L'accouchement à domicile (AAD) suscite un intérêt croissant, alimenté par un désir de naturalité et de contrôle accru sur l'expérience de la naissance. Bien que marginale en France, cette option reflète une volonté de certaines femmes de vivre un accouchement personnalisé, dans un environnement familier. Cet article explore les motivations, les aspects pratiques, les risques et les témoignages liés à l'accouchement à domicile, offrant une vision complète de cette pratique.

Un intérêt croissant, une pratique marginale

D'après une enquête Ifop, 36 % des femmes âgées de 18 à 45 ans affirment vouloir accoucher chez elles si elles en ont la possibilité. Cependant, seules 1 % à 2 % des futures mamans françaises optent pour une naissance à la maison, entourées d’une sage-femme libérale. Cette estimation reste imprécise, car l'INSEE comptabilise les AAD avec les naissances survenant dans d'autres lieux, comme une voiture. En 2022, les AAD et les naissances données ailleurs s'élevaient à 5094, dont 616 sans assistance.

Ce décalage entre l'intérêt exprimé et la pratique réelle souligne les complexités et les enjeux entourant l'accouchement à domicile. Alors que les réseaux sociaux diffusent de nombreuses images d'accouchements à la maison, la réalité est que cette option reste minoritaire et souvent sujette à débat.

Motivations et philosophie de l'AAD

Nombreuses sont les raisons qui poussent certaines femmes enceintes à faire le choix d’accoucher à la maison. Les couples qui font ce choix expriment différentes motivations :

  • Le souhait d’un accouchement naturel et le moins médicalisé possible.
  • La volonté d’une naissance calme et avec le moins de monde possible.
  • Le désir d’accoucher dans un environnement familier et dans le cocon de la maison.
  • La liberté de choisir leur accouchement et d'en être pleinement actrices.

Ces motivations reflètent une volonté de reprendre le pouvoir sur son corps et son accouchement, en privilégiant une approche physiologique et personnalisée. Pour ces femmes, l'AAD représente une alternative à la médicalisation parfois perçue comme excessive des accouchements en milieu hospitalier.

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Aspects pratiques de l'accouchement à domicile

Pendant la grossesse

Si vous souhaitez accoucher à domicile, vous devrez vous tourner vers une sage-femme libérale. Attention, elles ne sont pas nombreuses en France à accompagner les futures mamans pour des AAD. Certains départements sont donc moins bien lotis que d’autres, voire dépourvus de personnel qualifié. Avec elle, vous mettez en place votre projet d’accouchement. Au programme : un point sur les raisons qui vous poussent à vouloir donner naissance à la maison, ainsi que votre prise en compte des responsabilités inhérentes à l'accouchement à domicile. De son côté, la sage-femme s’engage à vous informer au mieux sur son champ de compétence, mais aussi à vous communiquer les limites de son exercice. Pour finir, une charte récapitulative de l’ensemble de ces informations doit être signée. Tout au long de la grossesse, le suivi est assuré par cette même sage-femme référente et vous affinez ensemble le projet de naissance à domicile.

Le jour de l'accouchement

Étant donné que l’accouchement se passe à domicile, il n’y a pas de pose de péridurale. En revanche, la sage-femme dispose d’un kit spécial : monitoring, instruments de réanimation et produits de perfusion. Les parents doivent, quant à eux, fournir les serviettes, les bassines et autres compresses. La présence du co-parent est requise puisqu’elle s’inscrit naturellement dans le projet de naissance. Ce dernier participe ainsi à l’accouchement via des massages, des soins et des paroles rassurantes…

En cas de complications

En cas de complications - hémorragie, césarienne, utilisation de forceps -, vous êtes transférée à la maternité la plus proche, soit dans le véhicule de la sage-femme, soit dans le véhicule familial (dans certains cas, il est possible de faire appel à une société d’ambulances ou aux pompiers). C’est pourquoi il est extrêmement important d’avoir constitué en amont un dossier (projet de naissance et dossier médical de la maman) en maternité lors des deux dernières visites pré-natales. Une valise de maternité est également à prévoir. Une fois à la maternité, le transfert de responsabilité entre la sage-femme et les professionnels de santé est acté.

