L'histoire des dons de sperme est complexe, oscillant entre l'espoir de la parentalité et les défis éthiques et juridiques. Des individus, motivés par l'altruisme ou, dans certains cas, par des motivations plus troubles, ont contribué à la naissance de centaines, voire de milliers d'enfants. Cet article explore les cas de donneurs de sperme exceptionnels, les enjeux qui en découlent et les réglementations mises en place pour encadrer cette pratique.
Les "Superdonneurs" : Quand l'Altruisme Dépasse les Bornes
Le film québécois Starbuck, sorti en 2011, raconte l’histoire imaginaire d’un donneur de sperme qui découvre qu’il est le géniteur de plus de 500 enfants. Si dans ce film (et dans son remake français de 2013 Fonzy), l’histoire est appréhendée sur le ton de l’humour, la réalité est parfois bien plus dramatique.
Certains hommes ont donné leur sperme à une échelle qui dépasse largement les limites établies par les réglementations nationales. Ces "superdonneurs" sont souvent motivés par le désir d'aider les autres à fonder une famille, mais leurs actions peuvent avoir des conséquences imprévues sur les enfants nés de leurs dons et sur les familles qui les élèvent.
Jonathan Meijer : L'Homme aux Mille Enfants
Le Néerlandais Jonathan Meijer, surnommé le "Superdonneur", est l'un des exemples les plus frappants de ce phénomène. Jonathan Meijer, 43 ans, revendique la paternité biologique de 550 enfants. Son histoire a même fait l’objet d’un documentaire sur Netflix, intitulé L’Homme aux mille enfants (chiffre qu’il a contesté devant les tribunaux). La justice estime dès lors qu’il a pu favoriser jusqu’à un millier de naissances au total, sur plusieurs continents.
Jonathan Meijer ne s’est pas contenté de donner son sperme pendant des années dans des cliniques néerlandaises : il s’est aussi mis à poster des vidéos sur internet, dans lesquelles il se permet de donner des conseils sur l’éducation des enfants. Il recommande de manger de la cervelle de porc crue, il conseille aux femmes de se comporter en épouses traditionnelles, et semble vouloir s’immiscer dans la vie de familles néerlandaises qui ont surtout envie de ne plus rien à voir avec lui. Il est même allé jusqu’à qualifier de "tyranniques" certaines mères d’enfants conçus avec ses gamètes.
Lire aussi: Guide d'achat : Cybex GB Qbit + All-Terrain
En 2023, un autre tribunal lui avait imposé d’arrêter de donner son sperme, à cause des risques de consanguinité qu’un trop grand nombre de dons finit par faire courir. Aux Pays-Bas, le nombre maximal par donneur est de 25. Mais, selon la presse néerlandaise, il a contourné la règle en s’adressant à 11 cliniques différentes, et à une banque de sperme au Danemark.
Pour faciliter les rencontres de donneurs et de femmes, il existe en effet de nombreux sites qui fonctionnent comme des plateformes de rencontre directe. Aux Pays Bas, des sites comme « OneWish », ou « Groot Velrangen (Grand désir) » sont facilement accessibles et listent de nombreux conseils et adresses. Vanessa van Ewijk, a confié son témoignage à des journaux. En 2015, cette femme célibataire de 34 ans décide qu’elle veut un enfant. Elle choisit un profil de donneur sur le site « Désir d’un enfant ». Après quelques échanges, ils se rencontrent un mois plus tard et Jonathan Meijer fournit son échantillon de sperme contre 165 euros et le remboursement de ses frais de transports. Elle le recontactera en 2017 pour une deuxième grossesse. La même année, elle est entrée en contact avec d’autres femmes, mères par le même donneur. Une enquête du Ministère de la Santé a révélé à l’époque que Jonathan Meijer avait probablement 102 enfants nés par dons de sperme faits dans 11 cliniques.
