Introduction
L'égalité des chances commence dès le plus jeune âge, et l'investissement social dans la petite enfance est un levier essentiel dans la lutte contre les inégalités sociales et pour l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Terra Nova plaide depuis de nombreuses années pour le renforcement des politiques publiques en faveur de la petite enfance. Le gouvernement s'est engagé à créer 100 000 places supplémentaires d'ici 2027 et 200 000 à l'horizon 2030 afin de « garantir l’accueil de chaque jeune enfant », mais le secteur de la petite enfance est aujourd'hui en sous-effectif constant, ce qui rend ces objectifs inatteignables. Pour pallier le manque de personnel, anticiper les départs et répondre à la demande de place dans les années qui viennent, il est primordial de former de nombreux professionnels. Mais les formations aux métiers de la petite enfance sont peu attractives et trop peu d’étudiants en sortent diplômés chaque année. Une crèche sur deux souffre d’un poste non pourvu dans son équipe. Deux métiers sont particulièrement touchés par cette pénurie : les auxiliaires de puériculture (AP) et les éducateurs de jeunes enfants (EJE).
Un Secteur en Croissance Face à des Défis Majeurs
Le secteur de la petite enfance en France connaît une croissance exceptionnelle, avec plus de 400 000 professionnels dédiés à l’accompagnement des enfants de 0 à 6 ans. Cette dynamique s’explique par un besoin croissant de structures d’accueil et par les départs massifs à la retraite qui touchent le secteur. Actuellement, nous observons 10 000 postes à pourvoir uniquement en crèche, tandis qu’une crèche sur deux recrute activement. La petite enfance regroupe des métiers variés, allant des postes accessibles sans diplôme, comme assistant·e maternel·le ou auxiliaire de puériculture, aux fonctions qualifiées et d’encadrement, comme EJE ou directeur·rice de crèche.
Pénurie de Personnel Qualifié : Un Obstacle Majeur
Le rapport de la Mission Flash de l’Assemblée nationale estime à 10 000 le nombre de professionnels manquants dans le secteur aujourd’hui. Près de la moitié des assistantes maternelles en activité partiront à la retraite d’ici 2030, soit environ 120 000 personnes. De nombreux professionnels quittent le secteur après quelques années, en raison de la faible rémunération, de la pénibilité physique et mentale, des flux tendus qui empêchent les équipes de suivre des formations continues et de la course à l’équilibre économique induite par de nouveaux modes de financement.
Le manque d’intérêt pour ces filières a des impacts sur le recrutement dans les crèches et la vacance de postes. Deux métiers sont particulièrement touchés par cette pénurie : les auxiliaires de puériculture (AP) et les éducateurs de jeunes enfants (EJE). Le manque d’EJE et le nombre insuffisant d’instituts de formation est tout aussi préoccupant. Les centres de formation sont trop peu nombreux, et pourtant ils ne sont pas tous pleins, en cause, la question du coût et du financement des études.
Les Métiers de la Petite Enfance : Diversité et Rôle Social
La petite enfance regroupe des métiers variés, allant des postes accessibles sans diplôme, comme assistant·e maternel·le ou auxiliaire de puériculture, aux fonctions qualifiées et d’encadrement, comme EJE ou directeur·rice de crèche. L’assistant maternel agréé figure parmi les métiers les plus recherchés actuellement. Ces professionnels accueillent de 1 à 4 enfants à leur domicile, offrant un cadre familial personnalisé qui respecte les rythmes individuels. Environ 120 000 assistants maternels devront être recrutés d’ici 2030 pour compenser les départs.
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L’auxiliaire de puériculture intervient auprès d’enfants de 0 à 18 ans dans diverses structures : crèches, centres de PMI, hôpitaux ou instituts médico-éducatifs. Cette profession combine soins d’hygiène, activités d’éveil et accompagnement des familles. L’Accompagnant Éducatif Petite Enfance (AEPE), anciennement agent de crèche, constitue le socle professionnel du secteur. Ce métier polyvalent permet de travailler en crèche, école maternelle ou à domicile. L’Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles (ATSEM) assiste l’enseignant en maternelle pour l’accueil, l’animation et l’hygiène des enfants. C’est un métier qui offre un rythme calqué sur le calendrier scolaire. L’Éducateur de Jeunes Enfants (EJE) joue un rôle clé dans le développement global des enfants de 0 à 7 ans. Ce professionnel conçoit et met en place des activités éducatives, artistiques et culturelles adaptées à chaque âge.
