La littérature obstétricale offre un panorama riche et diversifié sur la naissance, allant des aspects médicaux et scientifiques aux dimensions éthiques, sociales et émotionnelles. À travers l'analyse de plusieurs ouvrages clés, cet article propose une exploration des enjeux contemporains de l'obstétrique, en mettant en lumière les réflexions de différents auteurs et leurs contributions à une compréhension plus globale de la naissance.
L'évolution de la pensée médicale et l'obstétrique
La médecine moderne a réalisé des progrès considérables, mais elle est confrontée à de nouveaux défis. Un concept émerge, celui de la « non-maladie », où une anomalie est détectée sans que le patient ne ressente de symptômes. Ces diagnostics, de plus en plus présents, influencent les agendas médicaux, les recherches et les budgets, soulevant des questions sur le pouvoir biomédical et l'influence des industries sanitaires.
Michel Raymond, chercheur, plaide pour un rapprochement entre la biologie de l'évolution et la médecine, une approche encore trop rare dans les facultés de médecine. Son ouvrage souligne l'importance de comprendre l'évolution pour mieux diagnostiquer et soigner. Il rappelle que, chez l'homme et les primates, la santé et les soins ne datent pas de la médecine moderne, mais qu'Homo sapiens est la seule espèce à soigner au-delà de son cercle proche.
L'éthique de la procréation médicalement assistée (PMA)
La procréation médicalement assistée (PMA) suscite de nombreux débats éthiques. Il est essentiel de recentrer la réflexion sur l'intérêt de l'enfant à naître. Considérer l'obtention d'un enfant comme un droit conduit à traiter les corps comme des objets de marché. L'auteure dénonce les biais qui justifient le commerce des organes et des corps, où le désir d'enfant suffit à légitimer la parentalité, occultant l'identité et les droits futurs de l'enfant. Les débats européens sont dépassés par les lois pseudo-égalitaires des pays ultralibéraux, où les revendications des couples stériles ou homosexuels sont utilisées pour occulter les enjeux éthiques. L'Europe risque d'abandonner face aux puissances ultra-libertaires qui prennent le pouvoir sur l'éthique, déléguant aux enfants à naître les problèmes liés à la dette et à la pollution.
Épistémologie de la médecine et critique des pratiques médicales actuelles
Depuis Canguilhem, peu de livres de qualité sur l'épistémologie de la médecine ont été écrits en français. Un ouvrage récent comble cette lacune en abordant des sujets essentiels à l'analyse critique des pratiques médicales. La maladie est définie par son traitement plus que par son essence, et l'Evidence-Based Medicine (EBM) monopolise et fige la pensée médicale. L'auteur explore les systèmes de classification, la construction sociale des entités nosologiques, l'élaboration de la preuve, les liens de causalité, la justification par l'action, les relations entre santé publique et individuelle, les errements de la généralisation et de la particularisation du soin, le savoir tacite et le savoir faible. Ces thèmes sont traités avec clarté, invitant les médecins à une réflexion approfondie pour éviter le formatage de la pensée et acquérir une véritable liberté de soigner.
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Les excès de la psychiatrie et la surmédication
Peter C. Gøtzsche dénonce les excès de l'industrie pharmaceutique et la surmédication en Occident, particulièrement en psychiatrie, où le nombre de décès liés aux médicaments est élevé. Les diagnostics sont souvent erronés ou abusifs, alors que les thérapies non médicamenteuses donnent de meilleurs résultats. Il affirme qu'il serait possible de réduire de 90 % la consommation de psychotropes tout en améliorant la santé mentale et physique des patients. Son livre ébranle la naïveté des cliniciens face aux psychotropes.
L'importance d'une médecine évolutionniste
Un ouvrage fondateur élargit notre conception de la santé et des maladies en introduisant la théorie de l'évolution en médecine clinique. Ce rapprochement entre l'histoire de la vie et les histoires personnelles, entre les facteurs individuels et environnementaux, a des répercussions considérables sur la pensée médicale, les politiques sanitaires et la thérapeutique. Ce livre offre un large panorama des perspectives ouvertes par cette interdisciplinarité et devrait avoir un effet marquant sur la culture médicale commune.
