Lancé en 1863 par Moïse Millaud, "Le Petit Journal" a marqué l'histoire de la presse française par son approche novatrice et son succès retentissant. Ce quotidien, vendu à un prix modique, a su conquérir un large public grâce à son format pratique, son contenu sensationnel et ses illustrations attrayantes. Cet article explore l'histoire du "Petit Journal", son évolution, son impact sur la société française et les raisons de son succès.

Genèse et Essor du "Petit Journal"

Moïse Millaud fonde "Le Petit Journal" le 1er février 1863, un quotidien populaire qui a marqué profondément la vie du Tout-Paris de l’époque. Vendu à un prix abordable de 1 à 5 centimes, il était accessible à toutes les bourses. Le lancement de ce média fut considéré comme une véritable révolution journalistique et idéologique dans l'histoire de la presse.

Pour ne pas avoir à payer le timbre (5 centimes par numéro) qui eût rendu l'entreprise impossible, le journal était apolitique. Les autorités du second Empire favorisèrent le développement de cette feuille bon marché et de ses concurrentes, car elles y voyaient un moyen de satisfaire le besoin de lecture des classes populaires sans courir le risque de les politiser.

Millaud eut aussi, dès le début, le souci d'assurer à son journal une large diffusion en province. Après le 4 septembre 1870, le timbre supprimé, Le Petit Journal put parler de politique.

Un Format et un Prix Révolutionnaires

La parution, en 1863, de cette feuille de demi-format (43 cm sur 30 cm), quotidienne, diffusée essentiellement au numéro en boutique ou par colportage et non plus par abonnement comme les autres journaux, vendue à 5 centimes (un sou), soit moitié moins que les autres feuilles populaires, marque le début de la presse moderne à grand tirage.

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Lorsqu’en 1863 Moïse Millaud lance Le Petit Journal, cet ingénieux entrepreneur va donner le coup d’envoi au plus grand bouleversement de l’histoire de la presse, celui de l’avènement des quotidiens de masse. Sa formule est inédite : deux fois moins cher que ses concurrents (un sou, c’est-à-dire 5 centimes), sortant sur quatre pages et non plus deux (le format ayant été réduit de moitié), vendu au numéro (alors que les journaux étaient jusqu’ici écoulés sur abonnement).

Le Fait Divers au Cœur du Succès

Plus que sur l'analyse de la vie politique, le journal mise sur le fait divers traité de manière sensationnelle. C'est en 1863, dans Le Petit Journal fondé par M. Millaud, premier quotidien populaire (vendu 5 centimes) et qui devait atteindre un tirage supérieur au million d'exemplaires, qu'apparaît pour la première fois le terme fait divers.

« Ayant le courage d'être bête », Millaud fonda un nouveau journalisme, avec de longues chroniques de vulgarisation culturelle ou scientifique qui se fondaient sur le bon sens populaire et la morale la plus conformiste et que signait Timothée Trimm (pseudonyme collectif, un temps illustré par Léo Lespès [1815-1875] créateur du genre), de longs articles de faits divers, mais aussi des romans-feuilletons « rocambolesques » de Ponson du Terrail et de Gaboriau, dont le succès fut encore supérieur à celui qu'avaient connu Eugène Sue ou d'Alexandre Dumas à la génération précédente.

Le sensationnalisme et le spectaculaire des unes est à cet égard éloquent : il marque une mutation de la presse populaire, dorénavant ordonnée selon les impératifs d’information et de distraction.

L'Importance du Supplément Illustré

Son supplément hebdomadaire renforce sa popularité par l'emploi de couvertures illustrées. Si Le Petit Journal a un supplément du dimanche depuis 1884, il n’est pas immédiatement illustré. Les premières vignettes apparaissent le 17 mai 1985. Encore timides, ce sont des dessins au trait de petite taille, discrètement posés en marge du texte qu’ils illustrent. Dans les années qui suivent, les vignettes de une se multiplient. Le 29 novembre 1890, le supplément du dimanche devient le « supplément illustré ».

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D’un format pratique à la lecture (demi-format 40×30 cm), Le Petit Journal doit son succès à ce supplément illustré qui informe les Français par l’illustration. Ce fonds iconographique est extrêmement précieux pour l’étude des mentalités de la période puisqu’il est essentiellement agencé autour du fait divers.

