L'œuvre intitulée "Le Berceau des Ombres" (Kolkhoze), d'Emmanuel Carrère, est une fresque familiale qui traverse le temps et l'espace, explorant les dimensions horizontales et verticales de l'expérience humaine. Ce récit, à la fois singulier et universel, s'ancre dans l'histoire d'une famille, les Carrère d'Encausse, sur quatre générations, tout en se concentrant sur la figure marquante d'Hélène Carrère d'Encausse, historienne spécialiste de l'URSS et secrétaire perpétuelle de l'Académie française.

Une Union Initiatique et un Voyage à Travers le Temps

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un jeune bourgeois bordelais croise le chemin d'une jeune fille pauvre, apatride, dont les origines aristocratiques germano-russes sont mêlées à un héritage géorgien complexe. En l'épousant, il pressent qu'il s'engage dans une voie différente de celle d'une union paisible avec une jeune bourgeoise bordelaise. Il est loin d'imaginer l'ampleur du destin romanesque et des épreuves qui l'attendent au cours des soixante et onze ans de mariage avec Hélène Zourabichvili, qui deviendra Carrère d'Encausse.

Kolkhoze : Un Rituel Familial et un Titre Évocateur

Le titre "Kolkhoze" trouve son origine dans un tendre souvenir d'enfance de l'auteur. Lorsque leur père était absent, les trois enfants de la fratrie se réunissaient le soir dans la chambre de leur mère. Marina, la plus jeune, prenait place dans le lit des parents, tandis que Nathalie et Emmanuel installaient leurs matelas ou des coussins autour du lit. Ce rituel, que leur mère avait baptisé "faire kolkhoze", était un moment privilégié de partage et de complicité.

Racines Caucasiennes et Destins Croisés

Le récit ne commence pas dans le modeste appartement parisien où l'écrivain et ses sœurs ont grandi, mais bien plus loin dans le temps et dans l'espace, du côté du Caucase, berceau de "l'obscure famille Zourabichvili". Cette famille de prêtres orthodoxes était établie en Kakhétie, une région pastorale et viticole aux paysages magnifiques. C'est de cette lignée qu'est issue la mère de l'écrivain, Hélène Carrère d'Encausse (1929-2023).

Hélène Carrère d'Encausse : Figure Centrale d'une Saga Familiale

Hélène Carrère d'Encausse, historienne de renom et figure emblématique de l'Académie française, est incontestablement l'héroïne principale de ce livre. Au-delà d'un portrait juste et aimant, mais loin de toute hagiographie, l'ouvrage explore l'amplitude chronologique de son existence, de la fin du XIXe siècle à nos jours.

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Dimensions Horizontales et Verticales de la Vie

Emmanuel Carrère aspire à saisir les dimensions horizontale et verticale de la vie, à l'instar des œuvres qui le touchent le plus, telles que "Guerre et Paix", "Les Buddenbrook" ou "Kristin Lavransdatter". La dimension horizontale se manifeste dans l'amour, l'amitié et les alliances que l'on tisse au cours de l'existence. La dimension verticale, quant à elle, concerne les relations entre les générations, les parents et les enfants, les aïeux et les descendants, qui ont habité des mondes différents et partagé d'autres récits collectifs.

Un Récit Familial Universel

"Kolkhoze" est un récit familial où la singularité des destins n'empêche pas le lecteur de s'identifier aux expériences humaines universelles. Le passé côtoie le présent, l'amour et la guerre s'entrelacent, et la vie et la mort se rencontrent. La grandeur du livre réside dans sa limpidité, sa simplicité et son humanité.

La Mort, l'Amour et l'Écriture : Motifs Entrelacés

La mort, l'amour et l'écriture sont des motifs récurrents dans l'œuvre d'Emmanuel Carrère, et ils s'entremêlent à nouveau dans "Kolkhoze". L'écrivain revient sur la disparition de sa mère, Hélène Carrère d'Encausse, avec laquelle les relations n'ont jamais été faciles. Il part à la recherche de l'amour qui a pu les lier, malgré tout, et s'interroge sur l'influence de ce lien sur son œuvre.

Répétition et Intensification

Certains aspects de l'histoire familiale d'Hélène Carrère d'Encausse avaient déjà été abordés dans "Un roman russe". Carrère justifie cette répétition par la nécessité de clarifier certains éléments essentiels à la compréhension. Cependant, cette répétition n'alourdit pas la lecture, mais l'intensifie, invitant le lecteur à replonger dans les souvenirs et les émotions de l'enfance.

