Lou Trotignon, né le 14 juillet 1997 à Rambouillet, est un humoriste français qui s'est rapidement imposé comme une figure marquante du stand-up queer en France. Son parcours atypique, marqué par une transition de genre et une carrière dans le strip-tease, nourrit son humour engagé et profondément personnel.
Jeunesse et formation : De Rambouillet à la scène
Lou a 26 ans et grandit à Rambouillet, une petite ville des Yvelines avec beaucoup de bourgeois catholiques et des kangourous (oui, oui : les kangourous de la forêt de Rambouillet). Durant son adolescence, il exprime avoir été très anxieux, et s'être intéressé aux Film de zombies. Bon élève, il rentre à Science Po Paris, mais ne tiens qu’un mois se rendant compte à quel point cette institution reproduit des actes sexistes. Il continue son cursus en Philosophie de l’Art. Mais Lou rêve de faire du stand UP depuis tout petit, il apprend par coeur les sketchs du Jamel Comedy Club et découvre Shirley Souagnon qui utilise l’humour pour dénoncer les oppressions.
Débuts dans le stand-up : Une identité en construction
En 2020, Lou Trotignon commence sa transition à la même période que sa carrière dans le stand-up. Après le confinement et un voyage solo en Grèce mouvementé (il y découvre que c’est ok et cool de sortir aussi avec des meufs, mais n’arrive pas encore à assumer sa queerness), il se décide enfin à se lancer. Il suit d’abord les cours de Alex Nguyen, fait quelques scènes. Il hésite à arrêter se rendant compte également d’un milieu très sexiste (serait ce systémique ? Qui sait). Fun fact : lorsque Lou a commencé le stand UP il pensait être une meuf cis hétéro et disait sur scène qu’il ne comprenait pas pourquoi on le prenait pour une lesbienne. Il passe ensuite par l’Academie d’Humour, une formation professionalisante d’un an. Un passage dans la première promotion de l’Académie d’humour lui donne un coup de boost dans sa professionnalisation et accompagne son envie d’apporter des récits queers dans le secteur. Lou rencontre Amiel Maucade, un stand upper queer, avec qui il se lie d’amitié. Amiel deviendra officiellement le metteur en scène de Lou et se spécialisera dans la mise en scène et la direction artistique.
"Mérou" : Un spectacle phare en constante évolution
Avant de tourner avec son premier spectacle, « Mérou », dans lequel il raconte sa transidentité avec autodérision via un discours hilarant à valeur éducative, il animait un plateau au « bar queerféministetranslesbien » parisien La Mutinerie. Puis en Janvier 2023 il passe en hebdomadaire à la petite Loge jusqu’à Mars 2023, tout est complet à l’avance et à guichet fermé. Le titre du spectacle fait référence à la capacité du mérou à changer de sexe au cours de sa vie, une métaphore de la propre transition de Lou. Valentine Mabille et Jessie Varin sont invitées au spectacle et la rencontre se fait instinctivement. Lou rencontre Sandra CALDERAN, poète, metteuse en scène et dramaturge. Il travaille avec elle dans le but d’ajouter un sens narratif au spectacle. Autre fun fact : jusqu’à juin 2023 le spectacle de Lou finissait par un mot disant qu’il rêverait de pouvoir faire sa mammectomie mais que le parcours médical en France est extrêmement bouché. Par hasard, Lou rencontre une meuf super, secrétaire dans un hôpital, qui adore son spectacle et l’aide à trouver une date d’opération. En un an, il a changé, et Lou aussi. « Mon spectacle transitionne en même temps que moi », plaisante-t-il.
Le spectacle aborde des thèmes variés tels que sa transition, le travail du sexe, le BDSM et le strip-tease. Lou Trotignon se définit comme un homme trans et non binaire. Avec ce terme, il sait en avoir perdu déjà plus d’un dans la salle. Mais avec une hilarante simplicité, il rattrape tout le public au vol avec pédagogie, en expliquant ce titre intrigant : « Mérou », pour ce poisson assez laid et à l’air ahuri qui change de sexe au milieu de sa vie. Dans ce spectacle qui évolue au fil de sa transition, il raconte ses débuts de vie de femme, son rêve de stand-up dès l’enfance et comment le strip-tease lui a permis de prendre connaissance de son corps. C’est le début d’un long cheminement vers son identité. Les anecdotes s’enchaînent sur sa nouvelle vie, qu’il ne sait pas encore bien embrasser, comme quand une dame lui demande d’intervenir dans le bus. Ce sont ces sentiments intérieurs complexes et cette dualité permanente que Lou Trotignon relate avec beaucoup de légèreté.
