Cet article explore l'évolution du concept de "bons enfants" à travers le temps, en s'appuyant sur des exemples littéraires et historiques, notamment l'œuvre de la Comtesse de Ségur et l'histoire de la rue des Bons-Enfants à Marseille et à Paris.
Les "Bons Enfants" de la Comtesse de Ségur : un reflet de l'éducation au XIXe siècle
La Comtesse de Ségur, née Rostopchine, a publié en 1862 un livre dédié à ses seize petits-enfants. Elle y raconte les aventures d'enfants sages portant leurs prénoms, et les frasques de garnements portant d'autres prénoms. Les bêtises de Sophie sont, bien entendu, les siennes.
Il est important de relativiser les notions de "bêtises" et de "méchanceté" décrites dans ses ouvrages, car ces enfants seraient considérés comme des modèles aujourd'hui. La Comtesse de Ségur dépeint une époque où les enfants étaient éduqués et encadrés, contrairement à une réalité contemporaine où beaucoup grandissent sans les repères nécessaires. Les "bons enfants" de la Comtesse n'étaient pas des saints, ils faisaient des bêtises normales pour leur âge, mais la différence réside dans l'attention et l'éducation qu'ils recevaient.
Les histoires de la Comtesse de Ségur ne sont pas toujours empreintes de bons sentiments. On y trouve des traces de récits cruels ou effrayants qu'elle a entendus dans son enfance. Son roman, parfois décousu, met en scène tous les jeunes héros et héroïnes en vacances, partageant leurs aventures et se racontant des histoires réelles ou inventées. L'ouvrage a un côté patchwork, pas forcément très bien agencé, mais agréable pour retrouver tous les enfants ensemble.
"Ce n’est pas pour te reprocher l’usage que tu as fait de ton dessert, ma chère enfant, que je t’adresse ces questions, mais pour m’assurer de ta bonne action. Je me doutais que tu avais porté à Léonce ce que tu enfournais si habilement dans ta poche. C’est bon et généreux à toi. Je n’ai pas voulu que tu fusses privée de ton dessert, et j’ai fait apporter ce qui t’en revenait. Mange-le, mon enfant, et sois toujours bonne et généreuse comme tu l’as été ce soir." Cette citation illustre l'importance accordée à la générosité et à la vertu dans l'éducation de ces enfants.
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La rue des Bons-Enfants : entre histoire et mystère
L'origine du nom de la rue des Bons-Enfants, présente à Marseille et à Paris, est sujette à diverses interprétations.
Marseille : une enquête historique
À Marseille, l'historien David Sciaki a mené une véritable enquête pour percer le mystère de cette appellation. Il s'est appuyé sur les travaux d'Augustin Fabre et d'Adrien Blès, qui proposent des hypothèses divergentes. Fabre avance un "nom de fantaisie", tandis que Blès se montre plus prudent et évoque une origine inconnue.
Sciaki a exploré plusieurs pistes, notamment celle des confréries et de l'œuvre religieuse des "Enfants de la Providence", mais sans succès. Il a finalement remonté le temps jusqu'au XVIIe siècle, où il a découvert l'existence d'Alexandre de Rhodes, un jésuite provençal, et du père Bagot, fondateur de "l'Association d'Amis" (les AA). Les membres de cette association, caractérisée par le secret, la fraternité et le petit nombre, étaient appelés "les bons-enfants". Leur devise était "Cor Unum Anima Una" (Un seul cœur, une seule âme).
En 1808, des prêtres du Sacré-Cœur, membres de l'AA, interviennent auprès de Monsieur Trouilhas, propriétaire d'un terrain qu'il souhaite valoriser en créant deux rues parallèles à la rue Tilsit. Ils lui demandent de nommer l'une d'elles "rue des Bons-Enfants", en hommage à ceux qui ont enduré des persécutions et des souffrances dans leur lutte clandestine.
Ce travail de recherche a été relaté dans un ouvrage co-édité par David Sciaki et le CIQ Notre Dame du Mont-Tilsit, préfacé par Louis Roubaud.
