L'image de l'enfant sage, obéissant et poli, est souvent idéalisée. Avant d'être parent, nombreux sont ceux qui rêvent d'un enfant éveillé, gentil et débrouillard, imaginant une éducation basée sur l'amour et des principes clairs. Cependant, la réalité de la parentalité confronte à un enfant unique, avec ses propres forces et faiblesses, qu'il faut apprendre à découvrir et à comprendre. L'arrivée d'un deuxième enfant complexifie encore davantage ce processus, car chaque relation parent-enfant est unique. Ainsi, l'utopie de l'enfant parfait s'éloigne, laissant place à la vraie vie, avec ses défis et ses joies. Mais que devient cet enfant sage en grandissant ? Une étude portugaise a soulevé une question surprenante : quel est le devenir des enfants sans problème ? Les résultats de cette étude remettent en question l'idéalisation de l'enfant sage et soulignent l'importance de prendre en compte les besoins émotionnels et le développement de la personnalité de chaque enfant.

L'enfant sage : un modèle valorisé, mais potentiellement oublié

Dans un groupe d'enfants, celui qui court partout, celui qui s'oppose, celui qui pleure souvent attire l'attention. "L'enfant sage", lui, passe souvent inaperçu. On le décrit comme "adorable", "facile", "autonome", "bien élevé". Il est un soulagement pour les adultes et un modèle pour les autres enfants. Pourtant, cette sagesse "exemplaire" n'est pas toujours le signe d'un bien-être profond. L'enfant sage est souvent le grand oublié de l'observation collective. Un enfant qui ne "dérange" pas est souvent valorisé, mais pourquoi ne demande-t-il rien ? Pourquoi semble-t-il si effacé, si en retrait, si discret dans ses besoins ?

Certains enfants développent très tôt une capacité à s'adapter aux attentes des adultes, jusqu'à en oublier leurs propres besoins. Ils deviennent alors des enfants qui absorbent, qui contiennent, qui se montrent toujours "raisonnables", parfois au prix d'un fort contrôle intérieur. Parfois, ce que l'on interprète comme de la sagesse est une adaptation à un environnement strict ou très normatif. Dans ce cas, on observe souvent : une absence d'initiative spontanée, un besoin excessif de validation ("c'est bien ?", "je fais comme il faut ?"). Chez certains enfants dits sages, on observe une forme de retenue dans l'expression des émotions. Ils sourient même quand ils sont tristes, minimisent leur douleur ou ne se plaignent jamais. Ces enfants ont parfois très peur d'être "trop" : trop bruyants, trop sensibles, trop envahissants. Leur calme peut alors masquer une inquiétude de ne pas être aimé s'ils montraient leur vraie nature.

Il ne s'agit pas d'inquiéter à la moindre discrétion d'un enfant. Certains petits sont simplement plus posés, plus contemplatifs, plus sensibles à l'environnement. Certains enfants semblent "se mettre entre parenthèses". Ils jouent seuls sans initiative, ne cherchent pas l'adulte du regard, répètent les mêmes gestes ou montrent peu d'expression émotionnelle. Ces signes ne permettent pas à eux seuls de poser un diagnostic, mais ils appellent à une vigilance bienveillante. Pour les professionnels, savoir repérer les premiers signaux faibles, sans surinterpréter ni banaliser, fait partie des compétences essentielles. Le risque, pour ces enfants, c'est l'invisibilité. Parce qu'on pense qu'ils vont "bien", on pense qu'ils n'ont pas besoin de la même attention que les autres.

Les conséquences à long terme de la "sagesse" excessive

L'étude portugaise mentionnée précédemment a révélé que les enfants très sages, bien que devenus des adultes bien socialisés et sans troubles graves de la personnalité, avaient vécu à l'âge adulte plus de dépressions et d'angoisses (12 %) que les enfants difficiles (8 %). Cette découverte surprenante soulève des questions importantes sur les conséquences à long terme de la "sagesse" excessive.

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Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce phénomène. Il est possible que ces enfants aient surinvesti l'école au prix de leur plaisir de vivre, ou qu'ils aient utilisé l'école pour plaire, s'adapter et revaloriser leur estime de soi en raison d'un sentiment de tristesse ou de crainte. Être sage témoigne d'une grande souplesse d'adaptation, peut-être même d'une trop grande malléabilité qui, soumettant l'enfant aux pressions de conformité sociale, entrave le développement d'une partie de sa personnalité, ce qui donnera plus tard un adulte malheureux. Dans ce cas, les petites transgressions, pour 30 % des filles et 60 % des garçons, témoigneraient d'une plus forte personnalité, moins soumise à la famille et à l'école, et capable plus tard de davantage d'autonomie.

Le syndrome de l'enfant sage, bien que non reconnu officiellement par la psychologie académique, décrit un ensemble de comportements et de croyances développés au cours de l'enfance, où l'enfant apprend très tôt à s'adapter aux attentes implicites des adultes, souvent au détriment de ses propres besoins et émotions. Cette adaptation constante, où l'enfant fait tout pour éviter de causer de la souffrance ou de l'inquiétude à ses parents, et la négation de soi, où il apprend à ignorer ses propres besoins, émotions et même sensations physiques pour être aimé et validé, peuvent avoir des répercussions importantes à l'âge adulte.

L'adulte issu de ce conditionnement peut ne plus savoir ce qui le rend heureux, avoir du mal à identifier ses besoins, ses désirs et ses valeurs, et même croire que son rôle dans la vie est de servir les autres, au détriment de sa propre satisfaction. Pour compenser le manque de sécurité intérieure, ces personnes choisissent souvent des carrières stables mais rigides, comme dans l'administration (éducation, santé, armée). À un moment donné, souvent entre 40 et 50 ans, ces adultes font face à une crise existentielle, qui peut se manifester par un burn-out, une dépression ou une perte complète de sens.

