L'élevage ovin, notamment l'entretien des brebis allaitantes, requiert une attention particulière à la santé des animaux, notamment en ce qui concerne la gestion des parasites. Cet article explore en profondeur la vermifugation des brebis allaitantes, en abordant les aspects essentiels tels que les médicaments disponibles, les protocoles d'administration, les précautions à prendre et les alternatives naturelles.

Importance de la Vermifugation chez les Brebis Allaitantes

La vermifugation des brebis allaitantes est cruciale pour plusieurs raisons :

  • Santé de la mère: Une brebis infestée de parasites internes peut souffrir d'anémie, de perte de poids, de diminution de la production de lait et d'une baisse générale de son état de santé.
  • Santé de l'agneau: Les agneaux sont particulièrement vulnérables aux parasites. Une brebis non traitée peut transmettre des parasites à ses agneaux via le lait ou par contamination environnementale.
  • Productivité du troupeau: Une infestation parasitaire non contrôlée peut entraîner une diminution de la croissance des agneaux, une augmentation des coûts de traitement et une baisse de la rentabilité de l'élevage.

Comprendre les Parasites Internes des Ovins

Les ovins sont susceptibles d'être infestés par une variété de parasites internes, notamment :

  • Nématodes gastro-intestinaux: Ostertagia ostertagi (y compris les larves inhibées), Trichostrongylus spp, Cooperia onchophora, Nematodirus helvetianus, Bunostomum phlebotomum, Strongyloides papillosus, Oesophagostomum radiatum, Haemonchus contortus (y compris les larves inhibées), Cooperia curticei, Nematodirus spp., Bunostomum trigonocephalum, Strongyloides papillosus, Oesophagostomum venulosum, Chabertia ovina, Teladorsagia circumcincta.
  • Strongles pulmonaires: Dictyocaulus viviparus, Dictyocaulus filaria.
  • Cestodes: Moniezia spp.
  • Trématodes: Fasciola hepatica (grandes douves), Dicrocelium lanceolatum (petites douves).

Médicaments Vermifuges pour Brebis Allaitantes

Plusieurs médicaments vermifuges sont disponibles pour les brebis allaitantes. Il est essentiel de choisir un produit adapté et de respecter scrupuleusement les instructions du fabricant et les conseils du vétérinaire. Voici quelques principes actifs couramment utilisés :

  • Fenbendazole: Ce principe actif est présent dans des médicaments tels que le Fenbendazole 25 mg. Il est efficace contre les nématodes gastro-intestinaux et les strongles pulmonaires. La posologie recommandée est de 5 mg de fenbendazole par kg de poids vif, en administration unique, soit 2 mL de suspension par 10 kg de poids vif. Il est important de noter que le temps d'attente pour la viande et les abats est de 16 jours, et pour le lait, de 8,5 jours.
    • Chaque mL contient : Substance active : Fenbendazole 25 mg. Excipients : Alcool benzylique (E1519) 4,835 mg, Parahydroxybenzoate de méthyle sodique (E219) 2,000 mg, Parahydroxybenzoate de propyle sodique 0,216 mg, Acide citrique, Silice colloïdale anhydre, Carmellose sodique (E466), Citrate de sodium, Povidone K25, Eau purifiée.
  • Albendazole: Ce principe actif est présent dans des médicaments tels que l'Albendazole 19 mg. Il est efficace contre les nématodes gastro-intestinaux, les strongles pulmonaires, les cestodes et les trématodes. La posologie varie en fonction du parasite ciblé : 3,8 mg d'albendazole par kg de poids vif pour les nématodes gastro-intestinaux, les strongles pulmonaires et les cestodes; 7,5 mg d'albendazole par kg de poids vif pour les grandes douves (adultes); et 15 mg d'albendazole par kg de poids vif pour les petites douves (adultes). Les temps d'attente varient en fonction de la posologie: pour la viande et les abats, 5 jours à la posologie de 3,8 mg/kg ou 7,5 mg/kg, et 10 jours à la posologie de 15 mg/kg; pour le lait, 4 jours à la posologie de 3,8 mg/kg ou 7,5 mg/kg, et 6 jours à la posologie de 15 mg/kg. L'albendazole est contre-indiqué chez la femelle gestante pendant le premier tiers de la gestation en raison de son effet tératogène.
    • Chaque mL contient : Substance active : Albendazole 19 mg. Excipients : Acide benzoïque (E 210) 1.8 mg, Sorbate de potassium (E 202) 1.5 mg.

