L'épisiotomie est une intervention chirurgicale qui consiste en une incision du périnée pratiquée pendant la phase d'expulsion lors d'un accouchement. Cette pratique, qui suscite de nombreuses interrogations chez les futures mamans, a pour objectif d'éviter certaines déchirures incontrôlées du périnée, qui peuvent survenir lorsque les tissus sont soumis à une forte pression durant l'accouchement. Bien que l'épisiotomie ne soit pas systématique et soit réservée à des situations bien précises, il est essentiel de comprendre ce qu'elle implique, pourquoi elle est parfois nécessaire, et comment gérer la période post-partum.

Qu'est-ce qu'une épisiotomie ?

L’épisiotomie est une incision chirurgicale pratiquée au niveau du périnée, la zone située entre la vulve et l’anus. Lors de l’accouchement, le périnée est fortement sollicité et peut subir des tensions importantes. Dans certains cas, notamment lorsque le bébé doit être rapidement extrait, la sage-femme ou le médecin peuvent décider d’inciser le périnée et procède donc à ce que l’on appelle une épisiotomie.

L’épisiotomie peut se faire vers l’anus ou dans un axe situé légèrement sur le côté (épisiotomie dite médio-latérale). La section est ainsi superficielle, au niveau de la peau, mais aussi interne, au niveau de la muqueuse vaginale.

Pourquoi une épisiotomie ?

L'épisiotomie permet d'agrandir l'entrée du vagin lorsque celui-ci est trop étroit, et ainsi faciliter le passage du bébé. Cette intervention chirurgicale permet d’accélérer l’expulsion, notamment si votre bébé est en souffrance et doit sortir rapidement. Elle peut aussi parfois être pratiquée lors de l’utilisation d’instruments chirurgicaux pour aider le bébé à naître (forceps, ventouse ou spatules).

Éviter les déchirures périnéales graves est une autre raison pour laquelle une épisiotomie peut être indiquée. Les déchirures naturelles sont imprévisibles et peuvent toucher les muscles ou même le sphincter anal.

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Évolution de la pratique de l'épisiotomie

Il est important de préciser que, de nos jours, l'épisiotomie est moins pratiquée qu'autrefois. Depuis les recommandations du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français en 2005 qui appelle à ne pas faire d’épisiotomie de façon systématique, le taux d’épisiotomie est passé de 27 % en 2010 à 20% en 2016. Cela est toutefois variable d’une région à une autre.

Alors que l’on pensait autrefois que l’épisiotomie permettait de prévenir les risques de déchirures importantes du périnée ou de survenue d’une incontinence urinaire ou anale, des études ont montré que ce n’était pas le cas.

Quand l'épisiotomie est-elle vraiment nécessaire ?

L’épisiotomie va donc désormais plutôt être indiquée pour permettre une sortie plus rapide du bébé, en cas de souffrance fœtale par exemple. Elle est également plus souvent réalisée lors d’une extraction instrumentale, d’une manœuvre obstétricale ou lors d’une suspicion de macrosomie (gros bébé). Mais seul la sage-femme ou le médecin qui réalise l’accouchement pourra définir au moment de la sortie de l’enfant si ce geste est nécessaire ou non. C’est pourquoi il est difficile de dire à la maman avant l’accouchement, s’il sera utile ou non de recourir à une épisiotomie.

L’épisiotomie est un acte parfois indispensable pour ne pas mettre en danger la santé de votre bébé, notamment dans les cas suivants :

  • lorsqu’il est en souffrance respiratoire ;
  • s’il pèse plus de 4 kg ;
  • s’il est positionné en siège ;
  • s’il est prématuré.

Déchirures périnéales : une alternative à l'épisiotomie ?

Toutefois, les déchirures sont l’un des aléas les plus communs de l’accouchement auquel il convient de ne pas donner plus d’importance que nécessaire. Six femmes sur dix déchirent en partie leur périnée au cours de l’accouchement sous l’effet de la tension que fait exercer le bébé sur le vagin au moment de la naissance, mais la vaste majorité de ces déchirures demeurent mineures.

