Le Japon, comme d'autres pays développés, est confronté à une baisse significative de sa natalité. Cette tendance, exacerbée par des crises récentes telles que la pandémie de Covid-19, soulève des préoccupations quant à l'avenir démographique et socio-économique du pays. Le quartier Minami-Magome de Tokyo, le 20 juillet 2021, témoigne de cette réalité. En France, l'Insee a recensé 723 000 naissances en 2022, soit 19 000 de moins que l'année précédente, illustrant que ce phénomène n'est pas isolé au Japon.

Un défi démographique de longue date

Le Japon lutte contre la dénatalité depuis 40 ans, mais la situation se détériore année après année. Trois années de crise Covid-19 et de relations sociales détériorées ont aggravé la situation, en réduisant les rencontres et les mariages, un préalable avant que naisse un bébé au Japon, mais les circonstances étaient déjà très mauvaises avant. Les dernières données de l'ISTAT, l'Insee local, doivent paraître ce mois-ci, mais l'Italie s'attend encore à battre un record en 2022. En Italie, le taux de fécondité s'élève à 1,25 c'est le plus faible d'Europe avec l'Espagne, mais l'Italie est aussi un pays qui voit baisser sa population. Elle est passée sous les 60 millions d'habitants : il y a toujours plus de 700 000 morts et de moins en moins de naissances à peine 400 000. Cela représente une chute de 25% de moins qu'il y a 10 ans. En comparaison, en France il y a eu 740 000 naissances en 2021. Autre facteur, il y a aussi de moins en moins d'étrangers en Italie, le pays en a perdu 140 000.

Causes économiques : un fardeau financier pour les familles

La première cause avancée par les jeunes qui renoncent à avoir des enfants est le coût financier, sur fond de salaires qui stagnent et de précarité plus importante des emplois des hommes. Les femmes tendent à rechercher des partenaires qui ont une bonne place et le salaire qui va avec avant de s'engager. Ce sont des mariages très calculés. Le coût de la vie au Japon, particulièrement élevé dans les grandes villes, représente un obstacle majeur. Les dépenses liées au logement, à l'alimentation, aux vêtements et aux loisirs sont significativement plus importantes qu'ailleurs, ce qui impacte directement le budget des familles.

Coût élevé de l'éducation et de l'élevage des enfants

Au Japon, élever un enfant représente un investissement financier considérable, dissuadant de nombreux couples de fonder une famille nombreuse. Ce coût élevé s'explique par plusieurs facteurs. Premièrement, les frais d'éducation sont particulièrement importants. L'accès à des structures d'accueil pour les jeunes enfants (crèches, jardins d'enfants) est souvent onéreux, même si des subventions existent, elles ne couvrent qu'une partie des dépenses. Le système éducatif japonais, réputé pour son exigence, encourage les parents à investir dans des cours particuliers et des activités extrascolaires afin d'améliorer les chances de réussite de leurs enfants. Ces dépenses supplémentaires, qui peuvent s'avérer très élevées, pèsent lourdement sur le budget familial. L'enseignement supérieur, quant à lui, est également coûteux, même si des bourses existent, les frais de scolarité restent significatifs, notamment dans les universités privées. De plus, les parents doivent souvent financer les voyages scolaires, les fournitures scolaires, et les uniformes, ce qui représente un coût supplémentaire non négligeable. Au-delà des frais d'éducation, les dépenses liées à l'élevage des enfants sont également élevées. Le coût de la vie au Japon, notamment dans les grandes villes, est supérieur à la moyenne internationale. L'alimentation, les vêtements, les loisirs et les soins médicaux représentent des postes de dépenses importants pour les familles. L'achat d'une maison ou d'un appartement suffisamment grand pour accueillir une famille est souvent difficile financièrement, et les locations sont elles aussi onéreuses. L'absence de politique familiale généreuse, avec des allocations familiales peu élevées et un système de congé parental peu développé, aggrave la situation financière des parents. Il est donc compréhensible que le coût élevé de l'éducation et de l'élevage des enfants constitue un frein important à la natalité au Japon. La pression financière liée à l'éducation et à l'entretien des enfants est un facteur déterminant dans la décision de nombreux couples de limiter la taille de leur famille, voire de renoncer à avoir des enfants. Cette situation nécessite une réflexion approfondie sur les politiques publiques visant à alléger le fardeau financier des familles japonaises.