Psychochirurgie et stimulation cérébrale
Plus de la moitié du livre est consacrée à l'histoire de la psychochirurgie, une discipline marquée par l'empirisme, le maquillage des preuves, le mépris des patients, la barbarie chirurgicale, les ambitions personnelles et les dérives politiques. Les auteurs abordent cette discipline maudite avec un souci éthique évident. Le lecteur découvre ensuite les avancées de la stimulation cérébrale profonde dans la maladie de Parkinson, avant d'examiner les publications sur les méthodes de stimulation et d'inhibition électriques en intra ou extra crânien dans diverses indications (agressivité, psychoses, anorexie, addictions, TOC, dépressions, tics, Alzheimer, etc.). Les auteurs insistent sur les dérives possibles, soulignant que la plupart des publications portent sur des séries limitées de patients et que les méthodes d'évaluation sont parfois fantaisistes. Malgré la certitude que ces technologies sont peu traumatisantes, réversibles et éthiquement encadrées, le lecteur clinicien reste perplexe face à l'imprécision des diagnostics et des indications en psychiatrie. Une note d'optimisme concerne le projet de « stimulation en boucle fermée » pour déceler et prévenir les crises d'épilepsie, une maladie neurologique quasi mono-factorielle, contrairement aux pathologies psychiatriques imprécises et plurifactorielles.
Santé publique et indicateurs économiques
L'auteur aborde les relations parfois inattendues entre les indicateurs de santé publique et les indicateurs économiques (croissance, chômage). Au XXe siècle, il y a eu une corrélation inverse entre ces indicateurs : la santé s'est améliorée en période de crise économique et s'est dégradée en période de croissance. Les crises récentes (2008, crise grecque) montrent que la politique mise en place module cette corrélation. L'apparition de "nouveaux précaires" pourrait changer la donne, car le renoncement aux soins est un phénomène nouveau en Occident, susceptible d'avoir des conséquences négatives sur une partie de la population.
Le secret médical
Une religieuse et médecin travaillant en milieu carcéral analyse le secret médical, reprenant son histoire depuis Hippocrate. Elle examine ce "contrat" entre le médecin et son patient, destiné à protéger les corps du pouvoir et des marchands. À l'heure de l'ADN, des réseaux sociaux, du principe de précaution, de la traçabilité et de la judiciarisation du soin, le secret médical est devenu un mythe qui se nourrit de sa propre déliquescence. La lecture de ce livre est indispensable pour les cliniciens qui se revendiquent d'une médecine globale où le patient est la seule finalité.
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Psychiatrie clinique et éthologie
L'autobiographie d'un auteur connu et médiatique retrace l'histoire de la psychiatrie clinique dans la seconde moitié du XXe siècle. Il fait le lien entre la neurologie, la psychiatrie et l'éthologie, discipline dont il est l'un des pionniers en France. Il évoque le bouleversement de la pensée en psychiatrie en mai 1968 et l'impérialisme de la psychanalyse dans les années 1970. Apôtre de la transdisciplinarité, il livre un ouvrage rieur et sage que tout clinicien devrait lire.
Neurophysiologie de la mémoire
Un livre de vulgarisation d'un niveau élevé s'adresse aux cliniciens curieux d'en savoir plus sur la neurophysiologie de la mémoire. Il dépasse le cadre clinique des déficits mnésiques et met en avant l'interdisciplinarité (neurophysiologistes, philosophe, historien, spécialiste d'intelligence artificielle). Le rôle du sommeil dans la consolidation des souvenirs est souligné, encourageant les cliniciens à éviter les somnifères pour leurs patients. Le chapitre sur l'intelligence artificielle conforte l'idée qu'un bon clinicien est irremplaçable. La principale problématique est la nécessité de l'oubli dans la construction de la mémoire épisodique et sémantique : il est important d'inhiber des souvenirs pour mieux construire le passé et se projeter dans l'avenir, car la "mémoire du futur" se situe dans les mêmes régions cérébrales que la mémoire du passé.
Immunologie
Vulgariser l'immunologie est un défi, mais un ouvrage récent y parvient en racontant l'histoire évolutionniste de l'immunité avec maîtrise et simplicité. Il définit la modularité, la distribution et la robustesse d'un système biologique complexe, offrant une vision d'ensemble élégante. Il rappelle les principales fonctions du système immunitaire, décrit les acteurs cellulaires et protéiques, et tente de dégager les modules d'action et leurs liens principaux. Cet ouvrage majeur et novateur devrait ravir les médecins et les esprits curieux.
