Discrète et captivante, Léa Massari a marqué le cinéma italien et français des Trente Glorieuses. Décédée à Rome le 23 juin à l'âge de 91 ans, elle laisse derrière elle une filmographie riche et variée, témoignant d'une présence sensible et d'un talent indéniable. Des chefs-d'œuvre d'Antonioni et de Malle aux films populaires, Massari a su toucher le public par son jeu nuancé et son authenticité.
Une Figure Discrète du Cinéma
De Michelangelo Antonioni à Alain Cavalier, de Louis Malle à Claude Sautet, Léa Massari a séduit les plus grands cinéastes. Elle fut l'une des figures les plus sensibles du cinéma des Trente Glorieuses, omniprésente et discrète dans une brassée de films majeurs. Son charme discret et sa voix rauque, aussi captivante que ses yeux de chat, ne laissaient personne indifférent.
Pourtant, elle était souvent un peu à côté de la « vedette », ou juste derrière, d’un chef-d’œuvre à l’autre. Dans L’Avventura, d’Antonioni (1960), elle est Anna, la fille qui disparaît, laissant le champ libre à Monica Vitti. Plus tard, dans Les Choses de la vie, de Claude Sautet (1970), son ex-mari (Michel Piccoli) lui préfère une autre femme (Romy Schneider). Et même les spectateurs n’auront d’yeux que pour cet amour adultère. De même, dans Femme en bleu (1973, Michel Deville), Piccoli la néglige, sans s’apercevoir qu’elle est déjà là, à ses côtés, patiente et mélancolique.
Révélation et Premiers Rôles
Mario Monicelli fut l'un des premiers à lui offrir un rôle de premier plan. En 1954, il repère cette fille d’ingénieur, élevée entre l’Espagne, la France et la Suisse. Lea Massari avait alors 21 ans et venait d’abandonner ses études d’architecture pour devenir mannequin. Monicelli changea son destin en lui confiant un premier rôle inoubliable, Agnese, rebelle et passionnée face à Mel Ferrer dans Du sang dans le soleil.
Louis Malle lui offre le rôle le plus sulfureux de sa carrière dans Le Souffle au cœur (1971), un personnage de mère incestueuse si dérangeant. Il vaut mieux se souvenir de sa prestation touchante et forte dans Le Christ s’est arrêté à Eboli (1978), brûlot historique au temps du fascisme signé Francesco Rosi.
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Parcours Cinématographique
Née Anna-Maria Massatani, elle adopte le pseudonyme de Lea Massari, en souvenir de son fiancé Léo, décédé tragiquement peu avant leur mariage. Elle débute au cinéma en 1954 dans Du sang dans le soleil de Mario Monicelli, mais va se faire connaître internationalement grâce à son rôle d’Anna dans L’Avventura (1960) de Michelangelo Antonioni. Autre rôle marquant dans le film Une vie difficile (1961) de Dino Risi.
À partir des années 70, Léa Massari passe de l'autre côté des Alpes. Pour son premier film français, L'Insoumis d'Alain Cavalier (1964), elle partage l'affiche avec Alain Delon. Elle joue sous la direction de Claude Sautet (Les Choses de la vie 1970) et fait scandale en interprétant le rôle d'une mère incestueuse dans Le Souffle au Coeur de Louis Malle (1971). Mais elle reste particulièrement connue pour des films plus populaires (La 7ème cible 1984) où elle seconde des acteurs tel que Lino Ventura.
Léa Massari se fait plus rare dans les années 80. Discrète, elle enchaîne les seconds rôles dans les productions de qualité (Peur sur la ville de Henri Verneuil 1975) et garde une prédilection pour les rôles dramatiques.
Une Femme Engagée et Libre
Lea Massari était bien plus qu'une actrice. Elle se définissait comme « une femme profondément politique ». Elle n'hésitait pas à partager ses opinions, notamment sur la question de l'avortement, en signant le manifeste des 343 salopes. Elle assumait ses contradictions, vantant le mariage tout en ne condamnant pas le concubinage.
Italienne jusqu'au bout des ongles, elle ne niait pas être « jalouse, exubérante et possessive ». Elle assumait ses racines méditerranéennes, même en France, en mangeant des pâtes à chaque repas. Ses passions étaient la musique, la cuisine et ses chiens.
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Dans une interview, elle confiait qu'elle n'avait jamais utilisé sa beauté pour faire des films, préférant la simplicité et le naturel. C'est sans doute ce qui lui avait plu dans le scénario de La femme en bleu, le dernier Michel Deville, dans lequel elle venait de tourner. « Je suis une femme, c’est tout, pas un personnage.
Secrets et Fragilités
Léa Massari dévoilait parfois une indicible fragilité et une capacité à se livrer très intimement dans ses interviews. Elle a évoqué une enfance difficile, passée en pensionnat entre ses 8 et ses 13 ans, se décrivant comme un enfant non désiré, laissé pour compte par sa famille. De cette expérience, elle avait bâti sa force de caractère : « Je n’aime ni me plaindre ni donner des responsabilités aux gens, même s’ils m’ont fait beaucoup de mal (…) on ne peut pas juger… ». Elle affirmait d'ailleurs détester les gens avec des préjugés. « On est né dans une espèce de paquet. Ce paquet, c'est notre vie, on est né dedans, il faut s’accepter, sinon on devient dingue.
De l'Architecture au Cinéma
Rien ne prédestinait Léa Massari au cinéma. Issue d'un milieu aisé, elle fut envoyée en Suisse pour y suivre ses études, et en revint avec un diplôme d'architecte. Elle commença comme mannequin et travailla avec le décorateur Piero Gherardi, qui l’introduisit dans le monde du cinéma.
Les Hommes et le Cinéma
Dans des images retrouvées du tournage du film La femme en bleu, Léa Massari partageait sa vision des hommes et expliquait l'origine de la crise masculine des 40 ans, cette phase où « ils commencent à chercher ailleurs… »
« Pour les hommes, ce sont les femmes… Je me suis demandé mille fois ce que c’était que cette espèce d’angoisse qui touche les hommes de 40 ans. C’est une sorte de renouvellement qu’ils cherchent en eux et comme ils se sont endormis dedans, ils cherchent ailleurs. Ce film, je crois que c’est ça….
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