habilement, la déclaration testamentaire du défunt n'était ni cassée, ni annulée ; on avait seulement retenu de ses clauses celles qui ne gênaient pas.
Lire aussi: Louis de Funès: Sa vie, ses films
Acte inaugural du règne de Louis XIV et de sa mère, instituée « régente absolue » (Voltaire), ce lit de justice assurait la pérennité de l'État royal et réglait le problème de l'interrègne. Il éclipsait le cérémonial des obsèques et prenait le pas sur le sacre, qui n'aurait lieu que onze ans plus tard, en 1654. Tout le monde attendait le premier acte officiel de la régente : la nomination d'un Premier ministre. Dans la soirée de ce 18 mai, la reine annonça qu'elle nommait à ce poste « Monsignore », comme il se faisait appeler, Giulio Mazzarini, Jules Mazarin. Le mot « stupéfaction » n'est pas trop fort pour rendre compte de la réaction de la Cour, puis des Parisiens : un Italien et une Espagnole allaient diriger le royaume de France ! A la nouvelle, Mazarin nota dans ses carnets, en italien : « Sa Majesté me donne une créance de trois mois, ensuite elle fera ce qu'elle veut.
Comment expliquer ce choix ? Est-ce « faute d'autre », comme le suggère Retz ? En fait, Mazarin disposait de toutes les qualités pour plaire à la reine. Outre son apparence - « grand, de bonne mine, bel homme, le poil châtain, l'oeil vif et d'esprit, une grande douceur dans le visage », comme le décrit le magistrat Olivier Lefèvre d'Ormesson -, il avait cette habileté de courtisan, cette expertise dans les affaires étrangères, mais aussi un atout déjà perçu par Richelieu. « Les ecclésiastiques sont souvent préférables à beaucoup d'autres lorsqu'il est question de grands emplois, […] puisque n'ayant ni femmes ni enfants, ils sont libres des liens qui attachent davantage.
Madame de Motteville, suivante d'Anne d'Autriche, rapporte que la reine expliqua à Madame de Hautefort, une de ses favorites, ses raisons de vouloir l'élever au rang de Premier ministre : « La croyance qu'elle avait que, n'ayant nulle cabale en France, elle en serait mieux servie. » Loménie de Brienne rapporte, lui, cette confidence qu'Anne lui aurait faite, avant même la disparition de Louis XIII : « Je suis persuadée que le cardinal de Mazarin est mon serviteur », ajoutant son désir de se défaire « de tous ceux qui n'ont point été dans mes intérêts », et elle confiait : « je suis bien aise d'y conserver quelqu'un qui puisse m'informer des intentions que pourra avoir le roi à sa mort, pour le suivre. Je veux me servir pour cela d'une personne qui ne soit point dans la dépendance de Monsieur, ni du prince de Condé.
Ajoutons l'inexpérience de la reine. Mazarin fut son instituteur politique. Officiellement, il l'informait en priorité des questions de politique étrangère, sa spécialité, mais, comme l'attestent ses carnets, il la conseilla bientôt sur tous les autres sujets. A l'évidence, cette prise en main progressive s'inscrivait dans une démarche pédagogique : des leçons de rattrapage, en somme, pour celle qui n'avait jamais été initiée aux arcana imperii, les mystères de l'État. De tels entretiens ne pouvaient que, peu à peu, tisser des liens qui ont créé une forme d'intimité à laquelle ils se sont laissé prendre tous les deux. Pour Anne d'Autriche, ces échanges avec Mazarin furent une extraordinaire nouveauté : pour la première fois, quelqu'un la comprenait, ne lui reprochait pas ses ignorances ou ses erreurs, répondait à ses interrogations, préparait ses interventions, lui suggérait ses répliques, un homme de l'ombre qui lui laissait l'apparence de la lumière. La confiance, au fil des semaines, allait devenir totale.
Le pire, le cardinal-ministre l'a pressenti au soir même du lit de justice inaugural du « règne » d'Anne d'Autriche. Elle redonna, on l'a vu, au Parlement, son droit de remontrance. Il y vit un présage de mauvais augure. « Elle leur avait fait trop d'honneur, écrit-il dans ses carnets, de les mettre au-dessus des volontés du feu roi, et de leur donner pouvoir d'ordonner une chose de si grande conséquence.