Encourager l'expression émotionnelle et l'autonomie

Face à ces constats, il est essentiel de reconsidérer notre perception de l'enfant sage et d'adopter une approche éducative qui favorise l'expression émotionnelle, l'autonomie et le développement de la personnalité de chaque enfant.

Il est important d'aider les enfants à identifier et à nommer leurs émotions, en leur expliquant que toutes les émotions sont valides et qu'il est important de les exprimer de manière saine. "Les sentiments sont un mot. Dites ce que vous ressentez. Commencez une liste et accrochez-la au réfrigérateur", explique Susie Pettit. Nommer les émotions de votre enfant et l’aider à les décrire lui permet de reprendre le contrôle sur ce qu’il se passe dans son corps. Il est également important d'encourager les enfants à explorer leurs émotions physiquement. "Les émotions sont de l’énergie dans le corps. Où ressentez-vous ces émotions ? À quoi ressemble la tristesse ? À quoi ressemble la solitude ? J’encourage mes enfants à expliquer en détail la sensation physique de l’émotion, comme s’ils l’expliquaient à un extraterrestre qui ne l’aurait jamais ressentie auparavant", propose la coach.

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Il est également crucial de permettre aux enfants de ressentir leurs émotions sans les juger ou les réprimer. "Permettez-vous de ressentir l’émotion. La sensation physique n’est pas particulièrement douloureuse. Vous êtes capable de la ressentir, même si nous avons l’habitude de résister à cette étape. Asseyez-vous et laissez l’énergie vous traverser. Les émotions viennent par vagues : elles vont et viennent. Au lieu d’expliquer pourquoi vous ressentez ce que vous ressentez, de le juger ou d’y résister, acceptez-le. Vivez-le", préconise la coach. En tant que parent, vous êtes le premier modèle de vos enfants. Montrez-lui comment vous gérez vos propres émotions.

Il est également important de donner aux enfants la possibilité de faire leurs propres choix et de prendre des initiatives, en les encourageant à développer leur propre identité et à suivre leurs propres passions. Offrir à l’enfant la chance de se développer en harmonie, selon son rythme, ses aspirations et ses inspirations. Pour qu’il grandisse en construisant sa propre harmonie, pour qu’il s’éveille et s’émerveille du monde qui l’entoure, pour que son regard soit toujours curieux et ses entreprises audacieuses, il doit immanquablement vouloir ce qu’il fait.

L'importance de l'attachement sécure

Il est intéressant de noter que les enfants peuvent se comporter différemment à la maison et à l'extérieur. Désobéissants, agités, insolents, bruyants, capricieux, les enfants peuvent en faire voir de toutes les couleurs à leurs parents. Pourtant, lorsqu’ils sont à l’école, chez un camarade de classe ou dans un groupe pour une activité extra-scolaire, les retours des autres adultes semblent bien différents de ceux des parents. Ce changement d’attitude entre le foyer et les autres environnements ne s’explique probablement pas par un manque d’amour, bien au contraire.

Un comportement lié au type d’attachement « Pourquoi nos enfants peuvent-ils se comporter comme des anges pour les étrangers mais se transformer en petits diables lorsqu'ils rentrent à la maison ? », questionne Vanessa LoBue, professeure de psychologie et spécialiste du développement de l’enfant, pour Psychology Today. « Ce modèle de comportement pourrait être un bon signe que votre enfant est solidement attaché à vous », écrit-elle. Les enfants au type d’attachement dit “sécure” explorent librement la pièce lorsque leur mère est là, sont amicaux avec l’inconnue, mais sont plus angoissés à l’idée d’explorer lorsqu’ils sont seuls. S’ils pleurent et que leur mère est présente, ils se dirigent vers elle pour être consolés. « Tester leurs limites » « Alors que nous obtenons leur véritable amour et affection, nous obtenons également leurs autres émotions, même celles qui sont plus désagréables », résume Vanessa LoBue. Avec des étrangers, les enfants se sentent moins en sécurité et se restreignent pour adopter « leur meilleur comportement ». « Les enfants savent qu’ils sont aimés à la maison », et ce, peu importe leurs actions, explique Nancy Gnass, conseillère en éducation, pour le site Great Schools. Par ailleurs, il est sain pour les enfants de « tester leurs limites », assure le psychologue John Duffy, et ils sont moins à l’aise pour le faire dans un environnement moins familier et plus structuré comme l’école.

Reconstruire son identité à l'âge adulte

Si vous vous reconnaissez dans la description de l'enfant sage et que vous souffrez des conséquences de ce conditionnement à l'âge adulte, il est possible de reconstruire votre identité et de retrouver votre véritable essence.

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Commencez par identifier les croyances limitantes qui vous empêchent d'être pleinement vous-même. "Je dois toujours être parfait pour être aimé." "Les autres passent avant moi." Une fois ces croyances identifiées, travaillez à les remplacer par des affirmations positives et constructives. "Je mérite d'être aimé tel que je suis." "Mes besoins sont importants et valables." Définissez vos valeurs profondes et engagez-vous dans des actions qui reflètent ces principes.

Le syndrome de l’enfant sage est un conditionnement puissant, mais il n’est pas une fatalité. Tu peux également choisir de te faire accompagner car parfois, sortir de ses conditionnements et croyances limitantes seul·e peut s’avérer difficile.

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