L’impact sociétal de ces professions dépasse largement le simple aspect économique. Ces métiers contribuent directement à la cohésion sociale et à la lutte contre les inégalités des chances, tout en permettant aux parents de concilier harmonieusement vie professionnelle et familiale.
Un Secteur en Évolution : Vers une Meilleure Qualité d'Accueil
Jusqu’à récemment, la politique de la petite enfance a souvent été pensée comme une politique au service des familles dans une logique essentiellement quantitative et capacitaire qui se préoccupait peu des conditions de travail des professionnels. Des mesures de dérogations et d’urgence ont été mises en œuvre afin de permettre l’embauche de personnels peu ou pas qualifiés, ce qui a eu des conséquences souvent contraires aux effets attendus.
De nombreux rapports et enquêtes ont mis en lumière le lien indissociable entre qualité de l’accueil des enfants, d’une part, et, de l’autre, qualité des conditions de travail et reconnaissance des professionnels. Pour pouvoir s’occuper au mieux des enfants, public particulièrement dépendant et vulnérable, les professionnels doivent être correctement formés et rémunérés, en nombre suffisant dans un environnement de travail sain et stable. L’objectif de socialiser les enfants avant leur scolarisation est désormais affiché comme aussi important que la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle pour les parents.
Améliorer les Conditions de Travail et la Qualité de la Formation
Face à ces défis, plusieurs propositions émergent pour améliorer les conditions de travail, la qualité de la formation et l'attractivité des métiers de la petite enfance.
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Propositions pour un Secteur Plus Attractif et Performant
Améliorer les conditions de travail :
- Mettre en place des dispositifs de matching intégrant le lieu de travail du salarié et son lieu d’habitation afin de réduire les trajets domicile-travail des salariés.
- Aligner les obligations de qualification des professionnels des micro-crèches sur celles des autres établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) et rendre obligatoire dans les micro-crèches la présence d’au moins 1 ETP de personnel diplômé.
- Augmenter le temps d’équipe et la préparation pédagogique, formaliser le temps hors enfant et imposer une fermeture anticipée hebdomadaire par unité d’accueil, mettre en place une journée pédagogique à intervalle régulier et au moins une séance mensuelle d’analyse de la pratique par professionnel.
- Plafonner le travail en intérim en début de carrière afin de stabiliser les équipes et d’assurer une continuité pour les enfants.
Améliorer la qualité de la formation initiale et continue :
- Créer un cadre national de formation pour uniformiser les enseignements et y ajouter plus de pratiques, plus de stages, basé sur un référentiel national clair et régulièrement actualisé et sur la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant.
- Intégrer les avancées en sciences cognitives et les nouvelles connaissances sur les besoins fondamentaux de l’enfant.
- Investir dans la formation initiale et continue sur le développement précoce dans toutes ses dimensions (communication, langage, motricité, régulation émotionnelle, attachement), avec les « 1000 jours » comme socle commun, de tous les professionnels travaillant auprès de jeunes enfants.
- Créer des bourses pour inciter les étudiants à se diriger vers ces formations, sous réserve d’exercer ensuite durant plusieurs années.
- Instaurer une formation obligatoire à l’entrée en EAJE, pour le personnel « qualifié » (notamment les titulaires d’un CAP).
- Créer un diplôme de niveau bac dans la filière éducative dédié à l’accueil de jeunes enfants entre le CAP AEPE et le diplôme d EJE.
- Multiplier les passerelles de formation pour que ceux qui entrent avec peu de qualifications puissent obtenir les qualifications nécessaires. Créer un socle commun de formation aux métiers du « prendre soin » afin de favoriser la mobilité entre les métiers et les réorientations en cours de carrière au sein d’une même famille de métiers.
- Mettre en place d’un CAP évolutif pour permettre aux AEPE de passer AP (sous réserve d’avoir 3 à 4 ans d’expérience dans leur poste).
