L'histoire de la famille Rothschild est une saga captivante, marquée par l'ascension fulgurante d'une famille juive du ghetto de Francfort vers les sommets de la finance européenne et mondiale. Leur nom est devenu synonyme de richesse, de pouvoir et, malheureusement, de cible d'antisémitisme. Cet article explore les origines de cette dynastie, son développement et les enjeux complexes qui l'entourent.

Les Origines : Du Ghetto de Francfort à l'Ascension Financière

Tout commence au XVIIIe siècle dans le ghetto de Francfort, où Mayer Amschel Rothschild, sa femme et leurs dix enfants vivent dans un contexte de restrictions et d'interdictions imposées à la communauté juive. Ils ne peuvent pas détenir des biens fonciers et certains métiers leur sont interdits. Cependant, ils sont autorisés à faire des activités de change. Mayer Amschel Rothschild saisit donc cette opportunité et se lance dans le commerce, dévoilant un instinct sans pareil pour le monde des affaires.

Le nom "Rothschild" vient de leur maison, signalée par un écusson rouge (zum Roten Schild). Il était courant dans la communauté juive de faire de son adresse son patronyme. Mayer Amschel Rothschild tisse des liens avec le prince Guillaume de Hesse-Cassel et devient son agent. Face à la prospérité de l’activité, il est rejoint par ses cinq fils : Amshel, Salomon, Nathan, James et Carl, qui s’occupent des relations avec les clients. Les cinq filles travaillent aussi, mais à la maison, gérant ainsi les livres de compte. Mayer Amshel Rothschild va alors fonder la base des valeurs actuelles de la banque Rothschild : une honnêteté irréprochable sans jamais être à découvert afin de ne pas entacher leur nom.

Rapidement, les ambitions de la famille vont s’étendre hors de Francfort et hors d’Allemagne. Nathan, le plus audacieux des cinq fils, veut quitter Francfort pour étendre le commerce. Il s’installe à Londres pour ouvrir la première branche anglaise de l’entreprise familiale : M A Rothschild und Söhne.

L'Expansion Européenne et le Réseau Bancaire Multinational

Les cinq fils de Mayer Amschel Rothschild, souvent appelés les "cinq flèches sur le blason des Rothschild", se sont expatriés dans cinq pays d’Europe afin d’élargir les activités bancaires entreprises par leur père. Seul Amschel reste à Francfort, ses autres frères préfèrent s’expatrier pour ouvrir les horizons du commerce familial. Nathan s’installe à Londres, Salomon à Vienne, Carl à Naples et James à Paris. Cette dispersion stratégique permet à la famille de créer un réseau bancaire multinational sans précédent, capable de financer des projets d'envergure à travers le continent.

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Nathan, à Londres, mène la famille vers des sommets de richesse, en saisissant une opportunité sur laquelle peu auraient parié. Le blocus continental de Napoléon pour empêcher les marchandises et les fonds de quitter l’Angleterre pour aller en Europe sont pour lui l’occasion de faire du commerce. Il s’attèle à la création de bateaux rapides pour traverser la Manche. Une fois la marchandise ou l’information arrivée à destination, des coursiers l’acheminent le plus rapidement possible. Rothschild se présente alors comme un réseau rapide et efficace.

Dans le même temps, l’Angleterre est cernée par Napoléon et arrive à court de ressource. Le sort de l’Europe est alors aux mains des Rothschild. Grâce à leur réseau de coursiers, l’Angleterre parvient à acheminer l’argent qui leur est nécessaire pour poursuivre la guerre, et gagne la bataille de Waterloo face à Napoléon. Ces événements assurent à la famille un essor international et une excellente réputation. Il permet également la création du premier réseau bancaire multinational.

James de Rothschild et l'Établissement de la Branche Française

Jacob Meyer, plus tard connu sous le nom de James de Rothschild, arrive à Paris en mars 1810. Il venait renforcer la chaîne de circulation de l’argent au bénéfice du prince de Hesse et des autres clients de la famille en dépit du blocus continental de Napoléon. Il s’y trouve infiniment plus libre que dans sa ville natale. À la mort du père en 1812, Nathan, le banquier de Londres, devient le chef du clan. Jacob, lui, est devenu James, adoptant habits et manières parisiennes, apprenant la danse et l’équitation.