Lire aussi: Les premières années du règne
Tenue à l'écart des affaires, Anne d'Autriche s'est éveillée à la politique à 42 ans, animée par la farouche volonté de défendre âprement les intérêts d'un enfant devenu roi à moins de 5 ans. La mission qu'elle s'est alors assignée fut de conserver et d'affermir un trône vacillant, quand la monarchie semblait sombrer, sous les coups de butoir d'un faisceau de dissidences et de révoltes. Durant son bref mais véritable « règne » (1643-1653), elle a joué un rôle de premier plan. Surtout, dès sa « prise de pouvoir », en dépit de la fragilité de son gouvernement, de finances exsangues et des pressions de son entourage, elle a fait le choix audacieux autant qu'inattendu de nommer un cardinal italien principal ministre.
Confrontée, à partir de 1648, à une guerre civile (la Fronde) qui menaça l'existence même de la monarchie, elle n'eut de cesse de vouloir transmettre à son fils une autorité intacte et renforcée en lui apprenant, jour après jour, son métier de roi. Reine voyageuse, elle n'hésita pas, malgré les risques, à lui faire découvrir, au coeur même des provinces insurgées - la Normandie, la Bourgogne, la Guyenne -, à dos de cheval, la diversité de son royaume et de ses sujets. Elle sut aussi, au plus fort de la crise, en 1651, quand les représentants des deux frondes - parlementaire, princière - voulurent s'entendre pour former un bloc uni, diviser les hommes afin de les gouverner et sauver la monarchie d'un naufrage. Quatre années de turbulences politiques contribuèrent à ériger le souverain en seul arbitre du jeu, maître de la force exécutive.
Même si, jusqu'au seuil de la mort, les ombres frondeuses ne cessèrent de le hanter, Louis XIV fut le premier à reconnaître l'importance du legs transmis par sa mère : « La vigueur avec laquelle cette princesse avait soutenu ma Couronne, dans les temps où je ne pouvais encore agir, m'était une marque de son affection et de sa vertu. » Car il savait que, sans elle, il n'aurait peut-être pas régné.
Les Enfants Légitimes de Louis XIII : Une Ligne de Succession Assurée
Louis XIII, contrairement à son père Henri IV, n'a pas eu d'enfants illégitimes reconnus. Son mariage avec Anne d'Autriche a été marqué par une longue période d'attente avant la naissance d'héritiers. Finalement, le couple royal a eu deux fils, assurant ainsi la succession au trône de France.
Louis XIV, né en 1638 : L'aîné des fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, Louis XIV, également connu sous le nom de Louis-Dieudonné à sa naissance, est devenu roi de France à la mort de son père en 1643. Son règne de plus de 72 ans est le plus long de l'histoire de France et a été marqué par le renforcement de la monarchie absolue, la construction du château de Versailles et une période de rayonnement culturel et politique pour la France.
Philippe Ier, duc d'Orléans, né en 1640 : Le second fils de Louis XIII, Philippe, a reçu le titre de duc d'Anjou à sa naissance, puis celui de duc d'Orléans. Il est le fondateur de la seconde maison d'Orléans, une branche cadette de la dynastie des Bourbons. Son rôle politique a été moins important que celui de son frère, mais il a joué un rôle social significatif à la cour de France.
Henri IV et sa Nombreuse Descendance : Un Contraste Familial
Afin de mieux comprendre la situation familiale de Louis XIII, il est pertinent de comparer sa descendance à celle de son père, Henri IV. Ce dernier, connu pour son charme et ses nombreuses liaisons, a eu une douzaine d’enfants illégitimes issus de relations avec ses maîtresses, en plus de ses six enfants légitimes nés de son mariage avec Marie de Médicis.
Parmi les enfants légitimes d’Henri IV, on retrouve :
- Louis XIII (1601-1643)
- Élisabeth de France (1602-1644), reine consort d’Espagne par son mariage avec Philippe IV.
- Christine Marie de France (1606-1663), duchesse de Savoie par son mariage avec Victor-Amédée Ier.
- Nicolas Henri de France, duc d’Orléans (1607-1611)
- Gaston de France, duc d’Orléans (1608-1660)
- Henriette Marie de France (1609-1669), reine consort d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande par son mariage avec Charles Ier.
Le contraste entre la vie familiale de Louis XIII et celle de son père souligne l'importance qu'il accordait à la stabilité de la succession royale à travers une lignée légitime.
tags: #louis #13 #nombre #d'enfants