Remboursement

L'accouchement à domicile est remboursé à hauteur de 300 euros par la Sécurité Sociale. Ce forfait comprend l’accouchement en lui-même et les visites de la première semaine. Il faut savoir qu’un AAD coûte moins cher qu’un accouchement en structure (pas de séjour en chambre, pas d’anesthésiste, pas de gynécologue…), mais est moins pris en charge par la sécurité sociale. Pour l’acte d’accouchement, le tarif est de 376€. Ensuite les sages femmes peuvent demander des dépassement d’honoraires, selon leur choix personnel.

Les risques et les controverses

L'accouchement à domicile n'est jamais une démarche anodine. En effet, loin des structures d'urgence hospitalières, les femmes enceintes encourent toujours le risque d'être moins bien prises en charge si l'accouchement venait à mal se passer. Une consultation chez un professionnel de santé est nécessaire pour déterminer si une femme enceinte peut ou non, poursuivre ses démarches d’accouchement à domicile avec sa sage-femme.

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Le 17 novembre 2023, près de Fougères (Ille-et-Vilaine), une femme de 37 ans a perdu la vie lors de son accouchement à domicile sous supervision d'une sage-femme. Malgré son transfert à l'hôpital, pour une césarienne d'urgence, ni elle ni son enfant n'ont survécu. Ainsi, dans une interview accordée à nos confrères du Monde.fr, Joëlle Belaisch-Allart, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français rappelait que « le risque de mortalité maternelle et du bébé est nettement plus élevé dans un contexte non médicalisé », précisant au préalable que pour le CNGOF il est « impossible de cautionner une telle pratique ».

Ces risques soulignent l'importance d'une sélection rigoureuse des candidates à l'AAD, ainsi que d'une préparation minutieuse et d'une collaboration étroite avec une sage-femme expérimentée.

Témoignages : Expériences d'accouchement à domicile

Cécile et la naissance de Mélissa

Cécile a accouché à domicile de sa petite fille, Mélissa. Elle nous raconte les étapes, heure par heure, de cette aventure mémorable. Jeudi 27 décembre, 7 h 20. Je suis réveillée. Une douleur apparaît dans mon bas-ventre. Je commence à m’y habituer, ça fait déjà un moment que ça travaille en prévision de la naissance. C’est plus douloureux que d’habitude, et plus long. Cinq minutes après, on recommence le même cycle, et un autre, etc. Je me lève, je me fais couler un bain. Ça continue, mais petit à petit, la contraction et la douleur s’associent. Deux heures que ça se contracte… Au fait… « Bon anniversaire mon cœur ! Mais ne stresse pas comme ça ! ». On donne le petit-déjeuner aux enfants, on les habille. Ensuite, j’appelle Catherine, la sage-femme. Elle sera là vers 11 h 30. On profite du temps qui passe entre deux contractions pour organiser la salle à manger. On fait de la place pour que je puisse bouger à mon gré. René et Romy, des amis, arrivent et repartent avec les enfants. Catherine arrive. Elle met dans un coin son matériel et m’examine : « Entre 4 et 5, c’est pas mal… », dit-elle. Très rapidement, les contractions se rapprochent, se font plus intenses. Je marche entre deux. Elle me conseille de m’appuyer en me penchant en avant lors des contractions… Le bébé a son dos contre mon dos, c’est pour ça que les contractions finissent par le dos. À mon changement de comportement, elle voit tout de suite que le bébé s’engage dans le bassin… Je confirme, parce que là, les sensations changent vraiment ! Elle me masse le dos avec des huiles essentielles, Pierre m’aide à supporter les contractions quand je suis penchée en avant. Vers 14 h 30, je trouve enfin ma position. Je commence à avoir du mal à rester sur mes jambes, alors je pars m’appuyer sur le canapé. À genoux. Ça me permet de garder la position penchée en avant. Là, très clairement, j’entre dans une nouvelle phase. J’ai l’impression que c’est très long, alors qu’en fait, tout va aller très vite. C’est seulement à partir de ce moment que Catherine sera très présente. Jusque-là, elle restait vraiment discrète. Autour de moi, tout se met en place : un espace pour après la naissance, une bassine d’eau chaude (pour le périnée… Du bonheur !)… Bon, j’avoue, je n’ai pas tout suivi, hein ! Pierre me tient la main, mais en fait, j’ai besoin de me concentrer sur moi. Je me referme un peu. Catherine m’encourage, m’explique que je dois accompagner mon bébé, ne pas le retenir. C’est très dur à faire… Accepter de le laisser descendre, étape par étape. Ça fait mal ! J’ai parfois envie de pleurer, à d’autres moments de hurler. Je me surprends à râler (au sens propre du terme, pas à faire preuve de mauvais caractères…) à chaque contraction, en essayant de l’accompagner. Je fais confiance à Catherine et pousse, comme elle me le conseille (« ça soulage de pousser… »). Quand elle me dit : « vas-y, c’est la tête », je crois que la tête commence à se voir. J’ai les jambes qui tremblent, je ne sais plus comment me tenir. À ce moment-là, je ne contrôle plus grand-chose… « Si tu peux te lâcher, mets ta main, tu vas la sentir ! » Je ne peux pas, j’ai l’impression que je vais tomber si je lâche le canapé ! Une contraction… Une longue contraction qui brûle, mais qui m’oblige à laisser sortir la tête (à la pousser…), et les épaules… Physiquement, un grand soulagement : le corps est sorti. Il est 13 h 30… J’attrape mon bébé. Je ne sais même pas comment bien la prendre. Pierre est debout « C’est Mélissa ! ». Mon bébé va bien. Je l’ai dans les bras… Les heures qui suivent. On ne lave pas Mélissa. On l’essuie. Je m’installe sur le canapé, aidée par Pierre et Catherine. Je l’ai tout contre moi, je lui fais des bisous, la caresse. Quand le cordon cesse de battre, Pierre le coupe.

