L'engouement pour les couches lavables, souvent perçues comme une alternative écologique aux couches jetables, soulève des questions quant à leur impact environnemental réel. Si la fibre écolo des jeunes parents les pousse à considérer cette option, il est essentiel d'examiner de près les avantages et les inconvénients de chaque type de couche. Cet article vise à démêler les mythes et les réalités entourant les couches lavables, en analysant leur impact sur l'environnement, la santé de bébé et le budget familial.
Couches jetables : un problème de déchets conséquent
La grande majorité des jeunes enfants, soit 95 % selon le Comité français d’éducation pour la santé, utilisent des couches jetables avant d’acquérir la propreté. Un enfant utilise en moyenne entre 3 800 et 4 800 couches jetables avant d'être propre, selon l'ADEME. Cela représente environ 1 million de tonnes de déchets chaque année en France, incluant également les protections féminines et les cotons.
L'impact environnemental des couches jetables est principalement dû à leur composition et à la difficulté de leur recyclage. Les couches jetables sont peu recyclées en raison de la présence de superabsorbants, tels que le polyacrylate de sodium, que l'on retrouve également dans d'autres produits d'hygiène et médicaux. Le recyclage de ce matériau nécessite l'utilisation d'acides forts pour "couper" les chaînes stabilisant les polymères, un processus complexe et coûteux. Ainsi, environ deux millions de tonnes de ces polymères finissent chaque année à la poubelle ou sont incinérés.
Couches lavables : une alternative écologique ?
Les couches lavables se présentent comme une alternative écologique aux couches jetables. De plus en plus de parents se tournent vers cette option pour réduire les déchets et économiser sur le long terme. Elles sont faites avec des matériaux plus respectueux de l'environnement : coton, bambou, chanvre, flanelle et ne nécessitent donc pas ou peu de plastique et de produits chimiques. Un enfant n'a besoin que d'environ 30 couches lavables. Le tissu respire mieux, ce qui est un avantage indéniable pour les petites fesses fragiles de bébé.
Cependant, les couches lavables ont aussi leurs propres impacts environnementaux, principalement liés à leur entretien. Elles sont lavées en moyenne 137 fois. Elles représentent donc une consommation importante d'eau et d'énergie. Même une couche lavable s'accompagne d'une culotte de protection imperméable et d'un voile de protection, qui lui est jetable.
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Analyse du cycle de vie : une évaluation objective
Pour évaluer objectivement les impacts environnementaux des couches lavables et jetables, il est essentiel de réaliser une Analyse du Cycle de Vie (ACV). L’analyse du cycle de vie ou ACV est une méthodologie d’évaluation des impacts environnementaux d’un produit sur l’ensemble de son cycle de vie (fabrication, transport, utilisation, traitement des déchets). Elle intègre la consommation de ressources (énergie, eau, matériaux, espace). L’ACV peut ainsi être utilisée pour identifier des enjeux environnementaux, mais aussi pour comparer des produits.
Plusieurs ACV ont été réalisées dans différents pays, avec des résultats difficilement comparables du fait de l’utilisation de scénarios non-homologues. En effet, les paramètres utilisés ne sont pas forcément transposables d’un pays à l’autre ou d’un produit à l’autre. La qualité et l’efficacité énergétique des machines à laver outre-Atlantique sont moindres qu’en Europe. Les températures et routines de lavage considérées dans une étude britannique allaient au-delà des recommandations des fournisseurs. Le mix électrique peut être très différent : 87 % de sources d’énergies décarbonées en France et seulement 32 % en Australie.
Il est donc nécessaire de croiser les études et de prendre du recul pour se faire son propre avis. L'ACV commanditée par le fabricant français de couches lavables Hamac® en 2013, portant sur les produits proposés à la location et à la vente, est une source d'information pertinente. Les chiffres présentés correspondent au scénario « microfibre en usage domestique avec voiles de protection », avec une hypothèse de consommation de 4 563 changes par enfant de 0 à 2,5 ans.
Consommation d'eau : un facteur clé
La quantité d’eau nécessaire pour fabriquer 4 563 couches jetables s’élève à 25 200 litres. La répartition est la suivante : 37 % pour la production et le blanchiment de la pulpe de sulfite, 18 % pour la production de la viscose de cellulose et 12 % pour la production d’électricité. Près de 5 % sont utilisés pour les emballages des paquets de couches.
Côté couches lavables, pour un enfant de sa naissance jusqu’à sa propreté, il faut comptabiliser 1 740 litres d’eau pour la production de l’ensemble des éléments. Puis, il faut ajouter 65 litres pour les emballages et 117 litres pour la gestion de la fin de vie. Cela représente un total de 1 922 litres, mais l’essentiel de la consommation en eau des couches lavables réside dans le processus de lavage en lui-même. Toutes les étapes doivent être comptabilisées : rinçage de la couche (dans 33 % des cas), lavage en lave-linge et chasse d’eau (évacuation des selles et voiles biodégradables dans 50 % des cas). À cela, il faut ajouter la production de l’électricité et du détergent. L’ensemble cumule un total de 11 900 litres.
