L’entrée à l’école maternelle, obligatoire dès l’âge de 3 ans depuis la loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019, représente un moment charnière dans la vie d'un enfant. Cette étape marque le début d'une expérience éducative collective, porteuse de nouveaux repères affectifs, sociaux, spatiaux et temporels. Afin de faciliter cette transition, notamment pour les enfants intégrant la pré-petite ou petite section de maternelle, des dispositifs passerelles ont été mis en place, articulant les structures d’accueil de la petite enfance et l’école maternelle.
L'Essor et l'Évolution des Classes Passerelles
Au cours des 15 dernières années, le paysage de l'accueil préscolaire a été marqué par l'émergence et parfois la disparition de "classes passerelles". Ces structures ont été conçues pour accueillir les enfants dès l'âge de 2 ans dans des conditions optimales, en leur offrant une transition progressive vers l'environnement scolaire. L'objectif principal était de proposer un accompagnement adapté à leur âge et de valoriser l'implication des parents, avec le soutien d'un éducateur de jeunes enfants (EJE).
Initialement, les classes passerelles ont été créées pour offrir les mêmes chances de réussite scolaire aux enfants n'ayant pas bénéficié d'un mode d'accueil formel (collectif ou individuel) et issus de familles en difficulté. Intégrée au sein d'une école maternelle, une classe passerelle accueille des enfants âgés de 2 à 3 ans et est encadrée conjointement par un enseignant et un professionnel de la petite enfance - généralement un éducateur de jeunes enfants (EJE) -, aidés parfois d’une ATSEM. Ces classes s'inscrivent dans le projet global d'une ville et interagissent avec les autres structures d'accueil du jeune enfant. Leur mise en place nécessite la collaboration de plusieurs partenaires : les collectivités locales, l'Éducation nationale, la CAF et le Conseil Départemental.
Une Transition en Douceur entre la Maison et l'École
L'idée maîtresse des classes passerelles est de permettre aux enfants intégrant l'école de manière précoce de s'adapter en douceur à ce nouvel environnement. Elles offrent une transition progressive entre le cocon familial et le monde scolaire. Les professionnels de l'enfance soulignent régulièrement qu'un enfant de 2 ans n'a pas les mêmes besoins et capacités qu'un enfant de 3 ou 4 ans. Il se trouve davantage dans une phase d'acquisition que d'apprentissage et n'est pas encore prêt à intégrer pleinement les règles de la vie en collectivité.
Les professionnels des classes passerelles prennent en compte ces spécificités en proposant des ateliers inspirés à la fois des classes maternelles (animés par l'enseignant) et des espaces d'accueil de jeunes enfants (EAJE), tels que des ateliers de jeux et de motricité (animés par l'EJE). Ces activités, toujours proposées et jamais imposées, se déroulent en petits groupes afin de préserver un accompagnement individualisé. Les enfants partagent également des moments communs, tels que les repas ou des animations spécifiques.
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La Complémentarité Essentielle de l'Enseignant et de l'Éducateur de Jeunes Enfants (EJE)
La présence d'un EJE est considérée comme indispensable pour comprendre les besoins spécifiques des enfants de 2 ans, des connaissances qui ne sont pas toujours acquises par les enseignants. Comme le souligne Elisabeth Benoît, EJE ayant dirigé une classe passerelle pendant une douzaine d'années, certaines réactions des enfants, telles que l'opposition, peuvent être difficiles à appréhender pour les enseignants, car elles peuvent les mettre en difficulté. Or, ces attitudes sont tout à fait normales à cet âge.
L'entente entre l'enseignant et l'EJE ne va pas toujours de soi, car leurs formations et leurs préoccupations diffèrent. L'enseignant se concentre sur la transmission de savoirs et l'atteinte de résultats, tandis que l'EJE accompagne l'enfant dans son éveil et son développement global. C'est pourquoi il est essentiel que l'enseignant et l'EJE travaillent en véritable binôme au sein de la classe passerelle, en se comprenant et en se complétant pour répondre aux besoins de chaque enfant. Cette collaboration constitue la force des classes passerelles.
La présence de l'EJE peut varier : il peut intervenir quelques jours par semaine ou à temps plein. Dans le cas d'Elisabeth Benoît, elle travaillait à temps plein avec l'enseignante, chacune disposant d'une salle dédiée. Les enfants étaient répartis en quatre groupes de huit, selon des contrats établis avant la rentrée, et tournaient : deux jours avec l'enseignante, un jour avec l'éducatrice, et un jour à la maison. Au fil du temps, Elisabeth Benoît a constaté les bénéfices de cette complémentarité : "Des échanges étaient possibles : par exemple, si un enfant avait des difficultés, surtout en début d'année, à être à l'aise dans le groupe 'classe', il pouvait venir un peu plus dans le lieu passerelle et inversement. C'était super, cela permettait un accueil très individualisé."
Une Ouverture aux Parents : Un Pilier des Classes Passerelles
Les classes passerelles s'inspirent de la philosophie des EAJE, qui mettent l'accent sur la collaboration étroite avec les familles pour favoriser l'épanouissement des tout-petits. Elles encouragent donc la relation avec les parents et les invitent à s'impliquer dans le développement de leur enfant à l'école. L'objectif est de créer un environnement rassurant où les familles se sentent accueillies et écoutées, et où les enfants peuvent se séparer en douceur.
Dans la classe passerelle d'Elisabeth Benoît, des réunions avec les parents étaient organisées dès le mois de mai pour leur permettre de se familiariser avec les lieux et de découvrir le projet pédagogique. De plus, une longue période d'adaptation était prévue en septembre, permettant aux mamans de rester avec leur enfant jusqu'en octobre ou novembre pour faciliter la séparation. Selon Elisabeth Clair Benoit, "la séparation et l'adaptation étant étroitement liées, si la séparation est réussie, l'adaptation se fera facilement et l'enfant aura du plaisir à apprendre - ce qui est effectivement le rôle de l'école. Il ne suffit pas que l'enseignant (ou l'EJE) soit bon, il faut aussi que l'enfant se sente en confiance dans son environnement."
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Les Obstacles à la Généralisation des Classes Passerelles
Malgré leurs nombreux avantages, les classes passerelles ne sont pas présentes partout et certaines finissent par fermer. Selon Claudine Patras Meriaux, EJE à Grenoble et responsable de crèche depuis 20 ans, l'école reste une institution relativement fermée. Elle estime que "si à long terme on veut lutter contre l'échec scolaire, l'école doit être égalitaire. Il faut largement l'ouvrir aux parents, surtout dans les quartiers. Le concours d'une EJE à l'école maternelle permet cela."
Un autre obstacle majeur est le coût élevé des classes passerelles, qui peut être un frein dans un contexte de restrictions budgétaires des collectivités locales. La Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants (FNEJE) soutient la scolarisation des enfants dès 2 ans dans certaines conditions, notamment par le biais de classes ou de projets passerelles. Elle considère que la présence d'un EJE pour 50 enfants en école maternelle constituerait déjà un progrès significatif. La FNEJE regrette également la campagne d'information d'avril 2016, initiée par le gouvernement et relayée par la Cnaf, encourageant les parents à inscrire leur enfant à l'école maternelle dès 2 ans, même s'ils bénéficiaient déjà d'une place en crèche ou d'une assistante maternelle. Pour la FNEJE, et c'est toute la philosophie des classes passerelles, l'école à 2 ans n'a de sens que pour des enfants qui ont été gardés à la maison.
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