Alice et l'accouchement assisté à domicile

Alice, maman de 4 enfants, a choisi avec son époux l'option accouchement assisté à domicile (AAD). En cause ? "Cela nous rassurait plus d’avoir notre enfant à la maison plutôt qu’à l’hôpital. Nous avons dû faire nos propres recherches pour trouver une sage-femme qui pratiquait les accouchements à domicile.

Nathalie et l'accouchement non assisté "inopiné"

Nathalie, 40 ans, a fait l'expérience pour son deuxième enfant d'un accouchement non assisté dit "inopiné", c'est-à-dire que ce dernier n'était pas prévu et que le bébé devait voir le jour à la maternité. Au moment de la naissance de cet enfant, Nathalie était complètement seule chez elle, son compagnon en route pour venir la chercher et la conduire à la maternité. "J'ai eu l'impression d'être passée dans un mode très instinctif, un peu primaire et animal", décrit-elle à Girls, faisant écho au récit de Chloe dans sa vidéo YouTube."Je n'ai pas le souvenir d'avoir intellectualisé le moment", poursuit Nathalie. "C’est mon corps qui a fait sortir mon bébé ou mon bébé qui est sorti tout seul. Je me suis reconnectée avec la réalité une fois que j'ai eu ma fille dans les bras et que je me suis assurée qu'elle n'ait pas froid", poursuit cette mère de trois enfants, dont le dernier est né lors d'un accouchement à domicile, cette fois supervisé par la présence d'une sage-femme.

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Un AAD préparé : le témoignage d'une lectrice

