De 1939 à 1945, le monde a été plongé dans le conflit le plus meurtrier de son histoire. Les 60 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale ont marqué une rupture profonde dans l’histoire de l’humanité. Au cœur de cette tourmente, les enfants ont vécu ces temps troublés à leur niveau, observant un monde adulte qui sombrait parfois dans la folie la plus destructrice, mais aussi en agissant quand cela était possible. Cet article explore le vécu de ces enfants à travers l'analyse d'œuvres littéraires et cinématographiques, en se concentrant sur la France occupée et la Pologne marquée par la Shoah.

L'Enfance en Résistance : Une Vision à Hauteur d'Adolescent

Plusieurs œuvres, notamment une série fictionnelle, offrent une vision à hauteur de jeunes adolescents (12-13 ans) des années sombres de l’Histoire de France, entre 1940 et 1944. Les jeunes lecteurs peuvent ainsi facilement s’identifier à des héros, deux garçons et une fille, qui entrent en Résistance pour des raisons variées. C’est dans un village inventé de toutes pièces que Vincent Dugomier fait grandir ses jeunes héros.

Dans leur village à l’heure allemande, François, Lisa et Eusèbe veulent continuer à agir contre l’occupant bien que le papa de François ait été fusillé par les nazis. Aucun adulte ne se doute que sous le nom de code de Lynx se cache un groupe de préados prêt à reprendre ses activités de résistance. Un agent de Londres a été parachuté, mais Pégase ne voit dans les gamins que de simples messagers vers un réseau d’adultes.

Cette excellente série est didactique et vivante : l’humour de Vincent Dugomier permet de dédramatiser de nombreuses situations dramatiques, et montre de manière réaliste la vie des Français sous l’Occupation. Les aquarelles aux belles nuances de Benoît Ers donnent un côté vintage à des aventures narrées sans temps morts.

Irena Sendlerowa et Janusz Korczak : Deux Figures de la Résistance et de l'Humanité en Pologne

Dans Varsovie soumise aux nazis les plus extrémistes, seule une minorité des habitants a survécu à la guerre, qu’ils soient Juifs ou chrétiens. Le deuxième tome de la trilogie « Irena » paraît deux mois seulement après le premier. Décédée en 2008, Irena Sendlerowa est une résistante et militante polonaise qui a été déclarée Juste parmi les nations pour avoir sauvé près de 2 500 enfants juifs du ghetto de la capitale du gouvernement général de la Pologne soumise aux sbires d’Hitler. Pour les besoins de la cause, Irena rencontre une gloire nationale.

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Le docteur Janusz Korczak faisait de la radio dans les années 1930. Au péril de sa vie, il a créé l’orphelinat Dom Sierot au cœur du ghetto pour s’occuper de centaines d’orphelins. Sa philosophie était simple : « Ici ou ailleurs on ne vit que dans l’attente de la mort, et plus elle est proche, plus il faut essayer de s’amuser. Les deux résistants s’entendent pour sauver des enfants du ghetto. Korczak, écrivain, médecin, éducateur et pédagogue engagé, choisira délibérément d’être déporté vers Treblinka avec les enfants juifs de son orphelinat. Ses dernières années ont été portées à l’écran par Andrzej Wajda en 1989 dans son film « Korczak ». Irena, elle, survivra à la guerre. Elle sort de la prison de Pawiak les bras et les jambes brisées, mais sans avoir donné les noms des autres personnes de son réseau.

"La Dernière Représentation de mademoiselle Esther" : Un Journal Intime au Cœur du Ghetto

On retrouve le docteur Korczak dans un fort bel album, écrit par Adam Jaromir et illustré par sa compatriote polonaise Gabriela Cichowska : « La Dernière Représentation de mademoiselle Esther ». Le Ghetto vit ses derniers jours en cette année 1942. Dans l’orphelinat juif Dom Sierot (la maison des orphelins), vit, avec 190 autres enfants, Genia : une petite fille de 12 ans. Sur les conseils du docteur, elle tient un journal intime.

Ce livre captivant de bout en bout, imbrique le journal du docteur, avec des textes originaux de Janusz Korczak, et celui de Génia, encore enfant, mais très lucide, qui est enthousiasmée par le projet de mademoiselle Esther. Les illustrations Gabriela Cichowska mêlent différentes textures - tissus des étoiles de David, blocs d’éphéméride, photos d’époque, coupures de journaux… - à un dessin dépouillé, parfois timidement rehaussé de quelques couleurs quand les enfants retrouvent la joie de vivre en s’investissant dans les répétitions de la pièce de théâtre indienne.

Parallèles et Contrastes : La "Blank Generation" et la "No Future Génération"

Il est intéressant de noter un parallèle avec d'autres périodes de crise et de désillusion, comme la fin des années 1970, où la "Blank Generation" américaine cédait la place à la "No Future Génération" anglaise. L’expression « En crise » se faisait leitmotiv d’un Occident en plein pogo. La mort du rêve hippie, dans les tueries de Charles Manson, laissait la place au nihilisme punk et à une peur irrépressible du futur. Alors que Valéry Giscard d’Estaing entrait à l’Élysée, que Mike Brant mourait et que Bic lançait son premier rasoir jetable, rien n’engageait à l’optimisme. Alors, on mettait des coups de Doc Martens dans les pigeons et on hurlait « fuck off ! » à la face du chaland.

Ces mouvements, bien que différents dans leur contexte et leur expression, partagent un sentiment de perte d'innocence et de confrontation avec un avenir incertain, un écho peut-être du vécu des enfants pendant la Seconde Guerre mondiale.

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