Le 26 avril 1986, un événement catastrophique a marqué l'histoire nucléaire : l'explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine. Cet accident a libéré d'énormes quantités de matières radioactives dans l'atmosphère, contaminant de vastes territoires et affectant la vie de millions de personnes. Les conséquences de cette catastrophe, notamment sur la santé des enfants, ont fait l'objet de nombreuses études et restent un sujet de préoccupation majeur.
L'Accident et la Contamination Initiale
Au matin du 26 avril 1986, le cœur du réacteur du bloc 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl est entré en fusion. Cette fusion a provoqué une explosion de la tranche numéro 4 du complexe atomique et la libération de plusieurs tonnes d'éléments radioactifs dans l'atmosphère. Ces éléments radioactifs se sont infiltrés dans les poumons des locaux, se sont déposés dans les maisons, sur les champs et les pâtures et se sont introduits dans les réserves. Selon les dires d’un ingénieur nucléaire, le lait, le salami ou encore les œufs étaient devenus « des sous-produits radioactifs ».
Les Premières Conséquences Sanitaires
Dans les années qui ont suivi la catastrophe, les chercheurs ont surveillé de près la santé des populations qui se sont approchées de près ou de loin de Tchernobyl. Qu’il s’agisse des habitants ou des « liquidateurs » chargés de nettoyer la centrale et de construire un immense sarcophage de béton par-dessus le site, tous ont été suivis.
L’effet majeur au sein de ces populations a été une augmentation importante de la fréquence des cancers de la thyroïde dans les zones les plus contaminées de Biélorussie, d'Ukraine et de Russie. Aujourd’hui, une augmentation des cancers de la thyroïde est encore observée chez les individus qui étaient enfants en 1986, et qui sont aujourd’hui devenus adultes.
Études Génétiques Récentes : Un Regard Neuf sur les Mutations Héréditaires
Près de trente-cinq ans plus tard, une équipe de chercheurs internationale s’est penchée sur les conséquences génétiques du désastre. Les deux études qu’ils ont publiées apportent des nouvelles rassurantes.
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C’est la plus grande étude de ce genre jamais réalisée. Publiée dans Sciences, elle prouve que les parents exposés aux radiations de Tchernobyl n’ont pas transmis davantage de mutations génétiques à leurs enfants, conçus après la catastrophe. Cette nouvelle vient apaiser les craintes quant aux conséquences de la catastrophe sur les générations futures. Les chercheurs espèrent que leurs conclusions rassureront d’autres populations touchées par des accidents nucléaires, notamment celles évacuées à la suite de la fusion de la centrale de Fukushima Daiichi en 2011.
« Bien que l’étude ne puisse pas exclure totalement le risque que de telles conséquences puissent arriver, il est clair qu’elle prouve qu’il est bien moindre que ce que l’on pensait », déclare Robert Ullrich, vice-président de la Radiation Effects Research Foundation, une coopérative américano-japonaise basée à Hiroshima et Nagasaki, qui n’a pas pris part aux nouvelles études. « Si ces résultats peuvent être confirmés, je pense que les estimations des risques actuelles pourraient tout à fait être revues. »
Une équipe dirigée par Meredith Yeager, chercheuse à l’Institut national du cancer des États-Unis, a séquencé les génomes de cent-trente enfants conçus après l’accident et nés entre 1987 et 2002 ainsi que ceux de leurs parents. L’étude s’est focalisée sur les familles dont au moins un parent avait vécu dans un rayon de 72 km autour de Tchernobyl ou avait travaillé comme « liquidateur » pour nettoyer le site.
L’équipe de Mme Yeager a en outre exploité certaines données antérieures afin de déterminer méticuleusement le taux de rayonnement absorbé par chaque parent. Par exemple, en moyenne, les gonades des pères de l’étude ont absorbé près de 365 milligrays de radiation, soit près de cent fois la dose reçue lors d’une radiographie pelvienne.
Afin de constater si les radiations avaient touché l’ADN des enfants, les chercheurs ont recherché les mutations de novo. Il s’agit de variations minimes dans l’ADN d’un enfant que l’on ne retrouve pas chez ses parents biologiques. Ces mutations surviennent naturellement, puisque les mécanismes cellulaires qui répliquent notre ADN lors de la division de nos cellules commettent parfois des erreurs. Ces anomalies touchent également les cellules qui produisent le sperme ou les ovules. En moyenne, nous portons entre cinquante et cent de ces mutations aléatoires au sein de notre génome. C'est ce qui différencie notre ADN de celui de nos parents.
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En principe, si les radiations impactaient ces cellules, les chercheurs devraient trouver davantage de mutations chez enfants dont les parents ont reçu des taux de radiation plus forts. Pourtant, lorsque l’équipe de chercheurs a examiné les ADN des familles participantes, ils n’ont pas relevé une telle corrélation.