Éthique et libéralisme
Un livre ambitieux embrasse l'anthropologie et la sociologie, dénonçant les compromissions de l'éthique avec la dureté et la violence du monde libéral. L'humain se rabat sur des substituts normatifs (moraux, juridiques, réglementaires) qui ont le goût de l'éthique sans en avoir la texture. Les auteurs appellent à une éthique imprudente et regrettent que le droit soit devenu synonyme d'éthique. Ils critiquent le libéralisme économique de droite et le libéralisme moral de gauche, ainsi que la médicalisation des problèmes sociaux, qui aboutit à la double contrainte de l'homme libéral : éradiquer la souffrance et supporter l'impossibilité anthropologique d'un tel projet.
La naissance et l'évolution d'Homo sapiens
L'ouvrage de Michel Odent, La naissance et l'évolution d'Homo sapiens, est une référence. La médecine moderne a indubitablement accompli de grands progrès. Cet ouvrage propose ainsi le nouveau concept de « non-maladie » pour désigner les situations où la médecine détermine une anomalie sans que le patient n’en ressente le moindre symptôme. Sa vie, cependant, peut être profondément affectée par ce type de diagnostic. Or ces non-maladies prennent une place de plus en plus grande dans l’agenda des médecins, les programmes de recherche et le budget de la solidarité. Il s’agit là d’un excès de pouvoir biomédical, largement favorisé par les forces du marché et la mainmise des industries sanitaires sur les nouvelles formes d’évaluation de l’état de santé des individus. Michel Raymond fait partie des rares chercheurs investis dans le rapprochement entre biologie de l'évolution et pratique médicale. Travail nécessitant patience et rigueur, car les sciences de l'évolution ne sont pas encore enseignées dans les facultés de médecine et n'ont pas encore investi les domaines du diagnostic et du soin. Son premier ouvrage de vulgarisation (Cromagnon toi-même) en 2008 a montré l'intérêt de cette approche dans le domaine du diagnostic et de la physiopathologie. Les hiérarchies sociales ont de fortes répercussions sur le coût de l'accès aux ressources et du maintien dans le groupe, donc sur la santé et le soin. Chez l'homme et tous les autres primates, l'efficacité du soin et la préservation de la santé n'ont pas attendu la médecine moderne. Par contre Homo sapiens semble être la seule espèce à proposer des soins à d'autres qu'à ses proches et apparentés. En se basant sur une très riche bibliographie, l'auteur déroule son raisonnement par petites touches discrètes et pertinentes. La lecture est facile et laisse peu de place au doute. Ce livre devrait être lu par tous les médecins. Hélas, rien dans leur formation universitaire et post-universitaire ne les incite à ce type de réflexion. Il ne reste donc qu'à espérer comme le souhaite l'éditeur que les patients le conseillent à leur médecin. Ce livre est à recommander aux législateurs, médecins et consommateurs de procréation médicalement assistée. La lecture est aisée, la réflexion est progressivement construite et située dans l'histoire culturelle et biologique de notre espèce. Elle s'articule autour de l'intérêt de l'enfant, non seulement autour de l'enfant mis au monde, mais surtout de l'enfant à naître. Et c'est bien seulement à ce niveau que doit se situer tout débat éthique autour de la PMA. Considérer que l'obtention d'un enfant est un droit légitime, revient à considérer les corps et les individus, comme des objets que l'on peut acquérir sur le marché. La réflexion dépasse largement les polémiques sociétales et politiciennes sur les revendications des couples stériles ou homosexuels. L'auteure décortique et dénonce les biais qui conduisent à la justification du commerce des organes, des ventres et des corps dans les pays ultralibéraux où le simple désir d'enfant suffit à légitimer le statut de parent, avant toute naissance. Ces biais sont forgés par les gigantesques profits que procurent tous les commerces autour de la parentalité, depuis l'adoption jusqu'aux mères porteuses. Ils conduisent à éclipser totalement le statut, l’identité, l’individualité et les droits futurs de l'enfant à naître, assimilé à un banal objet de consommation. Les débats éthiques amorcés en Europe sur ce point, sont dépassés par les lois pseudo-égalitaires des pays ultralibéraux dont la Californie est la caricature. Ces mascarades égalitaristes sont habilement construites autour d’amalgames pervers avec les revendications des couples stériles ou homosexuels et les brûlantes questions de sexe et de genre. L'Europe est hélas en train d'abandonner devant les puissances ultra-libertaires qui prennent aussi le pouvoir sur l'éthique. Après la dette ou la pollution, voici un grave problème que nous déléguons aux enfants à naître, pour nos profits et conforts d'aujourd'hui.
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