La trilogie Les Enfants du désastre de Pierre Lemaitre, composée des romans Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie et Miroir de nos peines, plonge le lecteur dans une France meurtrie par les guerres et les désastres humains et sociaux. À travers des personnages inoubliables, Lemaitre tisse une fresque captivante où l’Histoire façonne les destins.

Une fresque historique et humaine

Pierre Lemaitre, romancier et scénariste français, signe avec Les Enfants du désastre une œuvre retentissante, explorant les traumatismes de l'entre-deux-guerres et de l'immédiat après-guerre. Dans cette trilogie, il raconte l’entre-deux-guerres et les années folles. Avec succès : le premier tome, Au revoir là-haut lui a valu le Goncourt en 2013, et a été adapté au cinéma. Le Grand monde, son dernier roman, inaugure une nouvelle saga, tournée vers les Trente glorieuses. On y découvre le destin d’une famille dans une France confrontée à la décolonisation. Corruption politique, développement de la presse et de la société de consommation, mouvements sociaux… Lemaitre ancre sa fiction dans la réalité historique, jonglant avec les codes des classiques, de Maupassant à Zola, et du roman policier, de Manchette à Simenon.

Au revoir là-haut : La Grande Guerre et ses séquelles

Le premier tome, Au revoir là-haut, suit le retour à la vie réelle de deux poilus de la Première Guerre mondiale durant la période de l’après-guerre. Il dépeint les désillusions auxquelles ils doivent faire face dans un pays qui honore la mémoire de ses morts aux dépens de ses rescapés. La France envoie ses jeunes hommes se faire tuer, même à quelques heures de l’armistice. Mourir à quelques heures de la fin de la guerre. Absurde. Et pourtant, Edouard et Albert échappent de peu à cette aberration. Ils ne sont pas tirés d’affaire. La France pleure ses morts en oubliant les soldats revenus de cet enfer, pas forcément en entier, d’ailleurs. Comment vivre après avoir passé plusieurs années dans les tranchées ? Comment vivre avec une gueule cassée ? Comment trouver du travail ? La France construit des cimetières militaires, pour honorer les disparus. Chaque maire de chaque commune veut un monument aux morts.

À la fois roman tragique, roman historique et roman picaresque, le premier opus de la trilogie marque un tournant dans la carrière d’écrivain de Pierre Lemaitre, qui se consacrait jusque-là principalement au roman noir. À sa parution en 2013, Au revoir là-haut est couronné du prix Goncourt et reçoit plusieurs autres récompenses. Adapté au cinéma en 2017 par Albert Dupontel et co-écrit par Pierre Lemaitre lui-même, le film du même nom reçoit le César de la meilleure adaptation, de la meilleure réalisation, du meilleur film et du meilleur acteur.

Personnages marquants d' Au revoir là-haut

  • Edouard Péricourt: Un gosse de riche qui ne s’entendait pas avec son père. "Madeleine avait remarqué ce trait chez ce garçon, cette crainte permanente qu’arrive quelque chose dans son dos, cette perpétuelle appréhension; dans le cimetière, l’an dernier, il semblait déjà égaré, désemparé." Officiellement mort, Edouard ne peut prétendre à une pension. Gueule cassée, il ne peut non plus prétendre à un travail.
  • Albert Maillard: Albert doit la vie à Edouard. Il culpabilise. Du travail, même Albert peine à en trouver. Pour ajouter au désarroi d’Albert, Marcel Péricourt veut le rencontrer et entendre de sa bouche les circonstances de la mort de son fils. Au final, Albert ne s’en sort pas si mal et Marcel lui propose un emploi.
  • Marcel Péricourt: Monsieur Péricourt était un homme d’affaires, dirigeant de banques, de comptoirs coloniaux, de sociétés industrielles, il était donc profondément sceptique. Marcel est le père d’Edouard et Madeleine. La mort de son seul fils le laisse…comment dire ?
  • Madeleine Péricourt: Madeleine sait ce qu’elle veut. Elle veut Henri. Madeleine est le personnage principal. Les personnages sont toujours bien campés, toujours originaux, toujours face à une situation insurmontable.
  • Henri: Henri veut de l’argent pour reconstruire la demeure familiale. Epouser Madeleine pour son argent est la moindre des choses qu’il réalisera pour atteindre son but.

Couleurs de l'incendie : Entre les deux guerres, le destin d'une famille bascule

Couleurs de l’incendie, le deuxième tome, se déroule en février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

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Miroir de nos peines : L'exode et la tourmente de 1940

Miroir de nos peines, le troisième volet, nous transporte en avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Le 3 septembre 1939, le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne. Le 10 mai 1940, les allemands envahissent la Belgique. Des millions de civils se jettent sur les routes pour fuir, c’est l’exode, le début de la Deuxième Guerre mondiale.