L'Âge d'Or et les Mutations du "Petit Journal"

Malgré quelques crises - Girardin en prit le contrôle en 1873 -, son audience ne cessa d'augmenter et aucun de ses concurrents ne put mettre sa suprématie en cause ; son tirage atteignit 500 000 exemplaires en 1878, 1 million en 1890. Des publications hebdomadaires annexes accroissaient sa prospérité : la plus célèbre fut son Supplément illustré en couleurs, dont les images offrent un très pittoresque exemple des curiosités et de l'idéologie populaire de la fin du siècle.

En 1920, pour son dernier numéro de l’année, le Supplément illustré change de nom pour devenir Le Petit Journal illustré. Mais Le Petit Journal a vécu son âge d’or. Après la victoire, la presse parisienne se heurte à une concurrence de plus en plus rude, venue des quotidiens de province.

L'Affaire Dreyfus et le Virage Nationaliste

Après 1900, les tirages commencèrent à stagner puis à décroître : Le Petit Parisien, mieux géré et qui sut éviter de prendre parti dans l'affaire Dreyfus, devint le plus grand journal français. Ernest Judet (1851-1943) plaça Le Petit Journal dans le parti antidreyfusard et le rallia à la cause nationaliste.

Un événement politique majeur fait à plusieurs reprises la une du Supplément illustré : l’Affaire Dreyfus. Zola est poursuivi pour avoir diffamé l’armée à travers son article « J’accuse… ! », paru dans L’Aurore le 13 janvier 1898.

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La Première Guerre Mondiale et la Censure

La Première guerre mondiale impose à tous les titres une censure dont la plupart s’accommode. Les informations officielles sur l’état du front sont partielles et biaisées. D’où les excès d’optimisme chauvins des premiers mois de guerre. Ce discours exagérément optimiste, laissant les journalistes à la solde de la propagande officielle, porte pourtant ses fruits.

Cette une de février 1915 montre une famille allemande à table, contrainte de se nourrir du pain de rationnement K. K. Avec l’illustration de plus en plus présente dans les journaux dès la fin du 19e siècle, le traitement de l’information se diversifie. Si les couvertures du Supplément Illustré du Petit Journal se veulent saisissantes, elles délivrent également, sous une forme imagée, des informations parfois complexes. Ce comparatif du coût des dernières guerres, montrant les combattants de 14-18 totalement accablés, ne préfigure-t-il pas le traitement infographique de l’information en vogue encore de nos jours ?

Déclin et Disparition

Le Petit Journal ne tirait plus qu'à 850 000 exemplaires en 1914, et qu'à 400 000 en 1919. Malgré les commandites successives de Loucheur, puis de Patenôtre, la décadence s'accentua dans l'entre-deux-guerres. En 1937, il devient l'organe du Parti social français, parti de droite conservatrice et nationaliste. Replié à Clermont-Ferrand en 1940, il est supprimé en 1944.

"Le Petit Journal" et la Société Française

Entre la Belle époque et la Seconde guerre mondiale, la presse française connaît un véritable âge d’or. Tout le monde, ou presque, lit un quotidien, ou son supplément hebdomadaire. Les tirages sont fabuleux. La conquête de nouveaux lecteurs passe aussi par l’organisation ou le parrainage d’événements sportifs.

Reflet des Préoccupations de l'Époque

Par là même, cette presse reflète les préoccupations de l’époque relatives à l’insécurité. Les attentats anarchistes, qui défrayent la chronique des années 1890-1900 sont largement représentés parmi les unes du Supplément illustré au Petit Journal. La vague d’attentats anarchistes aura des répercussions sur la presse puisque la troisième des lois dites « scélérates », votée le votée le 28 juillet 1894, interdit au mouvement anarchiste tout type de propagande, et notamment la publication de journaux.

Le Gendarme Vu par "Le Petit Journal"

Le Petit Journal joue un rôle particulier dans la création du mythe du gendarme. À destination d’un public populaire, il fait beaucoup pour asseoir la réputation de courage et de probité des militaires de la gendarmerie en vantant leurs exploits. Ses unes exaltent leurs faits d’armes. Les dessins sont hauts en couleur et très expressifs comme des images d’Épinal. Ils donnent une vision de l’ordre qui rassure ce public, souvent la première victime de l’insécurité tout en collant à ses valeurs.

