Introduction
Le contre-transfert, concept fondamental de la psychanalyse, désigne l'ensemble des réactions inconscientes de l'analyste face au transfert du patient. Cet article explore la définition du contre-transfert, en particulier dans le contexte spécifique de la pédiatrie, en s'appuyant sur des références théoriques et cliniques.
Définition et Évolution du Contre-transfert
Les Origines Freudiennes
Le terme "contre-transfert" apparaît pour la première fois en 1909 dans une lettre de Freud à Jung. Freud y exprime sa préoccupation face aux réactions de l'analyste face au patient, en particulier à la séduction érotique. Il insiste sur la nécessité pour l'analyste de développer une "peau épaisse" pour maîtriser ce contre-transfert, qu'il considère comme un problème permanent.
En 1910, dans "Perspectives d'avenir de la thérapeutique psychanalytique", Freud souligne l'importance pour le médecin de reconnaître et de maîtriser le contre-transfert qui s'établit en lui sous l'influence des sentiments inconscients du patient. Il considère que chaque individu possède en son propre inconscient un instrument permettant d'interpréter les expressions de l'inconscient chez les autres, soulignant ainsi la nécessité d'une analyse personnelle pour les praticiens.
Les récits des cas cliniques de Freud (Dora, l'Homme aux rats, l'Homme aux loups) témoignent des difficultés contre-transférentielles rencontrées par le fondateur de la psychanalyse. Le "maniement du transfert" repose sur le vécu du contre-transfert, éclairé par l'histoire du patient. Le contre-transfert sert de "radar" pour l'analyste, permettant, avec d'autres éléments, d'édifier une interprétation juste.
L'Évolution du Concept après Freud
Ferenczi met en avant l'importance du contre-transfert dans la cure et la possibilité de communiquer au patient certains sentiments de l'analyste, une approche novatrice mais potentiellement risquée. Winnicott, dans son célèbre texte "La haine dans le contre-transfert", explore l'implication profonde de l'analyste.
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Michel Neyraut considère que le contre-transfert précède le transfert et qu'il est la condition de sa mise en place.
Contre-transfert et Pathologies
Névrose de Transfert vs. Relation Transféro/Contre-transférentielle
Les "transferts" qui se développent dans la névrose classique sont différents de ceux rencontrés dans les pathologies narcissiques, chez les malades somatiques, dans les états limites et chez les psychotiques. Plus on s'éloigne du modèle de la névrose classique, plus la mise en place d'une névrose de transfert devient problématique, et l'interprétation est toujours tributaire de la mise au travail du contre-transfert.
Les psychosomaticiens insistent sur la distinction entre la névrose de transfert classique et la relation transféro/contre-transférentielle. Catherine Parat distingue la "névrose de transfert" de la "relation transférentielle", dans des traitements où le maniement du transfert n'est pas au premier plan et où la relation transférentielle est plus évidente et utilisable.
André Green souligne que la distinction entre transfert et relation vise à identifier le dédoublement entre les aléas des investissements conjoncturels et le fond stable qui caractérise la capacité du sujet à transférer.
La Relation ou Transfert de Base
Catherine Parat conceptualise la relation ou transfert de base comme un transfert relationnel, positif, différent du jeu transfert/contre-transfert. Il correspond à l'investissement, teinté de confiance, par le patient de l'analyste. La relation ou transfert de base concerne les deux partenaires du couple analytique et repose sur une neutralité fondamentale et accueillante de l'analyste.
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De la part du patient, le transfert de base est un investissement où les échanges affectifs et préverbaux occupent la première place. Ces relations transférentielles et contre-tranférentielles s'apparentent à la relation duelle, tandis que la névrose de transfert s'inscrit dans un registre triangulaire.
Contre-transfert et Spécificités de la Clinique Psychosomatique
Le fonctionnement mental est irrégulier, et la clinique montre des formes de somatisation avec coexistence ou passages de plusieurs symptomatologies ou modes d'organisations mentales. Freud avait remarqué de fréquentes concomitances ou alternances entre des symptômes psychonévrotiques et des symptômes actuels, qu'il a appelées "névroses mixtes". Pierre Marty met l'accent sur l'irrégularité de la perméabilité du préconscient.
Une affection somatique peut survenir chez un névrosé pour lequel la psychanalyse classique est tout à fait indiquée. L'apparition d'une maladie somatique peut être observée dans des organisations psychiques variées, et il n'existe pas d'explication unique valable dans tous les cas.
Une attention particulière est portée au contre-transfert marqué par la présence perceptible du corps souffrant et de la maladie, génératrice d'angoisse et parfois de rejet. Les difficultés contre-transférentielles comprennent aussi la relation que l'analyste a avec son idéal psychanalytique et ses références théoriques parfois trop idéalisées.
Adaptation de la Pratique Analytique
Dans le modèle de la psychanalyse classique, il s'agit de donner un sens à la névrose infantile en s'appuyant sur le développement du transfert et de favoriser la libre association de l'analysant. Le psychanalyste s'appuie sur les capacités régressives de l'analysant et sur son contre-transfert.
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La pratique doit-elle être adaptée lorsque le patient est en état de désordre somatique ou lorsque les difficultés associatives sont notables ? L'interprétation est-elle différente avec des patients souffrant de désordres somatiques ?