En avril 2023, Jonathan Meijer a été condamné par un tribunal de La Haye et interdit de poursuivre ses pratiques. Malgré une première interdiction de dons décidée par la société nationale d’obstétrique et de gynécologie en 2017, J Meijer avait continué ses pratiques, entre autres avec des cliniques étrangères, en Belgique, en Allemagne, en France, et au Danemark selon des médias. Son cas n’est d’ailleurs pas unique. Dans une émission TV, il a déclaré que « j’ai des enfants de l’Espagne à Taïwan, dans plein de pays. J’aimerais obtenir le record du monde de tous les temps, m’assurer que personne ne va le battre, en obtenir le plus possible ».
Ari Nagel : Le "Sperminator" Américain
Aux États-Unis, où la réglementation est moins stricte qu'en France, des donneurs comme Ari Nagel ont engendré un nombre considérable d'enfants. Ari Nagel, 48 ans, est le père biologique de 165 enfants.
Surnommé « Sperminator » par les médias américains, Ari Nagel, 48 ans, a annoncé qu’il allait bientôt prendre « sa retraite » de donneur de sperme. « Je m’arrêterai quand j’aurai 50 ans », a-t-il confié au New York Post le 15 juin, jour de la fête des Pères. « Physiquement, je peux continuer, mais il peut y avoir des risques accrus d’autisme chez les hommes plus âgés », a-t-il expliqué. Ce super donneur d’1,80 m et aux yeux bleus a permis à des dizaines de femmes de tomber enceinte. Actuellement, une dizaine seraient enceintes grâce à lui aux États-Unis, au Canada, en Asie, en Afrique ou encore en Europe.
Lire aussi: Pourquoi mon bébé ne boit plus tout son biberon ?
Ce père biologique consigne tous les noms, les anniversaires, les adresses et les numéros de téléphone de chacun de « ses » enfants, dont il affiche des photos dans son bureau. Il fréquente même certains de ses fils et filles, notamment cette « descendance » qui vit à New York ou à proximité. « Certaines mères ne veulent pas que je joue un rôle, mais je leur laisse la possibilité de changer d’avis, et la plupart le font une fois que l’enfant est un peu plus âgé et commence à poser des questions », explique-t-il au NYP. En effet, la loi américaine laisse la liberté de rester anonyme ou non. Ari Nagel, par ailleurs très actif sur les réseaux sociaux, a visiblement choisi de ne pas rester dans l’ombre…
Les Risques et les Conséquences des Dons Massifs de Sperme
Les dons massifs de sperme soulèvent plusieurs préoccupations majeures, notamment :
Risques de Consanguinité
Le risque de consanguinité est l'une des principales préoccupations liées aux dons de sperme non réglementés. Aux Pays-Bas, un donneur s’engage à collaborer avec une seule clinique de fertilité et ne peut engendrer plus de 25 enfants, comme l’explique Dr Max Curfs. « La limite de 25 enfants par donneur n’est pas anodine. Elle vise à réduire les risques de consanguinité, que des personnes ignorant qu’elles ont le même géniteur et qui se plaisent mutuellement aient des enfants ensemble », explique-t-il. Or une centaine de bébés ont été conçus à l’aide du sperme de Jonathan en passant par des cliniques de la fertilité, beaucoup plus en passant par des moyens privés et illégaux.
Problèmes Psychologiques et d'Identité
Les enfants nés de dons de sperme peuvent éprouver des difficultés psychologiques et des problèmes d'identité lorsqu'ils découvrent qu'ils ont des dizaines, voire des centaines de demi-frères et sœurs inconnus.
Risques Génétiques
L’affaire remonte à 2008. A l’époque, un citoyen danois non-identifié donne son sperme dans une banque privée. Le sperme de ce donneur va alors être disséminé à travers l’Europe et donner naissance à des enfants dans au moins huit pays. Quinze ans plus tard en 2023, la banque de sperme dans laquelle le don a été effectué découvre qu’au moins deux enfants danois issus de ces dons sont atteints de cancers pédiatriques, l’un d’une leucémie et l’autre d’un lymphome hodgkinien. En réalisant l'analyse génétique du sperme du donneur, le centre de fertilité découvre la terrible vérité : le donneur est atteint du syndrome de Li-Fraumeni, une maladie génétique rare qui augmente considérablement le risque de néoplasies (90 % des porteurs développent un cancer avant 60 ans). Ce syndrome est la résultante d’une mutation du gène TP53. Une onco-généticienne au CHU de Rouen et spécialiste du TP53, a mené l’enquête sur cette sinistre affaire et a présenté ses conclusions lors du congrès de la société européenne de génétique humaine samedi dernier. Au moins 67 enfants sont nés de ce donneur entre 2008 et 2015, dont 23 sont porteurs de la mutation génétique et dix ont déjà développé un cancer.