Cancers de la Thyroïde : Analyse Génétique Approfondie
L’autre étude menée par l’équipe, publiée le même jour dans Science, se penche sur la corrélation entre les retombées nucléaires de Tchernobyl et les centaines de cas de cancers de la thyroïde chez les individus exposés. Elle apporte de nouveaux détails très précis sur l’apparition de ces cancers. Toutefois, les chercheurs ont remarqué que les cancers causés par les radiations ne possèdent pas de « biomarqueurs » propres qui les différencient des autres.
Lindsay Morton et ses collègues disposaient également des taux exacts de radiations absorbées par la thyroïde de certains de leurs sujets. En 1986, les chercheurs avaient relevé les taux de radioactivité contenus dans la thyroïde de cinquante-trois participants. Il a été demandé aux autres de fournir leur adresse de l’époque et d’expliquer ce qu’ils avaient mangé au moment de l’accident. Les chercheurs ont ainsi pu estimer la dose de radiations qu’ils auraient pu absorber.
En se plongeant dans les données, l’équipe a remarqué des signes clairs des effets des radiations sur l’ADN. Plus l’exposition à la radiation est forte, plus les cellules de la thyroïde sont susceptibles de présenter un type de mutation que l’on appelle cassures double-brin de l’ADN. Les chercheurs ont également constaté que plus une personne était jeune au moment de l’exposition, plus les mutations étaient importantes. Par exemple, plus le taux de radiation est fort, plus il est probable que l’ADN de la tumeur d’un sujet ne soit pas complet.
L’équipe a également mis en évidence un nombre élevé de « fusions de gènes ». Il s’agit de mutations au cours desquelles les brins d’ADN ont subi des cassures totales, et, alors que la cellule tente de réparer ces cassures, elle réunit les mauvais brins ensemble. Ces types de mutations peuvent survenir lors de cancers de la thyroïde « spontanés » mais elles sont généralement plus rares.
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Bien que Mme Morton et ses collègues aient passé toutes les données au peigne fin, ils n’ont pas pu mettre au jour une « signature » propre aux radiations. Si tel avait été le cas, les gènes des cellules cancéreuses ou leur marquage biologique seraient différents.
Implications et Perspectives Futures
Ces deux études prouvent à quel point les avancées contemporaines sur l’ADN permettent de mieux comprendre les cancers. Les résultats de l’étude concordent avec les précédents postulats des scientifiques quant aux risques accrus de cancer après une exposition aux radiations. Ces études devraient permettre aux scientifiques d’en apprendre davantage sur les conséquences des radiations ioniques sur la santé. Ces informations seront particulièrement utiles pour les populations touchées par des accidents nucléaires, notamment celles évacuées en 2011 après l’accident de Fukushima.
M. Chanock espère que ces résultats sauront rassurer les populations déplacées après la catastrophe de Fukushima puisque le taux de radiation libéré lors de cet incident n’était que d’un dixième celui de Tchernobyl. Le risque de mutations héréditaires est donc bien moins important.
Toutefois, les auteurs de l’étude ainsi que d’autres experts s’accordent à dire qu’il reste encore beaucoup à faire. Il faudra notamment suivre les répercussions des radiations de Tchernobyl ces prochaines décennies.
Selon Evgenia Ostroumova, épidémiologiste au Centre international de recherche sur le cancer à Lyon, davantage de fonds doivent être accordés à la recherche sur Tchernobyl. Ils permettraient notamment d’en apprendre plus sur les conséquences des faibles taux de radiations sur la santé. Seuls le temps et des efforts assidus permettront de mettre en évidence de tels phénomènes.
Le Bilan Sanitaire Global : Défis et Controverses
Trente ans après l’accident, il est impossible de dresser un bilan sanitaire exhaustif. Et pour cause : les résultats disponibles sont limités par la qualité des études épidémiologiques réalisées, la difficulté d’identifier précisément les populations exposées et les incertitudes associées aux estimations dosimétriques. Les études portant sur une augmentation de la fréquence d’autres effets sanitaires restent controversés.
En 2005, le « Forum Tchernobyl », réuni à Vienne sous l’égide de l’AIEA, avait affirmé qu’à long terme, le nombre de décès attribuables à Tchernobyl atteindrait un maximum de 4000 victimes. Pourtant, les recherches menées par des scientifiques indépendants mettent au jour des chiffres autrement plus élevés.
L'Impact Psychologique et Social
Au-delà des conséquences physiques, la catastrophe de Tchernobyl a eu un impact psychologique et social profond sur les populations touchées. La peur de la contamination, le déplacement des populations, la perte de moyens de subsistance et le manque d'informations fiables ont contribué à un climat d'anxiété et de méfiance.
L'Avenir des Zones Contaminées
La question de l'avenir des zones contaminées reste un défi majeur. Des mesures de décontamination sont en cours, mais elles sont coûteuses et complexes. La gestion des déchets radioactifs et la surveillance de l'environnement sont également des préoccupations importantes.
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