Il n'existe pas de structure psychosomatique unique, mais plutôt différentes modalités d'organisation psychique. Avec un patient aux limites de l'interprétable, l'analyste doit adapter son approche. Avec un patient plus ou moins névrotique, atteint d'un désordre somatique, l'interprétation tiendra compte de la désorganisation momentanée (régression) et de la réorganisation plus ou moins rapide.
Les interprétations ou interventions sont plus fréquentes et de formulations parfois différentes pour relancer le travail associatif, pour aider à donner du sens. La formulation est importante, prenant parfois une forme allusive, brève ou plus longue, voire explicative. Les interprétations peuvent reprendre les mots du patient dans leur polysémie, proposant un autre sens, un double sens. Les interventions peuvent souligner le mouvement de la séance et l'histoire racontée. Elles prennent souvent une forme interrogative, invitant à la curiosité et à la découverte.
Au-delà de la plainte somatique réelle, l'analyste tente de mettre des mots, de susciter des liaisons, d'amener le patient à créer des liens entre les divers éléments de son discours, entre le présent et le passé, entre ce qu'il raconte et l'affect qui y est associé. Selon les différents moments de la cure, et compte tenu de l'irrégularité psychique, plus notable chez certains que chez d'autres, l'analyste tente de favoriser le passage du corps malade au corps érotique.
Le Contre-transfert en Pédiatrie : une Spécificité Infirmière
Une étude menée par des auteurs (pédopsychiatre et infirmière) s'intéresse aux aspects spécifiques du soin donné par l'équipe infirmière à des enfants hospitalisés à temps plein. Elle étudie le contre-transfert de l'équipe soignante infirmière, en se posant la question de son existence, de sa définition et de l'intérêt de son individualisation comme instrument thérapeutique. L'analyse de la littérature et de trois cas cliniques a permis de conclure à l'existence d'un contre-transfert spécifique de l'équipe soignante confrontée dans le réel à la vie quotidienne des enfants hospitalisés et entraînée par eux dans une relation imprévisible.
Winnicott et l'Espace Transitionnel
Pourquoi parler de Winnicott dans le cadre d'un enseignement sur le masculin/féminin ? Winnicott est un auteur reconnu, mais sa pensée n'est pas toujours totalement comprise.
Winnicott s'intéresse avant tout à l' "espace transitionnel", à l' "aire intermédiaire" entre la réalité matérielle et la réalité psychique, entre le dehors et le dedans. L'objet transitionnel n'est que la forme visible des processus transitionnels qui organisent la psyché.
Winnicott écrit : "Ce n'est pas l'objet qui est transitionnel, l'objet représente la transition du petit enfant qui passe de l'état d'union avec sa mère à l'état où il est en relation avec elle, en tant que quelque chose d'extérieur et de séparé".
René Roussillon considère que l'apport de Winnicott révolutionne notre compréhension du psychisme.
Le Parcours de Winnicott
Donald Wood Winnicott a d'abord été pédiatre, avant de devenir psychanalyste. Il a participé au grand plan d'évacuation des enfants de Londres durant les bombardements et a mis en garde contre les dangers de la séparation mère/enfant. Il a élaboré sa théorie de la tendance antisociale, liée à une "déprivation" des soins.
Winnicott a suivi une longue analyse personnelle avec James Strachey, puis avec Joan Rivière, et a fait des supervisions avec Mélanie Klein. Il est devenu membre de la Société psychanalytique britannique, mais a rejoint le "Middle Group", un groupe caractérisé par son éclectisme et son empirisme.
Winnicott a reconnu qu'il avait eu du mal à considérer le bébé comme un être humain avant son analyse. Celle-ci lui a permis de voir l'enfant avec les yeux de l'adulte analysé, avec sa vulnérabilité et sa créativité.
Winnicott s'est aperçu que l'on se référait essentiellement au complexe d'Œdipe et que l'on méconnaissait le développement précoce de l'enfant. Il a décidé d'adapter la théorie à la clinique.
L'Expérience Winnicottienne
L'expérience de Winnicott est double : celle du corps et de la psyché de l'enfant, et celle de l'enfant inscrit dans son environnement familial. Ses textes sont autant issus de la psychanalyse de l'adulte que de son expérience de consultant et de thérapeute d'enfants.
Winnicott se réfère constamment à cette double expérience : celle de l'enfant réel observé dans les bras de sa mère et celle de l'enfant reconstruit dans la cure.
Winnicott et la Théorie Freudienne
Winnicott s'est toujours considéré comme un analyste freudien, mais il a enrichi la théorie des pulsions.
Pour Freud, la pulsion sexuelle est primaire et endogène. Pour Winnicott, l'amour de l'objet est considéré comme primaire.
Winnicott a été influencé par Mélanie Klein et a développé le concept de "position dépressive", qu'il appelle "stade de la sollicitude". La sollicitude résulte de la rencontre et de la fusion, dans l'esprit de l'enfant, de la mère-objet de la cruauté pulsionnelle et de la mère réelle qui donne les soins.
Pour Winnicott, le mouvement de don est accompagné d'un mouvement de libération pulsionnelle, ce qui évite l'inhibition.
L'Objet Transitionnel
L'article de Winnicott sur les "objets transitionnels" l'a rendu célèbre. Il y décrit un type d'objet auquel le bébé et le petit enfant s'attachent passionnément, en même temps qu'ils découvrent la zone érogène orale.
Winnicott introduit les termes d' "objets transitionnels" et de "phénomènes transitionnels" pour désigner cette "aire intermédiaire" qui se situe entre le pouce et le futur ours en peluche.
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