Voir le gendarme au prisme du Petit Journal, c’est plonger dans une période singulière, par le biais d’un grand quotidien. Avant même que d’en faire la lecture, élargissons l’angle d’approche et commençons par rappeler en quoi consiste le métier de gendarme « modèle 1900 ». La gendarmerie, arme d’élite, corps indispensable à la sécurité publique, fait l’objet de plusieurs présentations officielles par voie de presse.

Diversification du Lectorat

Riches en illustrations, chroniques, romans feuilletons et faits divers, les suppléments illustrés des principaux quotidiens visent aussi les femmes, et parfois même les enfants, grâce à des jeux et de belles images.

Héritage et Portée du "Petit Journal"

Le Petit Journal en est l’exemple type puisqu’il connaît rapidement un vif succès populaire. Fondé le 1er février 1863 par Moïse Millaud, il atteint rapidement des tirages élevés qui culminent à un million d’exemplaires vers 1890 pour la présentation du portrait du président Sadi Carnot et de son épouse. Cette date correspond à l’utilisation de la rotative Marinoni, qui permet de multiplier le nombre des tirages. Les ventes du quotidien à cinq centimes sont réalisées principalement en province, grâce à un large réseau de colportage et de diffusion (près de vingt mille points de vente en France sous la Troisième République). Le seul Supplément illustré du Petit Journal, publié le dimanche et vendu un sou le numéro, culmine au début du siècle à plus d’un million d’exemplaires.

L’exercice proposé permet d’aborder la mutation de la presse sous la 3ème République avec la naisssance et l’essor de journaux populaires à grand tirage, à travers le cas du Petit Journal. Il s’agit de mettre en activité les élèves, individuellement ou en petit groupe, par l’étude et l’analyse de documents de différentes natures. Cette étude peut bien sûr être adaptée en ne proposant aux élèves que le texte qui contient l’essentiel des informations. Le questionnement est précis et doit permettre lors de la correction en classe un approfondissement de certains aspects.

L'Avènement de la Presse de Masse

Afin de répondre à la demande, le quotidien, en 1867, adopte la rotative Marinoni : les machines, mises en batterie, impriment chacune 20 000 feuilles à l’heure. Deux ans plus tard, en pleine affaire Troppmann (un jeune assassin massacre une famille de huit personnes), Le Petit Journal écoule chaque jour jusqu’à 430 000 exemplaires, soit dix fois plus que ses rivaux. À la veille de la Grande Guerre, quatre quotidiens à un sou frôlent ou dépassent le million d’exemplaires : Le Petit Journal, Le Journal, Le Matin et Le Petit Parisien, plus fort tirage de la planète (1,3 million d’exemplaires). En 1914, avec près de 10 millions d’exemplaires quotidiens, la presse quotidienne française est devenue la première en Europe, la deuxième dans le monde après les États-Unis. On compte près de 80 quotidiens à Paris, près de 240 en province.

Un Modèle Implémenté par d'Autres Titres

Bien sûr, le succès du Petit Journal a aiguisé des appétits. Mais les débuts du Petit Parisien (1876) ou du Matin (1884) sont, pour le moins, difficiles. En 1880, le premier plafonne à 50 000 exemplaires, alors que son modèle atteint les 600 000. Quant au Matin, il demeure longtemps marginal. En vérité, dans les années 1880, la presse quotidienne reste dominée par les titres politiques, classiques sur le fond mais bénéficiant de la toute nouvelle liberté républicaine (telles La Lanterne ou La Petite République). Or, tout change brusquement dans les deux ou trois décennies qui suivent. Les tirages du Petit Parisien et du Matin s’envolent, rejoints même, en 1892, par ceux d’un nouveau quotidien, Le Journal.

La Conquête de la Province

Mais si la presse parisienne triomphe, c’est qu’elle parvient à conquérir la province : un quotidien national comme Le Petit Parisien réalise l’exploit d’arriver dans les plus petits bourgs en même temps que les journaux locaux et de fournir au lecteur des informations souvent plus fraîches et plus fiables qu’eux, grâce à ses correspondants et ses pages départementales.

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