Cette lectrice a choisi l’accouchement accompagné à domicile : avec deux sages-femmes et son conjoint à ses côtés, elle a donné naissance à son premier enfant dans son salon. Elle nous raconte les raisons de son choix, et les particularités de l’AAD. Pour répondre à mes envies et mes besoins, l’accouchement accompagné à domicile m’a semblé être le meilleur choix. Je souhaitais connaître les personnes qui seraient là pour m’assister durant mon enfantement. Je ne voulais pas avoir à être sur mes gardes et devoir défendre mes choix : pas d’auscultation gynécologique, pas d’épisiotomie, pas de péridurale, pas de perfusion d’ocytocine de synthèse. C’est ainsi que mon choix s’est fait. Une fois la grossesse confirmée par un test urinaire et un test sanguin, la première chose que nous avons faite, à six semaines d’aménorrhée, a été de contacter les sages femmes pratiquant les AAD dans notre ville. Nous avons donc rencontré une de ces sages femmes, qui nous a informé des conditions nécessaires au suivi et au coût de l’accouchement à domicile. Tout au long de ma grossesse, j’ai bénéficié d’un suivi. Pour la grossesse, la préparation à l’accouchement, l’accouchement, et le suivi post-partum à domicile. Et tout au long, j’ai eu la sensation d’être chouchoutée ! Dans ce suivi global, j’ai adoré le côté très humain : à chaque rendez-vous, nous buvions un thé ensemble. Je n’ai eu aucune auscultation gynécologique (toucher vaginal) de toute ma grossesse et de tout l’accouchement. Parallèlement, je me suis inscrite en maternité en cas de pépin dans le plan A. Je m’y suis rendue deux fois, lors desquelles j’ai pu présenter mon projet et discuter avec les équipes. Quand les sages femmes viennent à domicile pour un AAD, elles ont avec elles de quoi réanimer la mère et l’enfant, de l’oxygène, des ampoules d’ocytocine, du matériel de suture, et surtout, au moindre pépin, on fait un transfert vers l’hôpital. Ma grossesse s’est bien passée et tous les voyants sont restés au vert. Nous devions louer une piscine d’accouchement à nos sages femmes mais au final j’ai accouché quelques jours avant qu’elles nous l’amènent. Un beau jour, à 22h, je suis entrée tout doucement en travail. J’ai géré seule les contractions jusqu’à 2h du matin, puis avec l’aide de mon conjoint que je suis allée réveiller. À 6h45 le lendemain, il a appelé les sages femmes. La première est arrivée à 7h30 et la seconde à 8h30. À 9h02, notre bébé naissait dans notre salon, au pied du sapin de Noël et nous découvrions son sexe (nous avions gardé la surprise). J’ai donné naissance en position accroupie, après un travail réalisé essentiellement à quatre pattes avec le buste sur le ballon. Et je n’ai eu aucune auscultation gynécologique (j’ai moi même introduit mes doigts dans mon vagin pour suivre la progression de la poche des eaux). Mon enfantement s’est déroulé de la plus belle des manières, bien sûr, c’était douloureux, on ne va pas se mentir. Je suis restée confiante tout le long. Cela a comblé toutes mes attentes relatives à mon suivi de grossesse et à mon accouchement.

Ces témoignages illustrent la diversité des expériences d'AAD, allant de l'accouchement non assisté inopiné à l'AAD planifié et accompagné par des professionnels de santé. Ils mettent en lumière les motivations profondes qui sous-tendent ce choix, ainsi que les aspects émotionnels et pratiques de cette aventure.

Les alternatives : Maisons de naissance et positions d'accouchement physiologique

Alors que ce type de lieu est très répandu dans d’autres pays, il n’existe en France que 8 maisons de naissance, attenantes à une maternité partenaire, sur l’ensemble du territoire. Comme le détaille le ministère de la Santé, les maisons de naissance sont « des structures autonomes qui, sous la responsabilité exclusive de sages-femmes, accueillent les femmes enceintes dans une approche personnalisée du suivi de grossesse jusqu’à leur accouchement ». L’accouchement en maison de naissance s’adresse aux femmes enceintes sans facteur de risque connu et qui souhaitent un accouchement physiologique et peu médicalisé. La naissance est accompagnée par une sage-femme, en respectant le rythme de la future maman et de son bébé.

De plus, certaines maternités ont amorcé un changement et permettent aux femmes de choisir la position dans laquelle elles souhaitent accoucher… A l’écoute de leur corps, de la douleur, de leurs sensations, rares sont alors celles qui choisissent d’accoucher allongée ! La position gynécologique, couramment utilisée, est critiquée pour son manque de physiologie et son impact négatif sur le périnée et la mobilité de la femme pendant le travail.

Accoucher en direct : Une nouvelle tendance ?

Ces dernières années, les plateformes de diffusion en direct et leurs créateurs de contenu se sont multipliés. Toujours plus nombreux, ils rivalisent d’ingéniosité pour offrir du divertissement à leurs followers. Une streameuse américaine, nommée Fandy, a accouché en direct sur Twitch, attirant des milliers de spectateurs. La streameuse a continué à échanger avec son public pendant le travail, répondant brièvement aux messages et gardant le live ouvert jusqu’à la naissance.

Bien que cette pratique puisse susciter des interrogations éthiques, elle témoigne d'une volonté de partager l'expérience de la naissance avec une communauté en ligne, et de briser les tabous qui entourent encore cet événement.

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