Précautions d'emploi des vermifuges chimiques

  • Résistance: L'utilisation trop fréquente et répétée d'anthelminthiques de la même classe sur une trop longue durée peut entraîner le développement de résistances parasitaires.
  • Sous-dosage: Un sous-dosage, dû à une sous-estimation du poids corporel, à une administration incorrecte du produit ou à un défaut de calibration du dispositif de dosage, peut également favoriser le développement de résistances.
  • Tests de résistance: En cas de suspicion de résistance aux anthelminthiques, il est recommandé de réaliser des tests appropriés, tels que le test de réduction de comptage des œufs fécaux.
  • Alternance des classes pharmacologiques: Si les tests suggèrent une résistance à un anthelminthique particulier, il est conseillé d'utiliser un anthelminthique d'une autre classe pharmacologique ayant un mode d'action différent.
  • Grossesse: L'utilisation de certains vermifuges est contre-indiquée pendant le premier tiers de la gestation. Il est donc crucial de vérifier la compatibilité du produit avec la gestation avant de l'administrer.

Protocole de Vermifugation des Brebis Allaitantes

Un protocole de vermifugation efficace doit prendre en compte plusieurs facteurs :

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  1. Diagnostic: Avant de vermifuger, il est recommandé de réaliser une coproscopie pour identifier les parasites présents et évaluer le niveau d'infestation.
  2. Choix du vermifuge: Le choix du vermifuge doit être basé sur le diagnostic, le stade de lactation de la brebis et les éventuelles résistances parasitaires connues dans la région.
  3. Posologie: La posologie doit être respectée scrupuleusement, en tenant compte du poids vif de l'animal.
  4. Administration: Le vermifuge doit être administré correctement, en utilisant un pistolet doseur propre et correctement étalonné.
  5. Rotation des vermifuges: Pour limiter le développement de résistances, il est conseillé de pratiquer une rotation des vermifuges en utilisant des produits de classes pharmacologiques différentes.
  6. Suivi: Après la vermifugation, il est recommandé de réaliser une nouvelle coproscopie pour vérifier l'efficacité du traitement.

Conseils pratiques pour l'administration du vermifuge

  • Précision du poids: Afin de garantir une posologie appropriée, le poids corporel doit être déterminé aussi précisément que possible.
  • Matériel adapté: Utiliser un pistolet doseur propre et correctement étalonné.
  • Technique d'administration: Pour éviter le gaspillage, certains éleveurs utilisent une seringue avec une canule qu'ils enfoncent délicatement au fond de la gueule de l'animal.
  • Calme et douceur: Manipuler les animaux avec calme et douceur pour réduire le stress et faciliter l'administration du médicament.

Alternatives Naturelles à la Vermifugation Chimique

En complément ou en alternative aux vermifuges chimiques, il existe des solutions naturelles qui peuvent aider à contrôler les infestations parasitaires chez les brebis allaitantes. Ces solutions sont basées sur l'utilisation de plantes, d'huiles essentielles et d'autres substances naturelles ayant des propriétés antiparasitaires.

Plantes et huiles essentielles

  • Plantes à tanins: Les plantes riches en tanins, comme le sainfoin, ont un effet favorable sur l'immunité générale et le parasitisme digestif. Elles contribuent à créer un milieu digestif défavorable aux parasites et diminuent l'éclosabilité des œufs de parasites.
  • Plantes aromatiques: Les plantes aromatiques, comme l'ail des ours, ont également des propriétés antiparasitaires.
  • Huiles essentielles: Certaines huiles essentielles, comme l'huile essentielle d'ail, peuvent être utilisées comme vermifuges naturels. L'huile essentielle d’ail (0,4 mL par agneau; 1mL par veau) diluée à environ 10% dans une huile végétale de courge, administrée 3 jours de suite, si possible autour de la pleine lune ou de la nouvelle lune, suivie d'une dose laxative de chlorure de magnésium le 4° jour.
  • Aromathérapie: L’aromathérapie proposée doit être réalisée de façon répétée, et sans attendre que les cas s’aggravent. Utilisation d’H.E. d’écorce de Cannelle (famille chimique des aldéhydes aromatiques) et H.E. Girofle (phénol). Pour les animaux non gestants, on peut ajouter l’H.E. d’armoise blanche (Artemisia herba alba, cétone). Brebis et chèvres : 0,1 ml de chaque Huile Essentielle diluée dans 4 ml d’huile de tournesol par brebis ou par chèvre, le matin avant le repas, 3 jours de suite. Vaches : 0,5 ml de chaque Huile Essentielle diluée dans 20 ml d’huile de tournesol par vache, le matin avant le repas, 3 jours de suite.

