Au début des années 2000, alors que la France laissait derrière elle les craintes millénaristes et l’engouement pour des films comme Titanic, une œuvre cinématographique nostalgique émergeait des marais, tel un pêcheur revenant de sa partie de pêche à la grenouille. Les Enfants du Marais, réalisé par Jean Becker, est bien plus qu'un simple film; c'est une plongée dans une France rurale en pleine mutation, un hommage à la simplicité, à l'amitié et à la liberté.
Synopsis: Une Vie Simple au Bord de l'Étang
Le film nous présente Garris, un homme simple, généreux et poète, interprété par Jacques Gamblin. Il vit au bord d’un étang avec son ami Riton (Jacques Villeret), qui élève trois enfants turbulents issus de son second mariage. Riton, cherchant à oublier sa première femme, son grand amour, noie parfois son chagrin dans le vin rouge. Autour d'eux gravitent d'autres personnages attachants : Amédée, un rêveur passionné de lecture; Pépé (Michel Serrault), un ancien du marais devenu riche; et Tane, le conducteur du petit train local.
La philosophie de Garris, « On est des gagne-misère, mais on n’est pas des peigne-culs », résume l'esprit du film. Il bosse juste ce qu’il faut, désenchanté par la civilisation qui court derrière lui. Adieu les femmes, que pleure Riton (Jacques Villeret), les héritages, la transmission : la nature seule peut épouser les âmes heureuses de s’y perdre. Au fond, la vie, la vraie, c’est quoi ? Pêcher de quoi faire deux repas par jour, vendre deux poissons pour se payer la petite bouteille de rouge qui éclaire les repas pris à la volée. Rien de plus.
Un jour, la vie de Garris est enrichie par sa rencontre avec Marie.
Un Film Ancré dans la Nostalgie et la Réalité Rurale
Les Enfants du Marais s'inscrit dans une mouvance du cinéma français qui, à l'instar des rediffusions de La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, explore les souvenirs d'une génération et les transformations d'un pays. Jean Becker, né en 1933, a connu les marais non seulement à travers les livres d’école, mais aussi par son expérience personnelle. Pour cette génération marquée par la guerre, l’exode représente un rapport profondément fusionnel avec le monde rural. Aucune autre génération du 20e siècle n’a ainsi vécu ce rapport et cet échange avec une nature nourricière comme celle des enfants des années 30 et 40, perdant les villes pour gagner les champs.
Lire aussi: Vie privée de Ladislas Chollat
L’action des Enfants du marais se situe en 1932, une époque où les marais étaient asséchés pour laisser place à des supermarchés, comme le révèle la voix off de Suzanne Flon. Cependant, le film choisit d'idéaliser cette nature, de l'enchanter. Ces marais ne transmettent pas de maladies comme ceux de Ridicule, en 1995, menant un noble à la cour du roi pour financer leur assèchement. Ces marais sont la nature mise en scène comme la vérité d’un instant, une nostalgie prenant corps dans les roseaux : quand Pépé (Michel Serrault), l’industriel renouant avec ses racines et son enfance, transmet son art de la pêche à la grenouille, on oublie la boue sur les pattes, les odeurs assommantes et les longues heures d’attente.
La Nature Magnifiée: Un Écho au Syndrome Amélie Poulain
Le film adopte une approche similaire à celle du Syndrome Amélie Poulain, en idéalisant la campagne française. Jean Becker chasse les angoisses de son marais pour les mener dans cet au-delà diégétique qu’il voulait, ce monde lointain des grenouilles, de l’accordéon et des repas estivaux partagés entre copains sur un coin de nappe. La nature magnifiée est ici mentale, proche cousine de celle qu’on découvre en quittant nos villes aujourd’hui, heureuse de tendre la main aux contes de ces petits et grands enfants qu’on sera tous ravis d’inviter lors de nos futures promenades. Le récit est une mémoire, qu’on dessine au cinéma plus qu’ailleurs.
Critique: Entre Nostalgie et Clichés
Malgré ses qualités, Les Enfants du Marais n'échappe pas aux critiques. Certains y voient un hymne à une France mythifiée, où l’on boit, trinque entre Gaulois de bonne compagnie, pour oublier tout ce qui peut s’apparenter à du malheur : notamment la guerre de 14-18, évoquée par de pataudes analepses aux couleurs forcément froides, alors que l’Eden agreste où se réfugient ces mâles, qu’on croirait sortis d’une chanson de Brassens, irradie de couleurs chaudes, parfois nostalgiquement fauves, comme dans cette publicité pour une célèbre saucisse, qui filmait si bien la campagne.
Lesté de sentences à la Guitry, moral même lorsqu’il s’avise d’être drôle au premier degré, ce long métrage pénible, sans aucune imagination formelle -ah, ce gros plan sur un escargot-, est dépassé par son obsessionnelle intention de délivrer des leçons sur le bonheur, l’amour, l’amitié, avec des regards entendus et des sourires béats. Tous les acteurs récitent paresseusement une partition aux relents réactionnaires, Serrault version fin de carrière, dans le rôle d’un vieillard bourru et didactique, Dussollier en esthète qui joue le raffinement avec la subtilité d’une trompette de jazz désaccordée ou l’éternel émerveillement d’un ravi de la crèche, Cantona en boxeur qui rate à peu près tous les sentiments qu’il incarne, et un duo Gamblin-Villeret vaguement affairé à rejouer Laurel et Hardy.
L'Adaptation d'un Roman: Une Histoire d'Amitié et de Liberté
Le film est une adaptation du roman de Georges Montforez. Jean Becker signe une belle adaptation globalement fidèle au livre (peut-être une tonalité plus acide, parfois douce-amère, sous la plume de Georges Montforez). A voir, lire, offrir et partager. Une histoire d'hommes de niveaux sociaux différents. Ce qui les unit ? Un marais ! Ce lieu abandonné de tous, où ne survivent que quelques-uns. Certains y sont nés, d'autres y vivent. le temps passe lentement dans le marais, il y a le temps du muguet, celui des rainettes… Une histoire d'amitié, de solidarité, où il est question d'un monde appelé à disparaître.
Lire aussi: Fabienne Chauvière : Portrait d'une Animatrice Discrète
Ragris et Pignolle sont les derniers habitants du marais, Pignolle marié à une femme bougonne cherche dans le vin le souvenir ému de sa première femme et Ragris, protecteur de sa famille, vit seul et aime en secret Marie. Autour d'eux évolue une galerie de personnages tendres et truculents. Ce livre est un livre du bonheur. Il parle d'amitié et de liberté, raconte les joies, les regrets et la vie quotidienne des enfants du marais. Georges Montforez, également auteur de "l'ombre d'un chêne" et de "la glaisière" est un auteur rare mais dont tous les les livres sont des trésors de la littérature française. Jean Becker a adapté "les enfants du marais" au cinéma et à l'aide d'une distribution de qualité a rendu un bel hommage réussi à ce livre. Tous les sentiments procurés par des acteurs tels que Michel Serrault, Jacques Villeret et André Dussolier sur écran se retrouvent ici encore plus forts grâce à la magie des mots.
Lire aussi: Lauren Sánchez et sa famille
tags: #les #enfants #du #marais #synopsis #analyse