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Il existe quatre différents niveaux de déchirure :

  • Une déchirure de grade 1 est une déchirure relativement bénigne qui n’affecte que la peau et cicatrise souvent d’elle-même.
  • Une déchirure de grade 2 affecte, outre la peau, également le muscle du périnée et requiert la pause de sutures.
  • Toutes les déchirures doivent, après la naissance, être auscultées par un professionnel de santé et s’il s’agit d’une déchirure de grades 3 ou 4, il peut être nécessaire de recourir à une intervention chirurgicale pour réparer les dommages.

Comment se déroule une épisiotomie ?

Suite à une péridurale, vous ne sentirez aucune douleur grâce à l’effet de l’anesthésie. Si vous avez décidé d'accoucher naturellement, pas d’inquiétude : le geste est effectué durant une poussée. Durant ce moment, la tête du bébé appuie fortement sur le périnée, ce qui lui permet de s’étirer, rendant ainsi l’intervention quasiment insensible.

Soins post-épisiotomie : favoriser la cicatrisation et soulager la douleur

Après un accouchement avec déchirure ou épisiotomie, le corps a besoin de temps pour se remettre. Ces lésions peuvent entraîner une gêne, une sensation de tiraillement ou des douleurs au niveau du périnée, en particulier lors de certains mouvements comme s’asseoir, marcher ou porter son bébé.

La principale complication liée à l’épisiotomie est la douleur qu’elle entraîne durant le post-partum. Pour la diminuer, il est généralement proposé durant le séjour à la maternité d’appliquer du froid sur la cicatrice. Il peut aussi arriver qu’un hématome se forme au niveau de l’épisiotomie. Même si l’asepsie (méthode utilisée pour éviter toute infection de microbe) a été correctement réalisée, il n’est jamais possible d’éliminer complétement le risque d’infection.

Voici quelques conseils pour favoriser une cicatrisation rapide et confortable :

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  • Hygiène douce: Nettoyez la zone périnéale avec de l’eau tiède et un savon sans parfum, puis séchez délicatement sans frotter. La toilette doit être très soigneuse, à l’eau et au savon après chaque selle, la cicatrice séchée délicatement, un antiseptique appliqué (la sage-femme et le médecin vont vous conseiller des produits à base de chlorhexidine ou d’éosine), et ce, jusqu’à cicatrisation complète. En premier lieu, il convient d’essayer que la cicatrice ne reste pas trop à l’humidité, car ça ne favorise pas la cicatrisation et risque de faire résorber trop rapidement les fils de la suture. Comme en cas de déchirure périnéale spontanée, il est recommandé de laver la cicatrice après chaque passage aux toilettes et de bien sécher en tamponnant. Il est déconseillé d’utiliser un sèche-cheveux pour sécher les points.
  • Soins locaux: Pour favoriser une cicatrisation rapide et confortable après l’accouchement, nous recommandons l’application du Gel cicatrisant Melicare, formulé avec un complexe breveté de trois miels. Il accélère la régénération des tissus, protège la plaie et limite la prolifération bactérienne. Appliquez une fine couche sur la zone concernée, directement avec le doigt ou à l’aide d’une compresse, puis recouvrez d’une serviette hygiénique.
  • Adoptez des positions confortables: Pour vous asseoir, privilégiez un coussin en forme de donut ou une chaise ferme avec un dossier. Allongez-vous sur le côté le plus souvent possible et asseyez-vous sur des coussins lorsque vous vous tenez droite.
  • Écoutez votre corps: Ne forcez pas. Si une position ou un mouvement provoque une douleur, adaptez-vous.
  • Alimentation saine: Soignez votre cicatrisation de l’intérieur : privilégiez les aliments riches en vitamines (A, C, E), en zinc et en protéines pour soutenir la régénération des tissus.
  • Antidouleurs: Des antidouleurs peuvent vous être administrés pour soulager la douleur.

Rééducation périnéale : une étape essentielle

Proposée quelques semaines après l’accouchement, la rééducation périnéale est une étape essentielle pour retrouver un bon équilibre corporel. Après une grossesse, et encore plus après une déchirure ou une épisiotomie, le périnée peut être fragilisé. Encadrée par une sage-femme ou un kinésithérapeute spécialisé, cette rééducation se fait en douceur, à votre rythme. Même si vous ne ressentez pas de gêne immédiate, cette rééducation est fortement recommandée après un accouchement. Poursuivez vos exercices pour renforcer les muscles de votre plancher pelvien. Cela peut vous aider à ne pas souffrir d’incontinence urinaire.