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Influences et inspirations : Shirley Souagnon et Hannah Gadsby
Lou Trotignon cite Shirley Souagnon comme une influence majeure, admirant sa capacité à utiliser l'humour pour dénoncer les oppressions. Il souligne également l'importance d'Hannah Gadsby, dont le spectacle "Nanette" l'a inspiré à aborder des sujets difficiles avec intelligence et à remettre en question les fondements mêmes de l'humour.
Ma plus grande inspiration est Shirley Souagnon. Même en termes personnels, c’est quelqu’un qui m’a beaucoup aidé, qui m’a soutenu dès le début. Je regardais toutes ses vidéos avant de commencer le stand-up, parce qu’iel utilise l’humour pour parler d’oppressions, pour essayer d’éduquer. Je me souviens d’un festival de Montreux qu’iel finit en disant : « Pour ceux qui ne croient plus au racisme, de quelle couleur sont les collants couleur chair ? » Et iel part. Et j’étais là : « Ah, je veux faire ça ! » Parce que ça bouscule.
Dans son spectacle Nanette, l’humoriste Hannah Gadsby parle de sa volonté de quitter le monde du spectacle comique, car il est trop douloureux de passer par l'auto-dérision autour de son expérience en tant que personne queer. Qu'est ce qu’elle représente pour toi, Hannah Gadsby ? C’est un modèle. Quand j’ai vu son spectacle, je n’avais pas enore commencé le stand-up. Et c'est en voyant son spectacle que je me suis dit : “ah oui, il y a la place pour les personnes queers”. Donc elle a une place énorme dans mes inspirations. C’est aussi un modèle en termes de technique d’humour : son dernier spectacle, Something special, et une masterclasse de storytelling.
Engagement et visibilité : Une voix pour la communauté queer
Lou Trotignon s'engage activement pour la visibilité et l'inclusion des personnes queer dans le monde du spectacle et dans la société en général. Il anime un plateau à La Mutinerie, un bar queerféministetranslesbien à Paris, et participe à des événements mettant en avant la scène humoristique queer.
J’ai créé un premier noyau de public queer à la Mutinerie, un bar lesbien à Paris, où je travaillais et où j’ai créé des ateliers d’écriture, de stand-up et un plateau. Mais, dans les comedy clubs, il y a très peu de personnes queers.
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Il utilise son humour comme un outil de pédagogie et de sensibilisation, abordant des sujets complexes avec douceur et autodérision. Il est conscient de l'importance de la représentation et souhaite que son travail contribue à l'histoire culturelle queer.
Je pense que de manière générale, toute parole trans est importante, qu’on soit sur le spectre de la non binarité ou non. Le problème c’est que, en France notamment, jusqu’ici on entendait un seul discours c’est-à-dire qu’une personne trans sait forcément qui elle est depuis son enfance, et est mal dans sa peau, veut absolument rentrer dans les normes, faire toutes les opérations etc. Or ce n’est pas du tout le seul vécu trans. Si j’ai pris du temps avant de comprendre que je suis trans c’est parce que je n’avais pas de représentations de personnes comme moi, c’est-à-dire non binaires.
Reconnaissance et projets : Un avenir prometteur
Fort du succès de "Mérou", Lou Trotignon est devenu une figure incontournable du paysage humoristique français. Il a été chroniqueur sur France Inter, invité dans le podcast de Kyan Khojandi et a participé à l'avant-première de "Orlando, ma biographie politique" de Paul B. Preciado.
Si ses dates affichent souvent complet, Lou Trotignon est pourtant novice dans le milieu du stand-up. Débutant en 2022, il fait la première partie de son acolyte Tahnee, devient chroniqueur sur France Inter, est invité à participer au podcast de Kyan Khojandi et devient rapidement le chouchou des réseaux sociaux. Lou Trotignon sera le 29 novembre au mk2 Quai de Seine pour une projection en avant-première de Orlando, ma biographie politique, le nouveau film de Paul B. Preciado. La projection sera suivie d'une discussion entre Virginie Despentes et Paul B. Preciado, que tu vas animer.
Il travaille actuellement sur un deuxième spectacle et souhaite réaliser une captation de "Mérou" dans un lieu culturel queer emblématique.
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Aujourd’hui, Lou Trotignon pense déjà à la suite, un deuxième spectacle. Il se lasse vite et a encore tant de choses à raconter : « Transitionner, c’est le meilleur truc que j’ai vécu, donc j’ai envie d’en parler. » Mon rêve ce serait de faire une captation de mon spectacle dans un lieu particulièrement queer, genre le Cirque Électrique, et je voudrais qu’il y ait une archive de ce spectacle quelque part pour participer aux archives LGBT.
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