Valoriser les métiers et améliorer les rémunérations :
- Autoriser la mise en œuvre des revalorisations salariales grâce à des accords d’entreprise et non des accords de branche.
- Imposer à toutes les branches professionnelles un socle social commun en faveur des professionnels de l’accueil du jeune enfant (rémunération minimale, temps de travail, formation, prévoyance).
- Définir les emplois repère du secteur de la petite enfance (intitulés, descriptifs, compétences associées, règles communes relatives aux passerelles entre ces emplois), les intégrer dans les classifications de branche et aider à la définition des salaires d’entrée de grille associés aux emplois repères.
- Ouvrir des plans de reconversion en milieu de carrière, entre 35 et 45 ans, lorsque l’usure professionnelle commence à se profiler ou risque de se profiler.
- Changer le regard sur ces métiers : une communication sur ces métiers devrait être faite dès le collège pour les valoriser, attirer très tôt les potentiels talents et diversifier les profils dans le secteur en attirant notamment davantage d’hommes.
Renouveler le modèle de financement des crèches :
- Supprimer ou modifier la tarification à l’activité à l’activité des crèches et rétablir une approche forfaitaire simplifiée.
- Créer une obligation de prise en charge partielle par les employeurs des frais d’accueil des jeunes enfants de leurs salariés.
Instaurer davantage de contrôles dans l’ensemble des EAJE :
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- Intégrer dans le schéma pluriannuel de maintien et de développement de l’offre d’accueil du jeune enfant des obligations d’évaluation de la qualité d’accueil dans les établissements a minima tous les deux ans.
Les Cercles de Parents : Un Soutien Précieux à la Parentalité
Depuis 2022, les Cercles de parents accompagnent et guident les familles pendant les trois premières années de vie de leurs enfants. Cette initiative de soutien à la parentalité, portée par Elodie Emo, le Collectif Je suis Infirmière Puéricultrice et l’UNAF, permet à chaque parent d’enfants, de la naissance à 3 ans, de bénéficier d’un temps d’échange de deux heures en tout petit groupe, animé par une infirmière-puéricultrice, jusqu’à trois fois par an, selon leurs besoins. Ces échanges sont l’occasion de faire une prévention accrue autour de la dépression post-partum, de la mort inattendue du nourrisson et du syndrome du bébé secoué. En 2024, 17 départements seront engagés pour les Cercles de parents. Malgré l’enthousiasme autour du projet, les Cercles de parents restent dépendants de financements fragiles.
Auxiliaires de Puériculture : Une Filière Spécifique aux Modes d’Accueil ?
Les auxiliaires de puériculture concentrent toutes les difficultés et toutes les frustrations. On manque cruellement de ces professionnelles indispensables au bon fonctionnement de la plupart des EAJE. La formation est relativement courte - moins d’un an (10 mois) - mais les écoles ne sont pas assez nombreuses et n’existent pas partout sur le territoire. Il semblerait que chez les acteurs et spécialistes de la petite enfance il y ait un consensus pour créer une formation d’AP à deux options : l’une débouchant sur des postes en maternité ou services de pédiatrie, l’autre en modes d’accueil.
Sylvianne Giampino est persuadée que c’est une solution « J’ai été auditionnée par la DGOS (Direction Générale de l’Offre de Soins) pour la réingénierie du diplôme d’AP qui est en chantier depuis trop longtemps. J’avais recommandé une formation commune pour les AP avec un module spécifique hospitalier et un module spécifique pour les modes d’accueil.» En attendant les écoles qui pourraient en former plus, bloquent sur cette obligation de stages en milieu hospitalier et les EAJE galèrent pour trouver les professionnels qui permettent un fonctionnement conforme aux exigences du décret de 2010.
EJE : Que Changera Parcoursup ?
Le manque d’EJE et le nombre insuffisant d’instituts de formation est tout aussi préoccupant. Les centres de formation sont trop peu nombreux, et pourtant ils ne sont pas tous pleins. En cause, le manque d’attractivité du métier peut être, mais surtout et avant tout la question du coût et du financement des études. Que va changer Parcoursup qui pour la première fois cette année concerne aussi les EJE qui jusqu’alors échappaient à ce grand mercato. Chaque centre de formation organisait ses épreuves pour recruter ses élèves.
