Depuis des temps immémoriaux, les arbres ont été inextricablement liés à la vie humaine, fournissant non seulement des ressources matérielles, mais aussi des significations symboliques et culturelles profondes. Cette relation complexe et multiforme se manifeste de différentes manières à travers le monde, des forêts sacrées aux vergers domestiqués. L'article présent explore une facette particulière de cette relation : le concept d'« arbre placentaire » dans le contexte de l'agriculture syntropique, tout en examinant les liens historiques et culturels entre les arbres et les sociétés humaines.
L'agriculture syntropique : une philosophie de la reconnexion
L'agriculture syntropique, bien plus qu'une simple technique culturale, se présente comme une branche philosophique axée sur la reconnexion entre l'homme et la plante. Née de l'esprit d'Ernst Götsch lors d'un voyage au Brésil, cette approche s'inspire de la manière dont les peuples autochtones s'intègrent à la forêt, se considérant comme des éléments constitutifs de l'écosystème. La vision de l'agriculture syntropique consiste à se réapproprier les principes de la terre, perçue comme un organisme vivant, afin de transformer les milieux dégradés en environnements luxuriants.
La syntropie, en tant que concept, est étroitement liée à la thermodynamique. Elle peut être abordée d'un point de vue énergétique, définie par Luigi Fantappiè et Albert Szent-Györgyi comme la force opposée à l'entropie. Alors que l'entropie représente un mouvement global d'énergie vers la simplification et le chaos, la syntropie incarne un mouvement de complexification, tendant vers l'harmonie et l'équilibre. Elle vise à accumuler un maximum d'énergie, notamment grâce à la croissance des arbres.
Les Sentiers de l'Abondance : une application concrète en climat méditerranéen
Depuis 2019, les Sentiers de l'Abondance, en collaboration avec l'association Dioscorea, mettent en œuvre des parcelles de PPAM (Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales) et de fruitiers en agriculture syntropique. Situés dans le couloir du Mistral, au sud de la vallée du Rhône, ces jardins sont confrontés à un climat méditerranéen rude, caractérisé par des étés chauds, des hivers froids et des vents violents. Cette situation a conduit à des adaptations spécifiques de la technique culturale pour assurer son succès dans ce contexte particulier.
Marie Falquet, fondatrice des Sentiers de l'Abondance, a souhaité développer un projet axé sur la transition écologique, avec une forte dimension collaborative. Les jardins qui en résultent sont à la fois esthétiques, pédagogiques et productifs. Les productions englobent des PPAM traditionnelles méditerranéennes, des produits cosmétiques, des plantes médicinales, une oseraie pour la vannerie et diverses transformations (bonbons, sirops, hydrolats, macérats, huiles). La ferme travaille en partenariat avec des entreprises comme Florame, qui s'engagent à acheter une certaine quantité d'aromatiques chaque année, assurant ainsi des débouchés commerciaux pour les récoltes.
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L'arbre placentaire : un rôle clé dans la régénération de l'écosystème
Dans le contexte de l'agriculture syntropique, certaines espèces végétales sont qualifiées de « placentaires ». Ce terme désigne les plantes qui jouent un rôle crucial au début du cycle de régénération. Leur place se situe au commencement, lorsque le milieu bénéficie d'une forte luminosité en raison de la jeunesse des arbres. Ces aromatiques annuelles, telles que le basilic, la coriandre, le shiso ou le persil, viennent alors « fermer » l'espace disponible et contribuent à l'impulsion dynamique du système. Elles préparent le terrain pour les espèces suivantes, en enrichissant le sol et en créant un microclimat favorable.
Aux Sentiers de l'Abondance, le millepertuis et le géranium rosat sont des exemples d'espèces placentaires importantes. Historiquement, ces deux plantes ont une signification particulière, car la ferme est en partenariat avec Florame depuis plusieurs années pour leur production. Le millepertuis est transformé en macérât huileux, tandis que le géranium rosat est transformé en hydrolat. L'introduction de l'agriculture syntropique a permis d'améliorer la production de millepertuis, qui avait connu un déclin en monoculture biologique.
Les 4 types de strates en agriculture syntropique
En agriculture syntropique, l'appartenance d'une espèce végétale à un type de strate est définie non plus par sa hauteur, mais par son besoin en lumière. Cette approche permet d'optimiser l'utilisation de l'espace et de la lumière, en créant un écosystème diversifié et productif. Les différentes strates interagissent entre elles, créant des synergies et favorisant la croissance des plantes.
Les pratiques culturales : taille, irrigation et communication inter-espèces
L'agriculture syntropique implique des pratiques culturales spécifiques, telles que la taille, l'irrigation et la communication inter-espèces. La taille est un élément essentiel de la gestion de l'agrosystème. Une première taille, dite « en poteau », est effectuée en sortie d'hiver, consistant à couper toutes les branches secondaires et à ne laisser que le tronc. Cette taille a pour but de stimuler la reprise de croissance et d'envoyer un signal fort aux autres espèces. Une deuxième taille, dite de structuration, est réalisée entre début mai et début juin, dans une logique d'ouverture pour laisser passer la lumière pour les espèces en culture. Des tailles régulières, mais plus légères, sont ensuite effectuées jusqu'à la récolte.
L'irrigation est également importante, surtout pendant les premières années, pour accompagner le développement des différentes espèces. Un système d'arrosage par aspersion est privilégié, car il permet d'irriguer l'ensemble de l'écosystème et de maintenir un milieu humide en surface.
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La communication inter-espèces est un aspect fondamental de l'agriculture syntropique. Lors des tailles, les espèces de service ou de support entrent en communication avec leur environnement proche, établissant des échanges qui peuvent être comparés à du troc inter-espèces.
L'arbre au Moyen Âge : une intimité profonde entre l'homme et la nature
L'exposition végétale « L'arbre dans le quotidien de l'Homme médiéval » explore les liens étroits qui unissaient les femmes et les hommes du Moyen Âge aux arbres. L'arbre, omniprésent dans la vie domestique, revêtait une importance à la fois utilitaire, médicinale et symbolique. Des fêtes de village autour de l'arbre de mai à la culture de fruitiers dans les domaines royaux, en passant par la chasse dans les forêts et l'utilisation du bois pour le chauffage et la construction, l'arbre était au cœur de la vie médiévale.
Les érudits du Moyen Âge entretenaient également une relation intime avec le règne végétal, étudiant le fonctionnement des plantes et notant les analogies entre les différentes espèces. Les encyclopédies de l'époque témoignent d'une connaissance approfondie des arbres, de la forêt au verger, et de leur exploitation. Le bois était considéré comme un matériau noble, symbole de vie et de renouveau.
L'arbre généalogique, tel que nous le connaissons aujourd'hui, s'est développé au Moyen Âge, symbolisant l'imaginaire d'une époque qui associait étroitement les humains et les arbres. Le sang y était sève, le mariage une greffe, le lignage une branche et les enfants des fruits.
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