Lire aussi: Les bienfaits du lait artificiel
La Réglementation du Don de Sperme : Un Cadre Essentiel
Face à ces risques, de nombreux pays ont mis en place des réglementations strictes pour encadrer le don de sperme. Ces réglementations visent à protéger les droits des donneurs, des receveurs et des enfants nés de ces dons.
Les Limites du Nombre de Dons
L’absence de contrôle et de réglementation dans de nombreux pays est un facteur expliquant ces situations. Aux Pays Bas, aucun registre national n’était tenu jusqu’à cette affaire, ni en Belgique. Des sites et des groupes sur les réseaux sociaux, pour des échanges de sperme en dehors du circuit médical, se sont aussi multipliés.
En France, le nombre d’enfants issus d’un même donneur de spermatozoïdes est limité à 10 par la loi de bioéthique, détaille l’Agence de la biomédecine.
L'Anonymat du Don
En France, le don de spermatozoïdes est anonyme. Le donneur - entre 18 et 44 ans - ne peut pas savoir si son don a abouti à la naissance d’un enfant et il ne peut pas non plus connaître le nombre d’enfants issus de ce don.
Le Système Français : Un Modèle de Contrôle
En France, tout est contrôlé et l’on sait que le sperme d’un donneur ne pourra être utilisé que dix fois.
En 1973, Georges David fondait à l’hôpital Bicêtre le premier CECOS basé dès l’origine sur la gratuité du don de sperme et l’évaluation de ses résultats. Les statuts du Centre d’études et de conservation de sperme humain (CECOS) de l’hôpital Bicêtre, selon la loi de 1901 sur les associations, furent déposés en 1973. La mise en place de la fécondation in vitro, quelques années plus tard, fera évoluer la définition du sigle CECOS qui désignera alors et depuis les centres d’études et de conservation des œufs et du sperme humains.
La réhabilitation du donneur a donc été recherchée en premier lieu. Cette réhabilitation passait par la gratuité du don, cette gratuité transformait un acte vénal et donc non reconnu en un acte réfélchi et généreux. La gratuité s’inspirait d’une règle appliquée en France au don de sang. Par ailleurs, tout en valorisant le sperme, elle répondait au principe fondamental que le corps humain ne devait pas faire l’objet d’une commercialisation. Elle avait également l’avantage d’induire plus de sécurité, notamment pour l’enquête génétique visant à rechercher les pathologies qui pourraient présenter un risque pour l’enfant. Elle valorisait socialement le don de sperme et le traitement de la stérilité masculine.
À l’époque, le donneur devait avoir procréé et être en couple. L’insémination avec sperme de donneur ne pouvait être mise en place que pour pallier une stérilité masculine (indication médicale), le CECOS se réservant le droit de contrôler le bien-fondé de la demande. Deux autres règles étaient instituées : le consentement écrit signé par les deux membres du couple et l’obligation d’un entretien avec un psychiatre ou un psychologue. L’objectif étant de donner au couple l’occasion de réfléchir sur ses motivations et les conditions particulières de ce mode de conception. Ces règles éthiques engageaient donc un ensemble de droits et d’obligations pour le couple donneur, le couple receveur, les équipes médicales, l’enfant et la société. En l’absence de réglementation et de législation, la définition de ces règles et obligations reposait sur le médecin. Une telle responsabilité ne pouvant reposer sur un seul individu, la structure CECOS apparaissait dès lors indispensable, apportant une réponse collégiale aux problèmes multiples et complexes soulevés par cette activité.
tags: #le #plus #grand #donneur #de #spermatozoides