La chute de Napoléon lui permet de créer officiellement sa banque, installée rue Le Peletier, en l’enregistrant au tribunal de commerce (1814). L’argent anglais en faveur de Louis XVIII lui était confié par l’intermédiaire de Nathan. À vingt-deux ans, il manie déjà des millions. En 1822, Metternich, pour remercier la famille des services rendus à l’Autriche, avait élevé ces négociants juifs au rang de barons. James devint donc baron, comme ses autres frères, mais aussi consul autrichien, ce qui devait lui ouvrir la porte des salons. Il noue d’utiles contacts avec le duc d’Orléans, futur Louis-Philippe, devient l’intime d’Elie Decazes, favori de Louis XVIII, invite à dîner le duc de Wellington.

En 1818, il achète l’hôtel particulier de Fouché, rue d’Artois, la future rue Laffitte. Il met en place un service de communication très efficace et considéré même comme supérieur à la valise diplomatique. Il épouse en 1824 sa nièce autrichienne Bettina dite Betty, la famille souhaitant conserver son argent et ses secrets. L’intermariage devait être la règle chez les Rothschild. Le mariage est célébré à Francfort.

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La révolution de 1830 place Louis-Philippe sur le trône. « Vous me connaissez suffisamment » déclare le roi à James. Le banquier va se faire l’intermédiaire entre Louis-Philippe et Metternich pour favoriser la paix en Europe. Le réseau des frères leur permet de garantir les emprunts publics : ils sont les seuls capables de mobiliser les sommes nécessaires. Leur réputation de scrupuleuse probité fait le reste.

Mais James, toujours prêt à prêter, refuse d’investir directement dans les entreprises industrielles. Mais il finit par se laisser gagner par l’enthousiasme d’un de ses jeunes employés, Émile Pereire, un des nombreux disciples de Saint-Simon. En 1836, James finance la ligne de chemin de fer de Paris à Saint-Germain-en-Laye, projet porté par Émile Pereire. La mort de son frère Nathan, en 1836, fait de lui l’homme le plus important de la famille.

Rothschild et le Développement du Chemin de Fer

Les Rothschild ont joué un rôle essentiel dans le développement du chemin de fer en Europe. James de Rothschild, en particulier, a investi massivement dans ce secteur en France. En 1836, James finance la ligne de chemin de fer de Paris à Saint-Germain-en-Laye, projet porté par Émile Pereire. Dans un moment où se construit le grand réseau ferré français (loi de 1842), Rothschild obtient la concession de la Compagnie des chemins de fer du Nord qui devait se révéler la plus rentable.

À la fin du XIXe siècle, la famille Péreire et le Baron de Rothschild, possédaient à eux deux, autour du petit village de Gretz presque tous les bois compris entre Mortcerf et les bords du Grand Morin, jusqu’à Émerainville et Lagny-sur-Marne. L’émulation entre les familles Péreire et Rothschild, pour ne pas dire la compétition, favorisa l’essor de Gretz-Armainvilliers. La famille Péreire et le Baron de Rothschild furent les actionnaires principaux des compagnies de chemin de fer dont l’arrivée à Gretz-Armainvilliers, avec la création de la ligne Paris - Bâle fut le moteur du développement de la ville.

Gretz-Armainvilliers : Un Lieu Marqué par les Rothschild

Gretz-Armainvilliers est une commune de Seine-et-Marne dont l'histoire est étroitement liée aux familles Rothschild et Péreire. En 1877, Edmond de Rothschild fit raser le château historique pour bâtir l’actuelle demeure en style anglo-normand. Un rail décroché de la gare de Gretz-Armainvilliers, située en face de sa grille d’honneur, parvenait jusqu’à son sous-sol. On assiste à la construction de deux îles dans l’étang pour permettre aux visiteurs d’effectuer quelques excursions en bateau à vapeur.

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Comme la famille Rothschild, les frères Péreire revendiquèrent l’appellation de domaine d’Armainvilliers ce qui présenta, à l’époque, quelques difficultés pour les invités : certains, devant se rendre chez l’un, se présentaient chez l’autre ! Le château des frères Péreire, qui s’installèrent à Gretz-Armainvilliers en 1852, a malheureusement été détruit en 1950.