Sexualité après une épisiotomie

De nombreuses femmes ayant souffert de déchirures de grade 3 et 4 peuvent craindre de reprendre une activité sexuelle. La relation ne doit pas être douloureuse et si cela s’avère être le cas, il ne faut pas hésiter à en parler au médecin lors de la consultation de suivi d’accouchement.

Les rapports sexuels sont possibles dès que le périnée ne fait plus souffrir, en général 8 semaines après une épisiotomie. Si l’épisiotomie semble générer plus de dyspareunies (douleurs ressenties pendant et après un rapport sexuel) pendant les premières semaines du post-partum, ceci n’est plus vrai à distance de l’accouchement. Dans les premiers temps, on privilégiera les caresses. Si malgré ces précautions, les rapports restent douloureux même après plusieurs mois, il est important d’en parler lors de la consultation prévue 6 à 8 semaines après l’accouchement.

Ce qu'il faut retenir

L'épisiotomie est une intervention qui peut être nécessaire dans certaines situations d'accouchement pour faciliter la naissance du bébé et prévenir des complications. Bien que sa pratique soit en recul, il est important de comprendre les raisons de son utilisation, les soins à apporter après l'intervention, et l'importance de la rééducation périnéale. N'hésitez pas à discuter de vos inquiétudes et de vos préférences avec votre équipe médicale afin de prendre des décisions éclairées concernant votre accouchement.

Refuser une épisiotomie : un droit

Comme tout acte chirurgical, une épisiotomie nécessite le consentement de la future maman. Vous ne souhaitez pas d'épisiotomie ? Faites-en part à l’équipe médicale présente lors de votre accouchement. N’hésitez pas à informer votre gynécologue ou la sage-femme de votre décision lors des consultations médicales de suivi de grossesse. Pensez également à rédiger un projet de naissance qui stipule votre refus d’épisiotomie sauf en cas d’extrême urgence. En cas de changement d’équipe le jour de l’accouchement, cela permettra que l’information soit transmise. Aucun acte médical, ni aucun traitement, ne peuvent être pratiqués sans le consentement libre et éclairé de la personne. Ainsi, nous pouvons refuser de subir une épisiotomie. Il est important d’en discuter au préalable avec notre gynécologue ou notre sage-femme.

Cicatrisation : à quoi s'attendre ?

La cicatrisation de l’épisiotomie se fait généralement en deux semaines et les fils des points de suture tombent tout seuls au bout de quelques jours. La première semaine, il se peut que ceux-ci provoquent un inconfort voire une douleur. En effet, de nombreuses femmes disent ressentir une douleur et une sensation de resserrement qui s’accentuent au fil des premiers jours, à mesure que la plaie se referme et que les points se resserrent.

En règle générale, la partie visible de l’épisiotomie (la peau) cicatrise très vite, soit entre 8 et 10 jours environ. C’est plus long à l’intérieur : il faut compter entre 12 et 18 mois pour que tout soit bien cicatrisé… D’où une gêne, voire une sensation douloureuse, qui peut parfois perdurer plusieurs mois après l’accouchement.

Quand consulter ?

N’hésitez surtout pas à prendre un avis médical dans ce cas. Une rougeur au niveau de la zone concernée, une augmentation de la douleur ou une odeur désagréable peuvent être autant d’indices de début d’infection. Une consultation médicale s’impose quand la maman présente des pertes vaginales malodorantes ou de couleur inhabituelle. La majorité des femmes affectées d’une déchirure profonde à l’accouchement se voient proposer une consultation postnatale afin de vérifier que tout rentre bien dans l’ordre. En revanche, si au bout de plusieurs mois votre épisiotomie vous fait toujours mal, parlez-en rapidement à votre sage-femme.

Préparation à l'accouchement : comment limiter le risque d'épisiotomie ?

Aujourd'hui, diverses techniques permettent de préparer le périnée et potentiellement éviter l’épisiotomie. Pour assouplir le périnée et le rendre un peu plus extensible le jour J, le professeur Deruelle conseille « de le masser quelques semaines avant l’accouchement avec une huile végétale durant une dizaine de minutes. Ce massage intime permettrait de diminuer légèrement le risque d’avoir une épisiotomie.

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