L'accès à l'avortement est un sujet complexe et controversé dans le monde entier, et Madagascar ne fait pas exception. L'avortement est interdit à Madagascar, sans exception. Le Code pénal punit toute personne qui participerait à un avortement, d’une peine d’un à cinq ans de prison et d’une amende de 80 à 2500€.

Situation Mondiale du Droit à l'Avortement

À l’occasion de la journée mondiale du droit à l’avortement, le 28 septembre, il est crucial de dresser un état des lieux global. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près d’un avortement sur deux était à risque entre 2010 et 2014, et une femme meurt toutes les neuf minutes d’un avortement non sécurisé dans le monde. Dans ce contexte, les conservateurs déploient des stratégies pour restreindre les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) des femmes.

Cadre Juridique International

L’avortement est un droit humain fondamental, protégé par des traités internationaux et régionaux, ainsi que par des lois nationales. Parmi ces textes figurent la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) de 1979 et la Déclaration et le Programme d’action de Pékin de 1995. Le paragraphe 96 de cette déclaration statue que les « droits fondamentaux des femmes comprennent le droit d’être maîtresses de leur sexualité, y compris leur santé en matière de sexualité et de procréation, sans aucune contrainte, discrimination ou violence ».

Restrictions et Réalités Mondiales

Malgré ces protections, les femmes se voient limiter la liberté de disposer de leur corps. D’après le rapport Mon corps m’appartient du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), près d’une femme sur deux ne dispose pas librement de son corps. L’Organisation mondiale de la santé dénombre chaque année 121 millions de grossesses non désirées. Pour la période de 2015-2019, 73 millions d’avortements ont été pratiqués annuellement. Cependant, 45% des interruptions volontaires de grossesses (IVG) réalisées dans le monde le sont dans des conditions dangereuses pour la femme.

Exemples Régionaux

La situation varie considérablement selon les régions. Aux États-Unis, la Cour suprême a remis en question la jurisprudence de la loi Roe v. Wade de 1973, qui reconnaissait le droit à l’avortement au niveau fédéral. En Amérique latine, l’Argentine a légalisé l’avortement jusqu’à quatorze semaines de grossesse, tandis que le Honduras et le Nicaragua maintiennent des lois très restrictives. En Afrique, l’avortement est autorisé uniquement en Tunisie, en Guinée-Bissau et en Afrique du Sud.

Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique

L'Avortement à Madagascar : Un Interdit Absolu

À Madagascar, l’interruption volontaire de grossesse est totalement interdite, dans tous les cas. Qu’il s’agisse de grossesses consécutives à un viol, d’une fille mineure, d’un inceste, et même si la grossesse met en danger de la vie de la mère, la loi interdit l’IVG. Des peines de prison sont infligées aux mères qui le pratiquent.

Cadre Légal Malgache

L’article 317 du code pénal malgache stipule que l’avortement est strictement interdit. La loi ne le reconnaît pas. L’avortement assuré par un tiers est passible d’une peine de 1 à 5 ans d’emprisonnement, et 6 mois à 2 ans d’emprisonnement pour la femme elle-même. Seul l’avortement pour cause thérapeutique, dans le cas où la grossesse expose la santé de la mère à un danger médical, est discutable comme procès.

Tentatives de Réforme

Une proposition de loi sur « l’interruption thérapeutique de grossesse » a été déposée en octobre dernier, mais retirée de l’ordre du jour par l’exécutif. Elle autoriserait l’avortement dans des cas précis comme les maladies rénales graves, les cancers, les troubles psychiatriques sévères de la mère, ou encore une malformation « grave » du fœtus.

Conséquences de l'Interdiction

Les avortements clandestins sont la deuxième cause de mortalité maternelle à Madagascar. Avec 392 décès pour 100000 naissances vivantes en 2020, Madagascar a l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés du monde.

Témoignages

Aïna, 29 ans, a subi une interruption thérapeutique de grossesse (ITG) lorsqu'elle a appris que le fœtus souffrait d’une malformation grave. Elle a découvert par hasard que l’opération était illégale. Vania, femme de ménage violée par le fils de son employeur, a été sommée d’avorter et a eu recours à une matrone pratiquant les massages abortifs.

Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse

Obstacles Culturels et Sociaux

Le poids des deux églises protestante et catholique étouffe le débat. Une députée, Masy Goulamaly, propose inlassablement un projet de loi, toujours retiré de l’ordre du jour. La société malgache est encore très conservatrice, et l’avortement touche à un point crucial de la culture malgache, le concept de souffle de vie (Aïna).

Actions et Sensibilisation

L’association malgache Nifin’Akanga se bat pour faire autoriser l’ITG et sensibiliser aux dangers des avortements illégaux. Elle a rédigé une feuille de route en 40 points à destination des pouvoirs politiques.

Défis et Perspectives

Le chantier pour un droit à la santé et à la dignité est immense. L’information sur la santé sexuelle et reproductive est très lacunaire, et les pouvoirs publics sont fermement opposés à l’éducation sexuelle.

Impact de la Crise Sanitaire

Au début de la crise, le FNUAP alertait sur l’impact des confinements qui allaient perturber les services de planification familiale. En avril 2020, le FNUAP publiait une étude indiquant que six mois de perturbations pourraient affecter 47 millions de femmes dans les pays à faible et moyen revenu, entraînant 7 millions de grossesses non désirées. Les confinements ont réduit les consultations dans les centres de santé, et la crise sanitaire a provoqué des problèmes dans les chaînes d’approvisionnement pour les zones plus reculées.

Mesures Prises par Certains États

Pour répondre aux besoins des femmes en termes de santé sexuelle et reproductive, certains États ont mis en place des mesures pour maintenir et permettre l’accès à la contraception et à l’avortement. En France, par exemple, les femmes ont pu avoir accès à la pilule contraceptive directement en pharmacie, sans passer par un médecin et grâce à une ancienne ordonnance.

Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement

tags: #loi #avortement #Madagascar

Articles populaires: