L'histoire des biscuits LU est intimement liée à la ville de Nantes. Ce qui était autrefois une usine florissante est aujourd'hui un haut lieu de création contemporaine, un lieu emblématique qui a su se réinventer au fil des décennies. Le Lieu Unique, ancien berceau des célèbres Petits Beurres et Paille d’Or, célèbre ses 25 ans et invite à redécouvrir son histoire riche et sa programmation culturelle.

De l'Usine à Biscuits au Lieu Culturel : Une Transformation Réussie

Construite en 1895, l'usine Lefèvre-Utile employait autrefois plus de 1000 ouvriers. La maison LU, déjà visionnaire, soignait chaque détail, même dans ses biscuits : le Petit Beurre a quatre coins pour les saisons, 52 dents pour les semaines et 24 trous pour les heures. Dans les années 80, la production est délocalisée, laissant l'usine vacante. C'est alors qu'un squat culturel s'y installe, investi par des compagnies comme Royal de Luxe et des événements comme le festival Les Allumées.

En 1986, LU quitte l'usine du quai Baco pour La Haye-Fouassière. Le 1er janvier 2000, le Lieu Unique s'installe dans les murs de l'ancienne biscuiterie, transformant ses grands entrepôts et ses salles aux murs bétonnés en un lieu de création artistique contemporaine. Le Lieu Unique est un lieu de prédilection de la scène française, où l'inattendu et la surprise sont de mise. On peut y dîner, assister à des pièces modernes, visiter la tour et admirer Nantes à 360 degrés grâce au paragyre. L'espace est modulable grâce aux cloisons de Patrick Bouchain.

L'effervescence intellectuelle qui anime aujourd'hui le Lieu Unique n'est pas nouvelle. Elle était déjà présente à l'époque de Louis Lefèvre-Utile, industriel visionnaire de la fin du XIXe siècle. Son génie résidait dans ses idées novatrices, son audace, sa passion, ses partenaires fiables, le renouvellement constant de ses créations et sa collaboration avec ses ouvriers. Louis Lefèvre-Utile a consacré sa vie à l'entreprise familiale, écrivant ainsi l'une des plus belles sagas industrielles de la région.

Les Racines Suisses de la Gourmandise Nantaise

Au XIXe siècle, une véritable "colonie" de Suisses s'était établie à Angers, exerçant leurs talents dans le domaine de la gastronomie. La rue Saint-Aubin en comptait jusqu'à cinq. Le plus célèbre était situé au 53, dans le haut de la rue. Des paysans grisons, originaires de Suisse, quittaient leurs montagnes pour chercher fortune en France, en Italie, en Espagne ou en Amérique. Ne pouvant plus s'enrôler dans les armées étrangères, des familles entières se tournent au XIXe siècle vers le commerce, notamment celui de bouche.

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En 1864, Antoine Cadosch est le premier de sa famille à quitter Andest, son village des Grisons, pour venir chercher fortune en France. Il s'établit dans le commerce de la tonnellerie sur l'île d'Oléron et invite son frère Christian et sa sœur Juliette à le rejoindre en France. L'entraide entre compatriotes aidant, l'un d'eux avait peut-être signalé une bonne affaire à Angers. Ils débarquent dans la capitale angevine vers 1873.

Le recensement de 1876 les signale au 53 rue Saint-Aubin comme fabricants de biscuits. L'installation est modeste, dans une ancienne échoppe de cordonnier. Christian Cadosch meurt de tuberculose en 1878. Il est remplacé par son ouvrier Jean Lerchy, venu de Flims, dans les Grisons. Jean Lerchy épouse Juliette en 1879 et fondent l'enseigne Lerchy-Cadosch. Ils ont des enfants jumeaux l'année suivante : Marie et Christian.

En 1881, les Lerchy-Cadosch achètent la maison du 53. L'affaire prospère. Jean Lerchy continue dans la voie du biscuit. En 1882, il dépose la marque "Croquantes d'Angers". Le pâtissier devient traiteur, glacier, confiseur et chocolatier. Dès 1881, son laboratoire est mécanisé grâce à la vapeur. Sa production est récompensée par de multiples médailles. L'exposition nationale d'Angers de 1895 lui décerne une médaille d'or.

Les locaux sont adaptés à l'excellence des produits : achat du numéro 55 en 1894 et aménagement d'un arrière-magasin de deux étages ; achat du 57 en 1903 et construction d'un immeuble de style Art nouveau, remplaçant les trois bicoques précédentes. En 1903, la pâtisserie Lerchy-Cadosch est à son apogée et possède une succursale à Rennes. Le magasin est orné de glaces biseautées, de stucs et de panneaux de faïence. Un grand salon de thé accueille la bourgeoisie angevine.

Christian Lerchy prend la succession paternelle en 1908. Il a épousé sa compatriote Maria Ursula Spescha. Doué comme son père, il est insouciant et gai, contrairement à son père, sérieux et travailleur. Christian régale ses amis au laboratoire, leur offre babas au rhum, pains de Gênes et petits-fours. Il se permet des "prêts à la grande aventure" et perd de grosses sommes. Il disparaît parfois pendant des mois, embarquant comme cuisinier ou saucier sur des navires. Son repentir et ses talents culinaires lui valent d'être accueilli comme "l'enfant prodigue".

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Pour préserver l'entreprise, un jugement du tribunal civil sépare juridiquement les biens des époux Lerchy-Spescha en 1925. Malgré tout, Christian ne déçoit pas la clientèle exigeante de son père. Il propose un choix fastueux : cinquante-six entremets chauds ou froids, six variétés de puddings, vingt-cinq parfums de glaces, des croquettes d'écrevisses et des galantines. Il est très demandé pour servir de petits dîners en ville.

