Introduction

La gestion du parasitisme en élevage est un enjeu majeur, tant pour la santé et le bien-être des animaux que pour la viabilité économique des exploitations. Face à l'augmentation des résistances aux antiparasitaires de synthèse et aux préoccupations sociétales croissantes concernant l'utilisation de molécules chimiques en agriculture, une approche intégrée et durable est devenue indispensable. Cet article explore les principes et les options de la gestion intégrée du parasitisme chez les ruminants, en s'appuyant sur des travaux de recherche récents.

L'Importance de la Gestion du Parasitisme

Le parasitisme, une forme d'interaction biologique largement répandue, représente une menace significative pour l'élevage des ruminants à l'échelle mondiale. Cette importance est soulignée par la FAO pour plusieurs raisons :

  • Impact sur la santé et le bien-être animal : Les infections parasitaires peuvent entraîner des problèmes de santé variés, affectant la croissance, la reproduction et la production des animaux.
  • Conséquences économiques à long terme : Le parasitisme peut réduire la productivité des élevages, augmenter les coûts de traitement et avoir des répercussions sur le bien-être des éleveurs, en particulier dans les pays en développement.
  • Zoonoses : Certains parasites des ruminants sont également des agents de zoonoses, ce qui signifie qu'ils peuvent être transmis à l'homme.

L'Évolution des Stratégies de Lutte Antiparasitaire

Historiquement, la prévention et le traitement des infections parasitaires reposaient principalement sur l'utilisation intensive d'antiparasitaires de synthèse. Cette approche, favorisée par l'efficacité initiale de ces molécules, leur coût réduit et la facilité d'administration, a cependant montré ses limites au fil du temps.

Les Limites de l'Approche "Monolithique"

L'utilisation quasi exclusive d'antiparasitaires de synthèse a entraîné plusieurs problèmes :

  • Résidus et conséquences pour le consommateur et l'environnement : Les inquiétudes sociétales concernant les résidus de molécules chimiques dans les produits d'origine animale et leur impact environnemental ont conduit à un renforcement des réglementations et à une prise en compte accrue des critères environnementaux lors de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) des antiparasitaires.
  • Développement des résistances : L'utilisation répétée et non raisonnée d'antiparasitaires a favorisé l'émergence et la propagation de résistances chez les parasites, rendant les traitements moins efficaces, voire inefficaces. Ce phénomène est générique, inéluctable, en expansion constante et mondialisé.

La Nécessité d'un Changement d'Échelle

Face à ces défis, il est devenu impératif d'adopter une approche plus globale et durable de la gestion du parasitisme. Au-delà de l'objectif initial de préserver l'économie des élevages et la santé des ruminants, il est désormais crucial de freiner le développement des résistances aux antiparasitaires et de répondre aux attentes sociétales en matière d'agroécologie et d'agriculture biologique.

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Les Principes de la Gestion Intégrée du Parasitisme

La gestion intégrée du parasitisme (GIP) est une approche holistique et multidisciplinaire qui combine différentes stratégies pour lutter contre les parasitoses en élevage. Elle repose sur trois principes fondamentaux :

  1. Perturber la biologie des populations de parasites chez l'hôte définitif (HD) : Il s'agit de réduire la charge parasitaire chez les animaux infectés en utilisant des traitements ciblés et sélectifs, en renforçant leur immunité et en améliorant leur résistance aux infections.
  2. Réduire la contamination de l'environnement par les parasites : Cette approche vise à limiter la propagation des parasites dans l'environnement en mettant en place des pratiques de gestion des pâturages appropriées, en améliorant l'hygiène des bâtiments et en utilisant des méthodes de lutte biologique.
  3. Protéger les animaux sensibles : Il est essentiel de protéger les animaux les plus vulnérables aux infections parasitaires, tels que les jeunes animaux, les femelles en gestation ou en lactation, et les animaux immunodéprimés, en leur offrant des conditions de vie optimales et en mettant en œuvre des mesures de prévention spécifiques.

Options de Maîtrise du Parasitisme

La gestion intégrée du parasitisme offre une variété d'options pour maîtriser les infections parasitaires, en ciblant différents stades du cycle de vie des parasites et en agissant sur l'hôte et l'environnement.

1. Traitement Ciblé et Sélectif (TCS)

Le traitement ciblé et sélectif (TCS) consiste à n'administrer des anthelminthiques (AH) qu'aux animaux qui en ont réellement besoin, en fonction de leur niveau d'infestation et de leur résilience. Cette approche permet de réduire l'utilisation d'AH, de préserver les populations refuges de parasites sensibles et de ralentir le développement des résistances.

Types de Traitement Ciblé

  • Traitement Ciblé (TC) : Traiter 100 % des animaux d'un groupe lorsqu'il subit une période à risque en cours de saison de pâturage. La population refuge est dans ce cas assurée par les stades libres présents alors en grand nombre sur les pâtures.
  • Traitement Ciblé-Sélectif (TCS) : Ne traiter qu'une partie des animaux du lot : les plus infestés et/ou les plus sensibles (faible résilience à l'infestation), la population refuge étant alors constituée des parasites hébergés par les animaux non traités (et éventuellement les stades libres sur les pâtures).

Mise en Place d'une Stratégie de Traitement Ciblé

La mise en place d'une stratégie de TC nécessite d'évaluer :

  • l'infestation des animaux, les périodes à risque de forte infestation dépendant du type d'animaux (chèvres, agneaux, brebis en gestation/lactation, génisses, vaches adultes), des caractéristiques des NGI prédominants dans la population à traiter (H. contortus, T. circumcincta, O. ostertagi…), et des facteurs influençant l'épidémiologie locale (conduite du pâturage, conditions météorologiques…)
  • l'importance des populations refuges, c.a.d des populations larvaires sur les parcelles utilisées au moment du traitement AH

Indicateurs de Traitement

La mise en œuvre du Traitement Ciblé-Sélectif (TCS) nécessite la définition d'indicateurs individuels de traitement, qui doivent être pratiques, peu onéreux et associés à des seuils de décision fiables. Idéalement, ces critères de traitement doivent pouvoir être appréhendés « au chevet » de l'animal et sans augmenter le temps de travail de l'éleveur. Les indicateurs ayant fait l'objet d'étude pour le TCS sont de trois types :

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  • indicateurs parasitologiques (reflétant le niveau d'infestation de l'hôte)
  • indicateurs cliniques
  • indicateurs liés à la production (croissance, production laitière) (reflétant la résilience de l'hôte)

2. Amélioration de la Résistance et de la Résilience des Animaux

La résistance et la résilience sont deux composantes clés de la capacité des animaux à faire face aux infections parasitaires.

  • Résistance : Capacité de l'animal à limiter l'établissement et le développement des parasites dans son organisme.
  • Résilience : Capacité de l'animal à maintenir un niveau de production acceptable malgré la présence de parasites.

L'amélioration de la résistance et de la résilience des animaux peut être obtenue par :

  • Sélection génétique : Sélectionner des animaux naturellement plus résistants et résilients aux infections parasitaires.
  • Nutrition : Fournir aux animaux une alimentation équilibrée et adaptée à leurs besoins, en particulier pendant les périodes de stress ou de forte infestation parasitaire.
  • Gestion du stress : Réduire les facteurs de stress (transport, sevrage, mise bas) qui peuvent affaiblir le système immunitaire des animaux et les rendre plus vulnérables aux infections.

3. Gestion des Pâturages

La gestion des pâturages joue un rôle essentiel dans la réduction de la contamination de l'environnement par les parasites et dans la prévention des infections chez les animaux. Les pratiques de gestion des pâturages suivantes peuvent être mises en œuvre :

  • Rotation des pâturages : Alterner les parcelles de pâturage pour réduire la concentration de larves parasitaires dans l'herbe.
  • Pâturage mixte : Faire pâturer différentes espèces animales (bovins, ovins, caprins) ensemble pour réduire la spécificité des parasites et limiter leur propagation.
  • Fauche précoce : Faucher les pâturages avant que les larves parasitaires n'atteignent le stade infectieux pour réduire la contamination de l'herbe.
  • Drainage des zones humides : Éliminer les zones humides où les larves parasitaires peuvent survivre plus longtemps.

4. Lutte Biologique

La lutte biologique consiste à utiliser des organismes vivants pour contrôler les populations de parasites. Plusieurs agents de lutte biologique peuvent être utilisés :

  • Champignons prédateurs de larves parasitaires : Ces champignons, tels que Duddingtonia flagrans, peuvent être utilisés pour réduire le nombre de larves parasitaires dans le sol et sur l'herbe.
  • Nématodes prédateurs de larves parasitaires : Ces nématodes, tels que Steinernema feltiae, peuvent également être utilisés pour contrôler les populations de larves parasitaires dans le sol.
  • Insectes coprophages : Ces insectes, tels que les bousiers, peuvent contribuer à la dispersion des excréments et à la destruction des larves parasitaires qui s'y trouvent.

5. Immunoprophylaxie

L'immunoprophylaxie consiste à stimuler le système immunitaire des animaux pour les protéger contre les infections parasitaires. Cette approche peut être mise en œuvre par :

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  • Vaccination : Développer des vaccins contre les parasites les plus importants pour protéger les animaux contre les infections.
  • Immunomodulation : Utiliser des substances immunomodulatrices pour renforcer le système immunitaire des animaux et améliorer leur résistance aux infections.

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