Pour Manuel Pélissié « Parcoursup nous apportera plus de volumétrie et plus de volatilité.» D’un côté effectivement les centres de formation ont enregistré un record de demandes lors des premiers vœux. Mais difficile de dire le pourcentage qui sera confirmé et surtout de savoir à quelle place se situe le vœu concernant son établissement, d’évaluer le nombre de premiers choix.
AP et EJE : La Question Cruciale du Financement de la Formation
Quelles que soient les formations, le nerf de la guerre c’est leur financement ! Le coût des études, en formation initiale, et hors apprentissage quand elles sont dispensées dans des instituts de formation associatifs ou privés constitue un vrai frein. Pour la filière EJE -formation en 3 ans - la question est encore plus « touchy ». La marge de manœuvre des écoles est faible, car le problème est financier. Les Conseils Régionaux déterminent le nombre de places financées. Ce qui est essentiel quand on sait que la formation d’EJE revient à 18 000 € sur 3 ans environ.
Sortir de l’Impasse : Quelles Pistes Imaginer ?
Faut-il baisser la garde ? C’est-à-dire bouger le décret qui fixe les normes d’encadrement et le fameux ratio 40%-/60% ? Faire rentrer dans les 40% d’autres diplômes ? Ouvrir les crèches à de nouveaux diplômes moins spécifiques, moins qualifiés « petite enfance » ? Créer des certifications où l’expérience serait plus valorisée ? Accepter des titres professionnels (délivrés par les ministères) ou des certificats de qualification professionnelles (délivrés par les branches mais inscrites au registre national des certifications) ? Sur ce point les avis divergent. Certains regrettent ce culte du diplôme, d’autres pensent qu’on ne peut faire l’économie de personnel vraiment formé et qualifié pour s’occuper de jeunes enfants.
Chez les gestionnaires il y a consensus pour ne bouger le ratio 40%-60%. En revanche, les gestionnaires verraient d’un bon œil une ouverture vers d’autres diplômes notamment européens et la reconnaissance de certifications. Mais surtout ils militent pour la mise en place d’un CAP bonifié qui permettrait d’endiguer la pénurie d’auxiliaires de puériculture, encore une fois désignées par le décret comme pivots dans le fonctionnement opérationnel des crèches. L’idée ? Faire évoluer certains CAP AEPE. Ces CAP évolutifs (il faudrait qu’ils aient au mois 3 à 4 ans d’expérience dans leur poste) pourraient bénéficier d’un programme de formation en alternance qui déboucherait sur un super CAP, un CAP bonifié qui deviendrait un diplôme de catégorie 1.
Flexibilité des Parcours et Qualités Requises
La flexibilité des parcours est un élément distinctif clé pour accéder aux métiers de la petite enfance. Les formations s’échelonnent du CAP au diplôme d’État bac+4, avec des possibilités de VAE et de passerelles entre métiers. Il est recommandé particulièrement le CAP AEPE comme point d’entrée privilégié dans le secteur. Ce diplôme ouvre non seulement de nombreuses opportunités immédiates mais facilite également les évolutions ultérieures. Les formations d’auxiliaire de puériculture et d’éducateur de jeunes enfants nécessitent des épreuves de sélection basées sur un dossier et un entretien.
Les qualités requises transcendent les simples compétences techniques. La patience, la bienveillance, le sens de l’observation et la capacité d’écoute sont fondamentales. L’éducateur de jeunes enfants (EJE) occupe une position stratégique dans l’accompagnement des enfants de 0 à 7 ans. Ce professionnel de niveau bac+3 conçoit et anime des activités éducatives tout en soutenant les familles dans leur parentalité. Le directeur de crèche manage une équipe pluridisciplinaire et garantit un accueil personnalisé aux enfants de 3 mois à 3 ans. Cette fonction d’encadrement exige un diplôme d’État (infirmier, EJE, psychomotricien ou puériculteur) complété par 3 ans d’expérience minimum.
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