Instabilité professionnelle et précarité

L'instabilité professionnelle et la précarité croissante au Japon jouent un rôle significatif dans la baisse de la natalité. Le modèle traditionnel d'emploi à vie, autrefois garant de sécurité et de stabilité, s'érode progressivement, laissant place à une plus grande flexibilité et précarité du marché du travail. De plus en plus de jeunes actifs sont employés sous contrats à durée déterminée, avec des salaires souvent inférieurs à ceux des CDI et une absence de garanties en matière d'emploi à long terme. Cette situation d'incertitude financière dissuade les jeunes couples de fonder une famille, car l'arrivée d'un enfant représente un investissement important et à long terme qui nécessite une sécurité financière relative. L'absence de perspectives d'emploi stables et bien rémunérées, notamment pour les jeunes diplômés, renforce ce sentiment d'insécurité et rend la décision d'avoir des enfants plus difficile à prendre. La pression concurrentielle intense sur le marché du travail japonais contribue également à l'instabilité professionnelle. Les jeunes actifs, souvent surqualifiés, sont confrontés à une forte concurrence pour accéder à des emplois stables et bien rémunérés. Cette compétition accrue oblige de nombreux jeunes à reporter la création d'une famille, privilégiant leur carrière professionnelle à court terme. De plus, les longues heures de travail, souvent exigées par les entreprises japonaises, rendent difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale; L'absence de mesures de soutien à la parentalité, comme des congés parentaux suffisamment longs et rémunérés, pénalise davantage les femmes, qui sont souvent contraintes de faire un choix entre leur carrière et leur maternité. Cette contrainte professionnelle, couplée à la précarité économique, contribue à la baisse de la natalité et renforce le sentiment d'insécurité face à la perspective de fonder une famille. Enfin, le manque de protection sociale au Japon, notamment en matière de chômage et de maladie, aggrave la situation des familles. Les dispositifs d'aide aux familles sont souvent insuffisants et ne permettent pas de compenser les pertes de revenus liées à l'arrivée d'un enfant ou à une période de chômage. Cette absence de filet de sécurité sociale renforce l'incertitude financière et dissuade les couples de prendre le risque d'avoir des enfants dans un contexte économique incertain et peu protecteur. La combinaison de l'instabilité professionnelle, de la précarité et d'un système de protection sociale lacunaire représente donc un obstacle majeur à la natalité au Japon.

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Facteurs socioculturels : évolution des mentalités et des modes de vie

Au Japon, les soins médicaux sont dans la plupart des localités gratuits pour les enfants jusqu’à 15 ans. L'école publique est gratuite, les frais de crèches sont désormais en partie offerts et il existe des allocations familiales. Mais à l'évidence cela ne suffit pas. Le gouvernement actuel, qui dit enfin prendre la mesure de l'enjeu, promet une politique d’aide financière de dimension inédite. Le gouvernement est toujours réticent à prendre en compte le nombre d'enfants dans le calcul des impôts sur le revenu et ne sait pas encore de quelle façon il va relever les allocations familiales notoirement insuffisantes pour les enfants quand ils atteignent l’adolescence.

Évolution des rôles de genre et aspirations des femmes

Le Japon présente un mélange très particulier d’innovation et de tradition. Les relations entre hommes et femmes ont peu évolué. Non, ce que l’on voit au Japon, c’est un refus de la famille traditionnelle. Le discours des femmes japonaises sur le mariage apparaît contradictoire. Selon des chercheurs, les ambitions de carrière et les envies de liberté des femmes sont peu compatibles avec la version traditionnelle du mariage japonais fondé sur la domination masculine. En revanche, parmi les femmes qui souhaitent se marier, certaines aspirent à une situation idéale d’épouse « entretenue ». La liberté des femmes joue un rôle majeur. La maîtrise de leur corps (contraception et avortement) a été une des grandes conquêtes pour la liberté des femmes. Parallèlement, l’accès à un travail leur a permis de se libérer de la tutelle masculine : avoir un emploi, c’est accéder à l’autonomie financière et à la possibilité de mener une carrière. Mais mener de front les activités de parents et une activité professionnelle n’est pas de tout repos. Toutes les mères actives le savent (et les pères sont en train de l’apprendre). Après avoir gagné la maîtrise de leur corps, puis s’être libérées de la tutelle masculine, les femmes seraient-elles en train de se libérer des enfants ? Parmi les raisons invoquées, il y a la responsabilité écologique, le coût trop élevé du logement, mais la première affichée est « l’épanouissement personnel ». Cela ne veut pas dire que le désir d’enfant est en voie de disparition. septembre 2022. ce qui est inexact. Il s’agit des 30% de femmes (de 18 à 48 ans) qui n’ont pas d’enfants. sont qu’une minorité (la grande majorité des femmes sont mères).