Autres approches naturelles

  • Gestion du pâturage: Une conduite raisonnée du pâturage, avec des temps de séjour courts sur les parcelles, des rythmes de rotation adaptés, un chargement d'animaux à l'hectare approprié et des temps de repos suffisants, peut contribuer à réduire la contamination parasitaire.
  • Compléments alimentaires: Des compléments alimentaires spécifiques peuvent aider à prévenir les carences minérales et à soutenir les animaux en périodes de stress ou lors de changements alimentaires, renforçant ainsi leur résistance aux parasites.
  • Phytonutrition fonctionnelle: L'utilisation de phytonutriments, présents dans les plantes et les huiles essentielles fonctionnelles, peut activer les compétences biologiques physiologiques qui permettent à l'animal d'être plus résistant face aux parasites.

Précautions avec les alternatives naturelles

Il est important de noter que les alternatives naturelles peuvent être moins efficaces que les vermifuges chimiques en cas d'infestation massive. Il est donc essentiel de surveiller attentivement l'état de santé des animaux et de consulter un vétérinaire en cas de besoin.

Importance de la Nutrition et des Oligo-éléments

Une alimentation équilibrée et de haute qualité est indispensable pour garantir la santé, la productivité et le bien-être des ovins et des caprins. Une nutrition adaptée est essentielle pour renforcer leur immunité, favoriser leur croissance optimale et maximiser leur rendement laitier ou leur production de viande.

Rôle des oligo-éléments

Les oligoéléments agissent directement sur la mère (contractions utérines, métrites, production lait, avortement,… santé générale) et sur ses petits : adaptation à la vie extra-utérine, réchauffement, protection du poumon (surfactant), assimilation des anticorps du colostrum, résistance aux maladies, … Si la mère est en carence, elle ne peut pas en donner activement à ses petits qui seront donc moins vigoureux et plus sensibles au microbisme ambiant dès leur naissance. Il est donc indispensable de faire une cure en fin de gestation afin de permettre à la vache/brebis/chèvre d’en transférer suffisamment à son veau/agneau/chevreau : soit par des apports sous forme de granulés soit en bolus. Parmi les oligo-éléments importants figurent le sélénium, qui joue un rôle important dans les fonctions de reproduction, le réflexe de succion, la fonction thyroïdienne et la production d’anticorps. Ces fonctions sont liées à la présence d’iode.

Alimentation en fin de gestation

Les 4 à 6 dernières semaines de gestation sont une période charnière pour assurer la santé générale du troupeau, la reprise des cycles de reproduction ainsi qu’une bonne lactation. Le développement des fœtus (70 à 80 % du poids de la portée durant le dernier mois) accroît fortement les besoins des femelles sur cette période (+30 à 40%). Or, la capacité d’ingestion de la mère diminue, conséquence de la croissance même des fœtus. Pour éviter qu’elle ne puise dans ses réserves corporelles, il faut adapter l’alimentation pour couvrir ses besoins spécifiques en énergie, azote, oligo, vitamines et minéraux durant cette période. Le rationnement des fourrages encombrants est particulièrement conseillé à ce stade physiologique pour éviter les prolapsus du vagin. Aussi, il convient d’équilibrer la ration avec un apport de concentré, en fonction de la ration de base, du poids vif des animaux et du niveau de prolificité attendu. En effet, des déficits en fin de gestation peuvent conduire à un risque de mortalité pour les laitières.

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Gestion globale de la santé du troupeau

La vermifugation n'est qu'un aspect de la gestion de la santé du troupeau. Il est important de mettre en place une approche globale, comprenant :

  • Surveillance régulière: Observer attentivement les animaux pour détecter les signes de maladie ou d'infestation parasitaire.
  • Hygiène: Maintenir une bonne hygiène dans les bâtiments et les pâturages pour réduire la contamination.
  • Vaccination: Mettre en place un programme de vaccination adapté aux risques régionaux.
  • Bilan sérologique: En cas d'avortement, réaliser un bilan sérologique des maladies abortives.
  • Consultation vétérinaire: Consulter régulièrement un vétérinaire pour obtenir des conseils adaptés à votre élevage.

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