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Paris : un collège pour les enfants pauvres et un attentat anarchiste
À Paris, la rue des Bons-Enfants doit son nom au collège des Bons-Enfants, fondé en 1208 en faveur de treize écoliers pauvres.
Cette rue est également marquée par un événement tragique : le 8 novembre 1892, une bombe explose au commissariat de police situé au numéro 24, tuant six policiers. Cette bombe, initialement destinée au baron Reille, directeur de la Société des Mines de Carmaux, avait été déposée avenue de l'Opéra. Trouvée par un concierge, elle fut emportée au commissariat où elle explosa.
Cet attentat, revendiqué par l'anarchiste Emile Henry, a inspiré à Guy Debord une chanson intitulée "La Java des Bons Enfants", qu'il attribue de manière fantaisiste à Raymond Caillemin, membre de la bande à Bonnot.
L'hôtel de la Chancellerie d'Orléans ou hôtel d’Argenson
Au n°19 se trouvait l’ancien emplacement de l’hôtel de la Chancellerie d’Orléans (également nommé hôtel d’Argenson), monument classé…et néanmoins démonté. Cet hôtel avait été construit en 1705 pour une dame d’Argenton, maîtresse de Philippe d’Orléans, futur Régent de France. En 1914, sa dernière propriétaire, souhaitant la préservation de cet hôtel, obtint son classement parmi les Monuments Historiques. Las, cela ne fut guère suffisant pour arrêter les iconoclastes de la modernité. Trois ans plus tard, la préfecture de la Seine déclarait d’ « utilité publique », le percement d’une voie entre la Bourse de Commerce et la rue de Valois, histoire notamment de fournir à la nouvelle extension de la Banque de France voisine, une rue de dégagement par le Sud. En 1924, l’hôtel fut déclassé, puis voué à la démolition. Cela provoqua un tel scandale que le préfet de Seine s’en alla demander à la Banque de France de démonter pierres et décors de l’édifice avec promesse de le remonter ailleurs, promesse qui, bien évidemment, ne fut jamais tenue. Les débris de l’édifice restèrent donc stockés dans une centaine de caisses, dans un hangar d’Asnière. Diverses solutions de remontage furent imaginées depuis, mais sans suite. Toutefois, depuis 2011, il est question de restaurer l’hôtel et de le réinstaller dans trois salons de l’ex-hôtel de Rohan-Strasbourg, un édifice de la même époque, aujourd’hui site des Archives Nationales. Une convention a été signée en ce sens entre le World Monuments Fund, le ministère de la Culture et la Banque de France, le 12 juillet 2011.
L'hôtel de Lantin : un exemple d'architecture du XVIIe siècle
Au n°18 de la rue des Bons-Enfants à Dijon se trouve l'hôtel de Lantin. En 1652, Étienne Lantin (1610-1681), conseiller à la Chambre régionale des comptes, hérite de son père le terrain de la rue des Bons Enfants. Le premier document attestant de la construction date de 1663. L’exiguïté des lieux ne permet pas de construire entre cour et jardin. L‘élévation particulièrement sobre de la façade met en valeur l’appareil de pierre rose. Elle est rythmée par un alignement régulier de fenêtres, ordonné autour d'une imposante porte cochère d'esprit classique.
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L'hôtel passe ensuite en différentes mains. En 1829, il est acquis par Jean-Hugues Magnin, le grand-père des collectionneurs, qui le transmet à son fils Joseph (1824-1910) et sa femme Pauline Belloncle. Leurs deux enfants, Maurice et Jeanne, y vivent jeunes, avant de gagner la capitale où leur père est appelé à prendre des responsabilités politiques importantes lors de la chute du Second Empire.
Une transformation importante, mais réalisée avec un souci d’unité, est l’adjonction en 1851 d’un étage aux écuries situées au fond de la cour, dans le style Louis XV. Lorsque l’idée d’un musée germe, des travaux d’aménagement visant à transformer les anciens communs en salles d’exposition sont confiés à l'architecte Auguste Perret (1874-1954), auteur du théâtre des Champs-Élysées, qui y travaille en 1930-1931.
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