L'importance du mariage et le célibat croissant

À compter des années 1970, la désaffection des Japonais, et surtout des Japonaises, pour le mariage est en effet un des facteurs essentiels de la chute des naissances. Certes, les mariages de convenance préparés de longue main par les familles, qui étaient la règle dans la société japonaise, se font plus rares et les mariages d’amour, choix personnels de deux individus, gagnent chaque année du terrain (Sullerot, 2004). Mais, au Japon, les rôles des sexes dans la vie conjugale demeurent encore souvent très tranchés. De plus en plus de jeunes femmes éduquées et gagnant bien leur vie, ou bien n’ont pas envie de se mettre au service d’un mari, ou bien ne trouvent pas le mari dont elles rêvent, qui doit, selon la tradition encore respectée dans certains milieux, « leur être supérieur », tant par la position sociale que par le niveau de revenu. D’ailleurs, certains hommes de statut social modeste ou moyen n’acceptent pas d’épouser une femme aussi ou plus éduquée qu’eux. En outre, le célibat progresse très rapidement : jusqu’aux années 1990, la quasi-totalité des Japonais se mariaient, mais un quart ou plus de ceux qui sont nés depuis pourraient ne pas le faire faute d’emploi stable, et donc ne feront pas d’enfants, ou très peu.

Vieillissement de la population et ses conséquences

Le Japon a vécu ce dernier demi-siècle une «fenêtre démographique» favorable, avec une grande proportion de population dans les âges actifs, de 15 à 64 ans. Cette proportion, qui était de 58 % dès 1920, monte à 60 % en 1950 et culmine à 69% en 1970. Elle est encore de 64 % aujourd’hui. Cette évolution s’accompagne d’un basculement des enfants vers les seniors. Élément tout à fait remarquable de la société japonaise, l’espérance de vie est la plus élevée au monde. Cela s’accompagne de changements familiaux importants. L’âge de la mère lors de la naissance du premier enfant passe de 25 à 28,5 ans entre 1950 et 2009. La proportion de célibataires, chez les femmes de 30 à 34 ans, passe de 6% en 1950 à 34% aujourd’hui. La combinaison de ces deux éléments a, bien sûr, un effet important sur la natalité. Le Japon vieillit plus rapidement que n’importe quel pays dans l’histoire : il n’a fallu que 36 ans pour que la part des plus de 65 ans dans sa population passe de 7 à 20 % (1970-2006), contre plus d’un siècle et demi pour la France, qui n’y est pas encore (1864-2020). Au beau temps du « miracle » d’après-guerre, 30 % des Japonais avaient moins de 15 ans, 64 % étaient dans ce que les statistiques considèrent comme « l’âge actif » (15-64 ans), et seulement 6 % avaient plus de 60 ans. Quand la population a culminé en 2010, les proportions étaient de 13-64-23. En 2035, elles seront de 10-56,5-33,5. Cette année-là, compte tenu de l’âge réel du début de la vie professionnelle, seulement 45 % des Japonais devraient être au travail pour pourvoir à l’entretien des autres. En outre, cette population active ne cessera elle-même de vieillir : en 2000, les 50-64 ans en représentaient 36 %, et ils seront 45 % dès 2035.

Conséquences de la dénatalité

Cet effondrement semble augurer le pire pour l’économie et la compétitivité du Japon : baisse automatique de la croissance potentielle en même temps que celle de la population active, qui est l’un des éléments pris en compte pour la calculer ; diminution de l’épargne et de la consommation, donc de l’investissement ; pénurie et renchérissement d’une main-d’œuvre dont la qualité diminuera avec l’âge. Ces dépenses seront sanctuarisées par le poids politique des plus de 65 ans. Ceux-ci représentent déjà près de 30 % du corps électoral ; ils seront presque 40 % en 2035, et 46 % en 2060 - alors qu’au Japon, la participation électorale est minimale chez les jeunes et augmente avec l’âge. On peut attendre de ce corps électoral chenu une résistance croissante aux changements de toute nature, ainsi qu’un repli frileux sur soi accompagné d’un sentiment de déclin. Ce repli nourrira le nationalisme mais diminuera l’envie de risquer des affrontements - pour lesquels les forces armées pourraient d’ailleurs manquer de ressources financières et humaines. Les fractures générationnelles pourraient se creuser. Les jeunes seraient démoralisés ou enragés de vivre dans un hospice géant dont les pensionnaires accapareront les ressources communes. La population au travail s’échinerait à entretenir les uns et les autres, avec pour seule perspective de vieillir en ayant toujours ses parents à charge, dont un ou deux millions seront centenaires, tout en doutant que ses propres enfants puissent (ou veuillent) en faire autant pour elle. Dans ces conditions, on assiste à une décroissance, d’abord lente, puis de plus en plus rapide, de la population japonaise : 120 millions en 2025, entre 84 et 98 millions en 2055, entre 35 et 75 millions en 2105. La cohorte la plus nombreuse, c’est-à-dire l’ensemble des personnes nées la même année, est celle de 81 ans, donc celle née en 1974 - les enfants de ceux nés pendant le baby-boom -, et cette cohorte est trois fois plus nombreuse que celle des nouveau-nés.