Personnages de Miroir de nos peines

  • Louise: Depuis que sa mère est morte, elle vit seule. Elle a bien eu un fiancé, pendant cinq ans mais voilà, ce qu’elle voulait c’était un bébé et le bébé n’est jamais arrivé, pas plus qu’avec les amants qui ont succédé au fiancé. Elle est institutrice. Depuis son adolescence, elle fait le service au café de M.
  • Gabriel: Il a été envoyé au Mayenberg, un fort souterrain qui abrite 900 soldats. Il n’a pas peur des Allemands, puisque la ligne Maginot est imprenable.
  • Raoul: Comme Gabriel, il est soldat au fort Mayenberg. Raoul est de tous les mauvais coups, de toutes les combines.
  • Désiré: Jeune avocat talentueux, il défend avec talent une meurtrière. Du talent, il en a à revendre, Désiré.

Le Grand Monde : Une nouvelle saga sur les Trente Glorieuses

Après sa trilogie sur l'entre-deux-guerres, Pierre Lemaitre publie Le Grand Monde, premier opus d'une tétralogie consacrée à la période des Trente Glorieuses. L'après-guerre de 39-45 et la guerre d'Indochine. Alors qu'Au revoir là-haut avait pour scène l’après-guerre 14-18, Le Grand Monde se situe dans l’après-guerre de 39-45.

Dans ce roman Pierre Lemaitre nous fait suivre la famille Pelletier entre trois villes, Beyrouth, Londres et Paris. Le père, Louis, tient une entreprise de savon et les trois enfants vont tous vivre des aventures liées au contexte politique postérieur à la Libération. Cette famille est une occasion pour faire un roman choral de l’après-guerre avec un journaliste, un homme au mariage malheureux, un autre qui veut retrouver son amour légionnaire parti en Indochine…

On découvre des thèmes chers à Pierre Lemaitre, notamment celui de l’arnaque, des arnaqueurs et d’un rapport malhonnête ou malicieux à l’argent. Dans Au revoir là-haut, il s’agissait de vendre des noms sur des monuments au morts, ici l’arnaque est véridique et il s’agit de l’affaire des piastres. C’est une arnaque étatique et non pas l’œuvre de quelques filous qui se seraient glissés dans les interstices d’un système. C’est un système basé sur la piastre et le franc. À Noël 1945, le père Noël arrive et décide que la piastre, qui valait environs huit francs, en vaudra le double. Si vous envoyez des piastres en France, votre somme double, et si vous faites revenir l’argent une deuxième fois à Saigon et que vous recommencez, vous avez quadruplé votre fortune. Le capitalisme a inventé le mouvement perpétuel.

Inspiration et Réflexions de Pierre Lemaitre sur Le Grand Monde

Lemaitre explique que Le Grand Monde est avant tout l'histoire d'une famille, un sujet classique de la littérature qu'il n'avait jamais abordé de front auparavant. Il s'intéresse aux interactions riches au sein de la famille et à la manière dont ces histoires sont liées à la période sociale vécue.

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Il souligne que les historiens considèrent que le XXe siècle démarre après la Première Guerre mondiale et s'achève avec la chute de Berlin en 1989. Son projet littéraire initial était de faire trois trilogies, mais il a décidé de faire une tétralogie sur les Trente Glorieuses car une décennie est une période trop longue pour suivre l'évolution des personnages.

Lemaitre avoue avoir été surpris de découvrir que les premières années des Trente Glorieuses n'étaient pas aussi glorieuses qu'on l'imagine souvent. De 1946 à 1950, la vie était difficile, avec le rationnement, le chômage et les manifestations.

Il utilise deux méthodes pour s'immerger dans l'époque : lire les quotidiens et magazines de l'époque et lire les historiens de l'époque. Il travaille avec une assistante historienne pour gagner du temps dans ses recherches.

Lemaitre insiste sur l'importance de la rigueur romanesque et de ne recourir qu'à ce qui sert au fil de l'histoire et aux personnages. Il préfère parfois être historiquement pas très juste, mais "romanesquement" vrai.

Il y a deux manières d'inventer ses personnages : la première est théorique et la seconde est magique, lorsque le personnage vous tombe dessus sans que vous l'ayez vu venir. Il affiche des photos de gens sur son mur pour incarner ses personnages et crée des plans et des tableaux pour suivre l'avancée des personnages.

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Lemaitre affirme qu'il lit énormément pour son travail et qu'il a la tête prise par ses propres personnages. Il lit des romans entre deux romans, pendant les périodes de promotion. Il se considère comme un romancier plutôt qu'un écrivain et revendique d'être un auteur populaire qui parle à tous.

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