Les restrictions de la Seconde Guerre mondiale affectent le métier. Christian Lerchy refuse de travailler avec des "ersatz". En 1941, il propose à son cousin Jean Wellinger de rapatrier son commerce de confection de Brest à Angers. À Brest, la situation est devenue intenable à cause des raids aériens alliés.

L'Ascension de LU : Innovation et Marketing Avant-Gardistes

Né en 1858, Louis Lefèvre-Utile, fils des créateurs de la marque LU, souhaite prolonger l'art pâtissier de ses parents au-delà de la simple dégustation. Ses produits connaissent un succès énorme : le Petit LU de 1886, la Paille d'Or et les audacieux Patiences, Croquignols ou Revenez-y. Leur conditionnement dans des boîtes en fer contribue à leur succès. Louis Lefèvre-Utile est l'un des premiers à comprendre l'importance de l'emballage pour la diffusion d'un produit.

Innovateur ambitieux et visionnaire, Louis Lefèvre-Utile s'inspire de l'étranger et s'entoure de personnalités qui partagent son attachement aux biscuits LU. Ses petits gâteaux trouvent leur origine dans les biscuits anglais du tea time. Lorsqu'il reprend la boutique familiale, il traverse la Manche, observe le succès des cookies britanniques, acquiert une grille à biscuits et s'installe à Nantes, quai Baco, avec quatorze ouvriers.

Pour la promotion de ses Petit LU, Louis Lefèvre-Utile fait appel à Sarah Bernhardt et engage des génies de la communication, comme Alphons Mucha ou Firmin Bouisset. Marketing et promotion commerciale reposent sur les principes que ce créateur visionnaire mettait déjà en place autour de ses biscuits.

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Louis Lefèvre-Utile s'implique et s'expose lors des expositions universelles. En 1900, sa tour en forme de boîte à biscuits, surmontée d'un phare, triomphe. À Nantes, pour améliorer la visibilité de la marque, il travaille avec l'architecte Bluyssen, qui érigera les deux tours de l'usine, face à celles du château des ducs de Bretagne.

Pour le cinquantenaire de l'entreprise, il remet à ses ouvriers leur salaire dans une petite bourse en forme de Petit LU. De quatorze, leur nombre dépasse le millier dès 1900 ! En 1937, Louis Lefèvre-Utile décide de photographier chacun de ses collaborateurs à son poste et archive précieusement ces photos.

Ainsi, entre 1886 et le début des années 1930, la marque LU s'est développée grâce à des méthodes avant-gardistes.

L'Histoire du Biscuit : De l'Antiquité à Nos Jours

Les biscuits trouvent leurs premières traces dans l'Égypte ancienne. Les Égyptiens, soucieux de conserver leurs aliments, ajoutaient du miel à leur pain et le cuisaient deux fois. Au Moyen Âge, les biscuits deviennent un indispensable des voyages maritimes. Les marins préparent des gâteaux simples à base de farine, d'œufs et d'eau, cuits deux fois pour éliminer toute trace d'humidité. En latin, panis biscotus signifie "pain cuit deux fois".

Il faut attendre le 17ᵉ siècle pour que le biscuit gagne en finesse. François de La Varenne, célèbre pâtissier français, révolutionne la préparation en codifiant la technique du "travail au ruban". En battant longuement jaunes d’œufs et sucre, il obtient une pâte plus moelleuse. De nouvelles saveurs apparaissent : vanille, chocolat, café et fourrages à la confiture. Autrefois réservé aux marins, le biscuit devient un produit de luxe apprécié dans les salons aristocratiques.

L'essor de l'industrie au 19ᵉ siècle démocratise les biscuits. L’Angleterre et la France s’imposent comme des acteurs majeurs de cette production de masse. Nantes devient le point de départ d'une "révolution biscuitière". Sa position stratégique de ville portuaire lui offre un accès privilégié à des matières premières comme le sucre de canne des Antilles. En 1886, Louis Lefèvre-Utile lance le Petit Beurre, qui devient rapidement un succès. La Biscuiterie Nantaise (BN), grande concurrente de LU, marque à son tour l'histoire avec des créations comme le Casse-Croûte BN et le Choco BN.

LU : Une Marque Indissociable de Nantes

Célèbre pour son biscuit dentelé, la marque LU et sa farandole de recettes inimitables ont souvent la préférence à l’heure du goûter. Au cours du XIXe siècle, Nantes était un port maritime et industriel où fleurissaient de nombreuses industries, notamment l’industrie agroalimentaire.

L'histoire de LU commence en 1846 avec l'arrivée à Nantes de Jean-Romain Lefèvre, pâtissier de formation. Il épouse Pauline-Isabelle Utile en 1850 et rachète le commerce pour qu’il devienne une « Fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs ». En 1882, Jean-Romain reçoit la médaille d’or lors de l’Exposition industrielle de Nantes pour la qualité de ses biscuits. La marque se distingue grâce à ses boîtes métalliques stylisées. En 1886, Louis dessine le Petit-Beurre LU Nantes.

Le 1er février 1997, Louis Lefèvre-Utile et son beau-frère Ernest Lefièvre fondent officiellement la société Lefèvre-Utile. Au début du XXe siècle, l’entreprise LU propose un catalogue de 200 biscuits. Avant la Première Guerre mondiale, l’entreprise compte 500 ouvriers et presque autant d’ouvrières. Pendant la guerre, les usines LU produisent du pain de guerre, du « hard bread ».

Après la guerre, LU se trouve en mauvaise posture à cause du vieillissement des machines et de la concurrence. Dès 1947 et grâce aux aides de l’État, l’entreprise se modernise. Au début des années 60, les produits américains menacent le marché. Cette restructuration annonce la fin de l’entreprise familiale.

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