Gretz a vu son essor grâce à l’arrivée du chemin de fer, dont les premiers travaux ont été effectués en mai 1855, lors de la construction de la ligne Paris-Mulhouse. En juillet 1859, à l’initiative de Monsieur Péreire, La Compagnie de l’Est entra en possession des terrains nécessaires à la construction d’une ligne entre Gretz-Armainvilliers et Mortcerf. Ce nouveau tracé fut inauguré le 2 février 1861. Depuis ce temps, Gretz-Armainvilliers est une ville ouvrière ferroviaire avec de nombreux cheminots qui sont restés attachés à notre commune.

Mécénat et Influence Culturelle

James de Rothschild se veut mécène, finançant Rossini et commandant son portrait et celui de son épouse à Ingres, rassemblant une grande collection d’art, organisant de grandes soirées musicales où viennent jouer Chopin et Liszt. Il inspire le personnage du banquier Nuncingen de la Comédie Humaine avant de servir de modèle à Gunderman « le maître de la bourse et du monde » dans l’Argent de Zola.

Le financier sait se montrer humanitaire : au moment de la crise agricole de 1846, il achète à l’étranger de grandes quantité de blés à perte pour limiter la hausse des prix.

Rivalités et Défis : L'Affaire Pereire et les Nationalisations

L’affrontement entre James et les frères Pereire, la haute banque traditionnelle contre la banque populaire, la société anonyme par actions, sont restés célèbres. Le Crédit Mobilier naît d’un décret présidentiel le 18 novembre 1852. James devait souligner, dès le début, le risque présenté par l’opération : « Sans encaisse, sans réserve métallique, elle sera à un certain moment incapable de se procurer de l’argent. » En bon libéral, il redoute « la domination redoutable du commerce et de l’industrie au profit d’un être innommé et sans responsabilité personnelle. » La concurrence courrait le risque d’être éliminée et le Crédit mobilier serait à la fois irresponsable et sans contrôle. Les Pereire étaient intéressés par l’argent des autres, Rothschild travaillait avec son propre argent.

Cette guerre, le banquier finit pourtant par la gagner. Il faut dire qu'à force d'activisme, les frères Pereire se sont mis beaucoup de monde à dos. Avec ses innombrables ramifications, le Crédit mobilier inquiète les milieux d'affaires, et même les cercles dirigeants. On trouve trop riches et trop puissants ces deux frères engagés dans un tourbillon d'affaires et dont la fortune donne le vertige. Victime de placements hasardeux, le Crédit mobilier fera effectivement faillite en 1857 sans que le pouvoir intervienne, mettant fin au «règne » des frères Pereire. Que James de Rothschild ait contribué à la chute de l'empire Pereire, en jouant en Bourse ou en laissant mourir ses entreprises, est plus que probable.

Dans les années 1980’, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, les Rothschild doivent faire face à la nationalisation de leur banque. Bien qu’ils ne l’aient jamais avoué, cette nationalisation est en réalité une aubaine, car les comptes de la banque n’étaient plus gérés correctement, et l’indemnisation leur a permis de redorer leurs finances.

Antisémitisme et la Famille Rothschild

Le succès de la famille Rothschild va susciter bien des jalousies, et ces derniers sont victimes d’antisémitisme. S’ils révolutionnent le monde de la banque et montrent leur efficacité, ils ne parviennent pas à faire consensus, et leur nom fait d’eux une cible.

Avec la défaite de 1870 et la crise morale qui suit, l'antisémitisme se fait cependant plus hystérique et nourrit un nombre impressionnant de publications dans lesquelles les Rothschild, qui ont le double tort d'être juifs et banquiers, sont systématiquement pris à partie. Ils sont devenus les boucs émissaires commodes de tous les scandales financiers de I'époque. À l'image du krach de I'Union générale qui se produit au début des années 1880 et où l'on retrouve Eugène Bontoux. Il n'en faut pas plus pour que le krach de l'établissement soit attribué aux manœuvres des banquiers juifs- en tête desquels les Rothschild, accusés d'avoir voulu abattre un concurrent.

Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands essayent de déposséder la famille en s’adonnant au pillage de leur mobilier, collection de tableaux… Ils se réfugient à l’étranger, mais ils sont victimes, en France, du régime de Vichy qui fait tout pour dépouiller la banque.

La Dynastie Rothschild : Entre Tradition et Modernité

Être un Rothschild n’est pas donné à tout le monde, et tout est fait pour que le nom ne soit pas sali. C’est, pour la famille, un bien qu’il faut protéger plus que tout. Ainsi, chez les Rotschild, c’est l’entre-soi qui règne, même pour les mariages, afin que la fortune ne s’éparpille pas. Il a donc fallu créer une dynastie familiale : entre 1824 et 1877, 15 mariages sur 21 sont célébrés entre descendants directs ! En matière de succession, il n’y a pas de place pour les femmes, et la celle-ci passe uniquement par les fils.

Aujourd'hui, la famille Rothschild continue d'exercer une influence considérable dans le monde de la finance, tout en diversifiant ses activités dans des domaines tels que le vin, l'art et la philanthropie.

Le Berceau Symbolique : Francfort et ses Vestiges

Francfort reste le berceau de la puissante famille Rothschild, et la ville en a conservé quelques symboles. En plein cœur de l’Altstadt se situe la banque Rothschild spécialisée en conseil financier. Le musée juif de Francfort se trouve quant à lui à l'emplacement de l'ancien Palais Rothschild et met en avant l’histoire de la famille. Le parc Rothschild de Francfort ne doit pas sa position géographique au hasard. Si vous levez la tête, vous apercevrez les tours du quartier des banques. Enfin, à une vingtaine de kilomètres de Francfort, à Königstein im Taunus, se trouve la Villa Rothschild qui, avant d’être transformée en hôtel de luxe, était la maison de vacances de la famille.

Rothschild : Un Nom Toujours Synonyme de Richesse et de Pouvoir

Le nom Rothschild est devenu un symbole de richesse et de pouvoir, mais aussi une cible de théories du complot et d'antisémitisme. Il est important de comprendre l'histoire complexe de cette famille, ses contributions à la finance et à l'économie, ainsi que les défis et les controverses auxquels elle a été confrontée.

La saga des Rothschild est un véritable roman du capitalisme, avec ses mythes et ses mystères. Elle continue de fasciner et d'inspirer, tout en rappelant les enjeux éthiques et sociaux liés à la concentration de la richesse et du pouvoir.

L'Antisémitisme de Gauche et la Figure de Rothschild

La question de l’antisémitisme, et plus particulièrement celle de l’antisémitisme de gauche, en surgissant brutalement dans le champ des débats politiques, est revenue à l’ordre du jour. D’où une double sidération : d’abord, de constater que la haine des Juifs était loin d’être une « chose du passé », ensuite et surtout, que cette haine idéologisée provenait principalement d’individus ou de milieux situés à l’extrême gauche, visant les Juifs-sionistes comme dominateurs et exploiteurs, racistes et colonialistes, voire « génocideurs » ou « massacreurs d’enfants ». La judéophobie de gauche avait été oubliée. Elle s’est rappelée à nous depuis le méga-pogrom jihadiste du 7 octobre 2023.

L’association du Juif et du capitaliste, constitutive de la figure de l’ennemi principal des révolutionnaires (socialistes, anarchistes, communistes), est au cœur de la première forme historique prise par la judéophobie moderne. La dénonciation du « Juif riche », du « prédateur de la finance » ou du « parasite ploutocrate », incarné par « Rothschild » (prenant la relève, au XIXe siècle, de « Shylock »), est un topos qui reste profondément ancré dans le discours antijuif occidental, depuis qu’il s’est mondialement diffusé au cours des XIXe et XXe siècles.

En janvier 1846, le saint-simonien dissident et théoriecien socialiste Pierre Leroux publie dans la Revue sociale (mensuel qu’il avait créé en octobre 1845) un long article empruntant son titre à celui du livre de Toussenel, « Les Juifs, rois de l’époque ». Il y attaque violemment Nathan Rothschild, comme membre d’une dynastie fondée sur de douteuses spéculations et qui règne par l’argent sur toute l’Europe.

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