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Solutions envisagées pour inverser la tendance

Face à ce défi démographique, le Japon explore diverses pistes pour stimuler la natalité et atténuer les effets du vieillissement de sa population.

Politiques natalistes et soutien aux familles

Le premier remède semblerait devoir être une politique nataliste. Toutefois, les Japonais paraissent considérer la fertilité comme un phénomène naturel, auquel des mesures artificielles ne peuvent donc pas grand-chose. Les autorités multiplient celles qui ne coûtent rien. Elles encouragent les pères à prendre leur part du labeur que donnent les enfants ; mais moins de 5 % prennent les congés de paternité créés à cet effet. Elles invitent les entreprises à aménager le travail des jeunes mamans au lieu de les pousser dehors, mais sans prévoir aucune sanction. La promesse de crèches en nombre suffisant est rituellement réitérée d’année en année. Mais de moyens financiers, guère. Les allocations familiales ne dépassent pas 15 000 yens par mois et par enfant jusqu’à 15 ans. Aucun abattement fiscal pour enfant à charge n’est accordé tant qu’elles sont versées ; il est ensuite de 710 000 yen par an quel que soit le revenu, mais pour un parent à charge c’est plus d’un million. La sécurité sociale ne consacre que 7 % de son budget à la petite enfance. Elle ne prend pas en charge la grossesse et l’accouchement, au motif qu’il ne s’agit pas d’une pathologie, alors qu’accoucher à Tôkyô coûte un bon million de yens100, soit quatre mois de salaire moyen. Toutefois, un premier plan de l’Ange, « Angel plan » est décidé sur la période 1995-1999. Puis, c’est, en 1999, un Plan quadriennal devant se déployer jusqu’en 2005, poétiquement intitulé « Plan du Nouvel Ange », « New Angel plan », qui prévoit à la fois des mesures pratiques et d’ambitieux projets de changements de mentalité. En 2005, la politique gouvernementale lance le plan plus un, « Plus One plan », suivi d’une loi pour la prochaine génération, « Next Generation Law » pour la période 2005-2015.

Immigration : une solution controversée

La solution pourrait-elle être un recours à l’immigration ? Mais, d’une part, l’immigration est d’une efficacité médiocre contre le vieillissement car les immigrés vieillissent à leur tour. L’immigration semble donc être la seule solution, d’autant plus que les populations immigrées sont traditionnellement prolifiques. La Corée, où le taux de fécondité a dégringolé jusqu’à 1,1, s’y est résolue : la population étrangère y est passée de 400 000 à 1,5 million depuis le tournant du siècle. Au Japon, l’ONU a estimé en 2009 que pour maintenir la population active à son niveau actuel d’ici 2050, il faudrait intégrer 600 000 nouveaux immigrants par an, ce qui porterait le pourcentage de la population étrangère à plus de 25 % - une perspective impensable. Les autorités japonaises entendent plutôt augmenter le nombre de femmes qui travaillent, laisser les seniors au labeur jusqu’après 65 ans et multiplier les robots. Elles ne chiffrent donc les besoins qu’à 90 000 immigrés par an.

Adaptation au vieillissement de la population

Le pire n’étant jamais sûr, certains envisagent des évolutions plus positives. Au plan économique et technologique, le développement de nouveaux secteurs dans lequel le Japon se retrouvera en pointe : medtronique, biotechnologies et génétique curatives et réparatrices ; domotique centrée sur l’adaptation de la maison et de la ville aux personnes âgées ; technologies permettant le maintien des seniors au travail ; etc. Le Japon acquerra ainsi une spécialisation dont beaucoup de grands pays, vieillissant à leur tour, auront besoin après lui. Les actifs, plus rares, jouiront de meilleures rémunérations et de perspectives professionnelles plus larges. La jeunesse sera choyée ; elle profitera d’une éducation meilleure et plus ouverte sur le monde, grâce à la concurrence entre universités pour attirer une clientèle devenue plus rare, et qui devront s’ouvrir plus au monde pour pallier le manque d’étudiants et d’enseignants. Plus personne au Japon n'imagine qu’il soit réaliste de songer à faire remonter la population, la chute est vue comme un phénomène naturel. En revanche, ce qui est important, c’est d’alléger le fardeau sur la société en faisant que cette chute ne soit pas brutale, en lissant le déclin. Par exemple en s’arrangeant pour que les personnes qui veulent avoir des enfants, mais n’y arrivent pas, puissent réaliser ce désir. Mais il est vain de songer à redresser la population. Dans la société japonaise, plus personne ne pense que ce soit une option.

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