Alors que la France attend la nomination d'un nouveau Premier ministre suite aux élections législatives, le nom de Laurence Tubiana émerge comme un potentiel candidat de consensus au sein du Nouveau Front Populaire (NFP). Économiste, diplomate et figure respectée dans le domaine de l'environnement, Laurence Tubiana pourrait devenir la deuxième femme Première ministre sous Emmanuel Macron.

Un nom qui fait consensus… presque

Dix jours après les résultats des élections législatives, les tractations au sein du Nouveau Front Populaire se poursuivent pour proposer un nom à Emmanuel Macron en vue de la nomination du nouveau Premier ministre. Selon France Télévisions, le Parti Socialiste, les écologistes et les communistes seraient tombés d'accord sur la candidature de Laurence Tubiana. Cependant, La France insoumise ne serait pas convaincue par ce choix. Le secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a souligné que "trois formations sur quatre" soutiennent la candidature de Laurence Tubiana, soit "une majorité de parlementaires du Nouveau Front Populaire".

Qui est Laurence Tubiana ?

Laurence Tubiana, née à Oran le 5 juillet 1951, est une universitaire, économiste et diplomate française. Elle est actuellement présidente de la Convention citoyenne pour la transition écologique. Elle est issue d’une famille algérienne juive, son père est juriste et sa mère provient d'une famille de migrants catholiques grecs. Après la guerre d’Algérie, sa famille vient vivre en France métropolitaine. Elle poursuit ses études à l’Institut d'études politiques de Paris et en sort diplômée.

Après les événements de mai 68, Laurence Tubiana s'est engagée à gauche et a rejoint la Ligue communiste révolutionnaire. Dans les années 1970, tout en se préparant pour le concours d'entrée à l'Institut national de recherche agronomique (Inra), elle a travaillé comme assistante de Lionel Jospin, alors professeur d'économie à l'IUT de Sceaux. Elle est proche de Lionel Jospin et soutient François Hollande.

Un parcours riche et diversifié

La fibre écologique de Laurence Tubiana s'est renforcée en 2001 lorsqu'elle fonde l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), dont elle assume également la direction. Dans la foulée, elle devient l’une des conseillères internationales sur l’environnement du gouvernement chinois. Elle dirige depuis 2003 la Chaire Développement durable de Science Po. Cette universitaire spécialisée dans les questions de gouvernance mondiale et de changement climatique peut se targuer d'être membre de plusieurs conseils scientifiques dans des instituts de recherche.

Lire aussi: "On n'est pas couché" : Le souvenir douloureux de Laurence Boccolini

Laurence Tubiana fut également ambassadrice pour les négociations de la COP21 en 2015 et s'était présentée à l'époque sur une liste PS-Verts dans un petit village près de Montpellier. Cependant, elle n'a jamais aspiré à une carrière politique traditionnelle : "La politique m’intéresse, mais je trouve le militantisme associatif plus gratifiant", avait-elle confié à Elle en 2015.

Une figure respectée dans le domaine de l'environnement

Respectée dans la sphère environnementale pour la force de ses convictions, Laurence Tubiana est une femme capable de nouer des compromis et dispose d’un carnet d’adresses planétaire. Les scientifiques et les associations environnementales voient dans sa candidature l’espoir que s’accélère enfin la lutte contre le changement climatique.

Mélanie Blanchetot, membre de la Convention citoyenne pour le climat, la décrit comme une "femme admirable, extraordinaire". Grégoire Fraty, également membre de la Convention, abonde dans le même sens : "C’est quelqu’un de très pro. Elle a réussi à faire travailler 150 citoyens qui venaient de tous horizons : il y avait des monarchistes, des électeurs RN, des communistes, des macronistes. Elle est parvenue à dialoguer avec tout le monde dans le consensus". Léo Cohen, qui a travaillé pendant deux ans avec elle au sein du comité de gouvernance de la Convention citoyenne, précise qu'elle "sait prendre de la distance et n’hésite pas à rester en surplomb. Elle sait déléguer et n’est pas dans l’obsession du contrôle de tout".

Le sénateur centriste Hervé Maurey juge que "c’est une femme qui connaît très bien ses dossiers. Elle est compétente, impliquée, énergique et déterminée". L’écologiste Karima Delli la considère comme "une combattante et une excellente négociatrice" et souligne qu'elle "a beaucoup d’aura à l’international : elle est une figure très respectée".

Des réticences du côté de La France Insoumise

Malgré ce large consensus, la candidature de Laurence Tubiana suscite des réticences du côté de La France Insoumise (LFI). Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a estimé que cette candidature ferait «rentrer par la fenêtre les macronistes». Certains l'accusent de proximité avec Emmanuel Macron. Le député LFI Paul Vannier indique que son mouvement n'a pas l'intention de soutenir un "profil Macron compatible" car "ce serait un renoncement au programme", "une trahison de l'engagement pris devant des millions d'électeurs".

Lire aussi: Enfants de Laurence Ferrari

Ces réticences sont également liées à une tribune cosignée par Laurence Tubiana dans Le Monde, dans laquelle elle appelait le Nouveau Front Populaire à « tendre la main aux autres acteurs du front républicain pour discuter d’un programme d’urgence républicaine et d’un gouvernement ». Pour certains membres de LFI, cette tribune est perçue comme un signe de compromission avec la majorité présidentielle.

Une absence d'expérience politique ?

Au rang de ses potentiels points faibles, certains pointent son manque d’expérience politique. Laurence Tubiana ne s’est en effet jamais engagée dans une carrière politique, et n’a jamais exercé de mandat électif. Agée de 73 ans, elle a notamment été conseillère environnement de Lionel Jospin entre 1997 et 2002, après avoir collaboré avec lui à l’IUT de Sceaux lorsque celui-ci était professeur d’économie.

C’est précisément cette « carte » société civile qu’une partie de la gauche souhaite jouer pour Matignon. Socialistes, communistes et écologistes sont en effet tombés d’accord pour faire d’elle leur candidate à Matignon.

Laurence Tubiana : un profil d'apaisement ?

Au regard du contexte politique, un profil clivant aurait du mal à s’imposer au Parlement. Karima Delli promet que Laurence Tubiana "fait partie des personnes de la société civile qui prône et permet l’apaisement. Elle l’a montré sur la question du climat, en faisant preuve de pédagogie et de patience".

Laurence Tubiana elle-même a pris la parole pour la première fois depuis que son nom a été proposé : «Je n’avais pas ça en tête, même pas une minute, il y a quelques jours, a-t-elle expliqué à l’AFP. Quand il y a une crise politique, il faut y répondre. Il y a besoin d'une personne de gauche, si cela doit être moi, je le ferai."

Lire aussi: Laurence Facelina : actrice de talent, son histoire

Une candidature déjà envisagée par le passé

Rappelons enfin que ce n'est pas la première fois que son nom circule dans les couloirs de l'Elysée. Laurence Tubiana avait déjà été citée pour remplacer Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique et solidaire. C'est finalement François de Rugy qui avait été nommé à ce poste en 2018. Puis, en 2020, elle avait été pressentie pour succéder à Edouard Philippe à Matignon après la crise du Covid-19. Par deux fois sous Emmanuel Macron, elle refusera un ministère de la transition écologique.

tags: #Laurence #Tubiana #famille

Articles populaires: