Introduction

La paternité, concept complexe et multiforme, se manifeste à travers divers symboles qui transcendent les époques et les cultures. Cet article explore les significations profondes de ces symboles, en s'appuyant sur des exemples littéraires, religieux et culturels, afin de mieux comprendre la construction et l'impact de la figure paternelle.

Le Père comme Image et Ressemblance de Dieu

Dans la tradition judéo-chrétienne, le premier homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Cette image, qui comporte une similitude physique, instaure un rapport unique entre l'homme et son créateur. L'homme, couronnement de la création, est appelé à se conformer à la nature divine par la grâce du Christ.

Théologiquement, toute création trouve son origine dans le miroir de Dieu. La structure symétrique du verset biblique "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa" mime ce jeu de miroirs entre l'homme et son créateur, le Dieu-Père. L'essence individuelle se reflète dans l'Être divin, et vice versa. Le miroir devient ainsi le symbole de la manifestation reflétant l'intelligence créatrice, de l'Intellect divin réfléchissant cette manifestation et la créant "à son image".

Saint Paul exprime cette idée en affirmant que ceux qui reflètent la gloire du Seigneur, à l'image d'un miroir, sont transformés en cette même image, rendus semblables au Dieu-Père. Cette similitude s'inscrit dans une thématique du rapport au père, posant la question du "lien" comme racine étymologique du terme "religion".

La Vaterreligion de Freud et l'Autorité Paternelle

Freud forge le terme "Vaterreligion" (religion du père) pour souligner la capacité du père à accréditer une religion propre, à dédoubler le lien du sang par un lien de filiation spirituelle. Le père cristallise une activité symbolique et idéalisante prodigieuse, l'imago paternelle polarisant les succédanés de père par lesquels le sujet cherchera la répétition de traits mimant le père, culminant avec l'idée de "divinité paternelle".

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Freud explore le lien entre le père et la religion, considérant le chemin qui mène du père à Dieu. Dans les premiers temps de l'Église chrétienne, le Père est celui qui transmet la catéchèse, témoin de la tradition et de la vérité divine, conférant autorité à ses écrits.

L'Autorité Paternelle en Irlande au XXe Siècle

Dans l'Irlande du XXe siècle, l'autorité du père, biologique ou symbolique, est particulièrement prégnante. Eamon De Valera, chef d'État, incarne différentes images de la paternité, fusionnant les auras du père comme paterfamilias et du père comme prêtre.

De Valera décline la trilogie lacanienne du père réel, imaginaire et symbolique. Profondément attaché aux valeurs chrétiennes, il donne un aspect confessionnel à la Constitution et met en place un régime théocratique sous l'autorité du Père Éternel. L'imbrication étroite de la religion et de la politique renforce l'autorité paternelle, insérée dans un système hiérarchique légal et légitimé.

L'Autorité Patriarcale dans la Littérature Irlandaise

Cette notion d'autorité, consubstantiellement liée à la paternité, se retrouve dans la littérature irlandaise du XXe siècle. Elle s'articule sur trois niveaux : la séparation d'avec la mère comme frein aux pulsions incestueuses, la paternité vécue comme image de "force", et le renforcement de cette position hiérarchique dans un contexte socio-historique où les prêtres détiennent un pouvoir immense.

L'autorité patriarcale, basculant fréquemment dans l'autoritarisme, est dépeinte et dénoncée dans la littérature, reflétant la stigmatisation des figures paternelles, qu'il s'agisse du père symbolique, de l'homme d'Église ou du Dieu tout-puissant. Le narrateur, placé en vis-à-vis de ces figures, réitère une opposition dichotomique.

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Foi du Père et Choix du Fils: Le Miroir du Foyer Paternel

Le narrateur se rebelle contre l'autorité de son père et contre l'invasion de l'Église dans la sphère domestique, comme en témoigne la description détaillée de maisons familiales reflétant un catholicisme traditionnel. L'inventaire minutieux d'objets de dévotion révèle une saturation outrée de bondieuseries, laissant transparaître le jugement détaché, ironique et hostile du narrateur.

Le Sacré Cœur, brûlant sans chaleur, ne compense pas l'absence de chaleur du père. Le narrateur critique les objets décoratifs de la maison paternelle, qualifiant la statue de la Vierge de "sentimentally hideous". Il compare une cellule de prison à une église, les considérant comme des lieux de torture.