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En réalité, la quantité d’eau nécessaire pour laver toutes les couches lavables, de la naissance à la propreté de l’enfant, sera en moyenne deux fois inférieure à celle utilisée pour produire les couches jetables sur la même période.
Optimiser l'usage des couches lavables
Pour optimiser l’usage des couches réutilisables, il est indispensable de les « laver dans une machine à pleine charge et de préférence à 40°C, utiliser une machine performante (classe A/AA), recourir à des lessives porteuses d’écolabel et ne pas la surdoser, sécher à l’air libre et éviter de repasser les couches. Laver à la maison, c’est une bonne manière de redevenir maître de son impact environnemental.
Faire appel à un service de nettoyage peut constituer un garde-fou permettant d’assurer des lavages à pleine charge et de façon optimale. Des techniques comme le lavage à l’ozone peuvent permettre de réduire encore la facture d’eau.
Impact économique : un avantage pour les couches lavables
La part du budget bébé consacré à l’achat des couches n’est pas négligeable. A raison d’environ 8 couches jetables par jour dans les premiers mois du nourrisson, 5 autour de ses un an, et 2 en moyenne après 2 ans, le nombre de couches nécessaires variera entre 240 et 60 par mois jusqu’à ce que votre enfant soit propre.
Les couches lavables, quant à elles, si elles nécessitent un investissement initial important, peuvent effectivement vous faire économiser de l’argent à long terme. Selon le rythme des lessives, un nourrisson aura besoin d’entre 10 (si lavage quotidien) et 30 (lavage tous les trois jours) couches réutilisables par jour. Si elles sont de bonne qualité, vous pourrez en effet les utiliser pendant plusieurs années, voire même avec plusieurs enfants.
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Même si l'on intègre le budget « lessive », les couches lavables permettent de faire des économies conséquentes puisqu'elles coûtent 600 à 700 euro par an contre 1 500 et 2 000 euro pour les couches jetables. L'écart se creuse encore si vous avez d'autres enfants, car les couches lavables peuvent être réutilisées à souhait.
Couches et santé de bébé : un enjeu crucial
Les érythèmes fessiers sont souvent dus au contact entre les produits chimiques et les fesses humides de bébé. Les marques de couches jetables ont considérablement amélioré la composition de leurs produits ces dernières années, sous la pression des associations de consommateurs et des pouvoirs publics. Les gammes écologiques sont par ailleurs de plus en plus nombreuses.
A l’inverse, la couche lavable, à priori saine pour la peau de bébé, peut également s’avérer irritante. Une irritation favorisée par une couche mal lavée, ou peu absorbante.
Dans une expertise inédite publiée fin janvier 2019, l'Anses a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances chimiques dans les couches jetables. Certaines de ces substances sont ajoutées intentionnellement, telles que des substances parfumantes qui peuvent entraîner des allergies cutanées. D’autres substances identifiées peuvent provenir de matières premières contaminées ou de procédés de fabrication (PCB-DL, furanes et dioxines, HAP).
En attendant que les industriels prennent en compte les recommandations de l'Anses, il est préférable de s'orienter vers les couches lavables (si les voiles de protection ne sont pas - eux aussi - traités) ou d'acheter des couches jetables provenant de marques engagées et plus respectueuses de la santé de nos enfants (Tidoo, Love and Green, Naty notamment).
Conseils pratiques pour l'utilisation des couches lavables
Les couches lavables se composent de plusieurs éléments modulables pour absorber et protéger efficacement. En général, elles incluent une couche extérieure imperméable, une partie absorbante et, parfois, un voile de protection. La partie absorbante est en tissu, comme le coton ou le bambou, et se change régulièrement pour garder bébé au sec. Ces couches sont faciles à utiliser : une fois souillées, vous les rincez, les lavez et les réutilisez.
Un bon entretien est essentiel pour assurer la durabilité et l’efficacité des couches lavables. Après chaque utilisation, rincez rapidement la couche sous l’eau froide pour retirer les résidus. Lavez-les à 40 °C ou 60 °C selon les recommandations du fabricant. Évitez l’assouplissant, qui peut réduire l’absorption des tissus, et privilégiez des lessives douces.
Vous pouvez commencer les couches lavables dès la naissance ou les introduire plus tard, selon votre préférence et votre organisation. Cependant, si vous préférez attendre, l’âge de trois à six mois est aussi adapté pour introduire les couches lavables.
Pour enlever les selles facilement, utilisez un voile de protection jetable ou lavable à l’intérieur de la couche. Ce voile retient les selles et simplifie le nettoyage. Si des résidus restent sur la couche, rincez-la à l’eau froide avant de la placer dans le bac de lavage. Évitez l’eau chaude, qui peut fixer les taches. Pour le stockage des couches sales, investir dans un seau hermétique permet d'y déposer les couches dans un filet de lavage que l'on referme et glisse dans la machine une fois venue l'heure de la lessive : pratique !
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