Un Tempo Serein et une Enquête Généalogique

Contrairement à "Un roman russe", marqué par la débâcle et la dépression, "Kolkhoze" se distingue par un tempo solide et serein. La mort de la mère, loin de paralyser l'écrivain, devient un point de départ pour une enquête généalogique plus vaste, embrassant la famille paternelle et couvrant quatre générations.

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Zones d'Ombre et Lumières

Carrère n'hésite pas à évoquer les aspects moins reluisants de sa mère, consciente qu'un portrait doit comporter des zones d'ombre. Il raconte notamment un lapsus révélateur lors d'une intervention radiophonique, où Hélène Carrère d'Encausse affirmait son amour inné pour la musique, alors qu'aucun musicien ne figurait dans sa famille, omettant ainsi de mentionner son frère, sa belle-sœur et ses beaux-parents, tous professionnels de la musique.

Honorer la Joie et la Candeur

Malgré les difficultés relationnelles, Carrère souligne qu'il a été touché par la joie et la candeur qui émanaient de sa mère. Raconter sa vie, avec ses complexités et ses contradictions, est une manière de l'honorer.

Résonances avec la Guerre en Ukraine

"Kolkhoze" entre en résonance avec la guerre en Ukraine, à laquelle l'écrivain a consacré un article et un documentaire. En se rendant sur le terrain d'Hélène, Carrère semble lancer une vaste offensive contre ce qu'on croyait savoir d'elle. C'est à ce point précis, où détruire et reconstruire ne font qu'un, que la littérature surgit.

Le Grand Amour d'une Vie

Au fil des pages, le narrateur se révèle comme un enfant qui voudrait que l'on voie sa mère telle qu'il l'a connue, ou telle qu'elle aurait pu être. Il dépeint sa froideur et sa générosité, nomme les manques et dit tout ce qu'il lui doit, à commencer par l'amour des livres et de leur exégèse. Il affirme qu'elle aura été le grand amour de sa vie.

Héritage et Mauvaise Foi

Carrère se reconnaît comme le fils de sa mère, soulignant leurs nombreux points communs, notamment la mauvaise foi. Il ironisait souvent sur le fait que sa mère mentait même lorsqu'on lui demandait l'heure. Il se demande s'il n'a pas hérité d'elle la passion d'imaginer et le goût de forcer le trait.

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Licences Poétiques et Vérité

L'auteur de "Kolkhoze" admet s'être autorisé "quelques" licences poétiques. Il est possible qu'il prenne une certaine liberté vis-à-vis du réel, ou qu'il ne nous dise pas tout, préservant ainsi un vaste hors champ. Cependant, il prétendrait que c'est pour notre bien, tout en disant la vérité.

Une Déclaration d'Amour Absolue

"Kolkhoze" est un livre d'amour pour sa mère, Hélène, puissante et bienveillante. Dix-huit ans après les turbulences d'"Un roman russe", ce récit familial et de deuil est apaisé.

"Faire Kolkhoze" : Un Secret Dévoilé

Le titre "Kolkhoze" fait référence à un rituel familial intime : lorsque le père était en voyage d'affaires, les enfants Carrère d'Encausse dormaient dans le lit de leur mère ou tout autour. La secrétaire perpétuelle de l'Académie française, surnommée "la Tzarine", était en réalité une mère poule.

Un Amour Fusionnel et un Enfant Comblé

Emmanuel est le "petit Helenou" de sa mère, et il écrit une déclaration d'amour absolue : "J'ai aimé ma mère dans mon enfance comme je n'ai jamais aimé et n'aimerai personne dans ma vie." Cet amour fut réciproque et fusionnel, notamment lors d'un congrès en Russie où elle emmène son jeune fils.

Un Adulte Tourmenté

L'enfant comblé devient un adulte tourmenté, aux pointes d'exaltation et aux catastrophes dépressives inexplicables. Il évoque sa maladie bipolaire, qui résiste à la psychanalyse.

Le Pilote Afghan et la Promesse d'une Vie

Quelques jours avant la mort de sa mère, il lui fait raconter l'histoire du "pilote afghan". Parallèlement, Joseph fabrique le berceau de sa première petite-fille, lorsqu'un coup de téléphone l'interrompt : un crash d'avion, son fils et son gendre à bord. La petite fille, elle, est sauve, grandissant dans le ventre d'une mère porteuse canadienne. Joseph, qui n'a jamais quitté sa Normandie natale, part à la rencontre de cette minuscule promesse qui prolonge l'existence de son fils, et de la jeune étrangère qui la couve.

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