La Duplicité Ironique

Le narrateur introduit un décalage entre l'idéologie paternelle et sa propre opinion filiale, laissant transparaître son idéologie à travers le jugement qu'il porte sur l'idéologie du personnage focal. Il instaure une distance maximale entre ses idées et celles de son père, qu'il dépeint avec ironie, discréditant les énoncés dogmatiques.

Le fils s'efforce de ne pas partager les valeurs paternelles. Bien qu'il ait été enfant de chœur, il quitte le giron de l'Église catholique et le domicile paternel, participant ainsi à son émancipation. Il se sépare doublement de son père, rompant avec les idéologies et les valeurs paternelles, ce qui accentue la séparation initiale.

Le père, ancré dans ses certitudes, ne remet jamais en cause les valeurs chrétiennes ou le discours de l'Église. Ses lectures, ses expressions, ses fétiches et ses habitudes rituelles reflètent sa foi et son espérance de chrétien. Le discours du père est parsemé d'interjections faisant appel à la Divine Providence, évoquant Jésus-Christ ou sa mère. Il semble attaché à des médailles "protectrices".

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Ces us et coutumes sont autant de cibles pour le fils, narrateur sceptique qui juge le comportement parental comme superstitieux.

Ironie et Rébellion

Lorsque Henry Smart décrit sa mère entre son accouchement et ses relevailles, sa narration, non dépourvue de duplicité satirique, semble promouvoir les valeurs qu'il stigmatise, feignant d'adopter l'opinion obscurantiste ambiante pour mieux la discréditer.

L'ironie, par sa duplicité et son jeu sur l'objectivité et la subjectivité, est emblématique du miroir père-fils. Comme lui, elle est source d'interrogation. Le fils se conforme au langage du père en le réutilisant et, en même temps, fait entendre le contraire, c'est-à-dire son opinion personnelle. L'ironie, comme le miroir, dédouble et inverse simultanément.

Dans son approche résolument moderne du monde qui lui est contemporain, le fils relègue la religion dans l'univers archaïque du père, la classant parmi les vestiges du passé, pétrifiée dans le rituel et la formalisation.

Par conséquent, ouvertement ou non, le fils se dérobe régulièrement aux devoirs religieux rappelés par des ordres intimés par le père. En présence du corps agonisant de sa mère, il refuse de se soumettre à la volonté paternelle, à savoir dire l'acte de contrition, cette prière étant, à son sens, inadaptée à la situation.

Dans cette scène significative du point de vue œdipien, le père sanctionne l'attitude filiale rebelle et subversive par une brusque réprimande physique et verbale, une négation particulièrement virulente, donnée comme impérative.

Autres symboles de la paternité

  • Le triangle: Souvent considéré comme une figure divine évoquant l’harmonie, la sagesse et la Trinité. Associé à l’ordre, à l’équilibre, à la perfection et à la réconciliation, le 3 permet de dépasser le binaire.
  • Le loup: Associé à Woden (Odin), l’un des dieux les plus populaires de la mythologie nordique.
  • Le corbeau: Associé au dieu Odin et représentant la sagesse.
  • L'arbre Yggdrasil: Symbole nordique représentant tous les aspects de la vie.

La fonction paternelle en psychanalyse

La fonction paternelle est une relation entre deux quantités, ici le langage et la pulsion, associés de telle façon que toute variation de l’impact du langage sur le corps humain modifie ce que Freud nomme « le destin des pulsions ». La pulsion est comme une source face à laquelle la culture dresse un barrage.

Freud distingue deux modalités de pulsion : « l’énergie sexuelle somatique » et « l’énergie sexuelle psychique ». Pour Freud, il n’y a qu’une pulsion de base : la pulsion de mort : le corps veut jouir. La pulsion de vie est introduite comme dérive de cette pulsion par la culture.

Tout petit d’homme naît deux fois, une première fois lorsqu’il sort de la matrice maternelle, et une seconde à l’ordre du langage. La première naissance ne le différencie guère de l’animal, il naît comme tous les mammifères dits supérieurs. Seule la seconde naissance permet de fabriquer un sujet, c’est à dire un animal qui parle.

La naissance du petit d’homme opère dans ce nouage entre la chair vivante (réel), la parole (symbolique) et le corps (imaginaire). Dans cette seconde naissance le symbolique mortifie le vivant de la chair.

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