La langue maternelle, langue natale ou langue première désigne la première acquisition linguistique d’un enfant. C’est la langue de communication utilisée avec l’enfant avant qu’il n'apprenne à parler. C’est à travers les interactions de son entourage que l’enfant assimile de façon naturelle la langue entendue.
Définitions et distinctions
Il est important de distinguer plusieurs concepts liés à l'acquisition et à l'utilisation des langues. La langue maternelle, souvent considérée comme synonyme de langue natale, est la première langue qu'un enfant apprend naturellement, sans enseignement formel. Elle est intimement liée à l'environnement familial et social de l'enfant. À l'inverse, une L2 (langue seconde) est une langue étrangère apprise après la langue maternelle, généralement dans un contexte scolaire ou par immersion.
Un locuteur francophone peut être catégorisé comme majoritaire ou minoritaire. Un francophone majoritaire est un individu vivant dans un lieu exclusivement francophone, comme un Français vivant en France avec des parents français et parlant français 100 % du temps. À l'opposé, un francophone minoritaire est un locuteur dont l’exposition et la pratique de la langue sont restreintes, comme les Franco-Ontariens qui peuvent parler français à la maison mais évoluent dans un milieu anglophone le reste du temps.
Acquisition de la langue maternelle en milieu majoritaire
En milieu majoritaire, l'acquisition de la langue maternelle se fait de manière intensive et naturelle. Pour apprendre le français en milieu majoritaire, les enfants L1, à 6 ans, ont déjà bénéficié d’un peu plus de 20 000 heures de pratique orale de la langue, ce qui est très conséquent. Ils arrivent à l’école en maîtrisant la langue orale, les différents registres (vulgaire, familier, rare, etc.), la prononciation et le vocabulaire de base. Ils apprennent à parler puis à écrire, en faisant le lien entre l’oral et l’écrit.
Cette immersion précoce et constante permet aux enfants d'acquérir une maîtrise intuitive de la langue, incluant le vocabulaire, la grammaire et les subtilités de la prononciation. Le cerveau stocke les informations d’après la fréquence d’input et d’exposition et crée un système de probabilité.
Lire aussi: Comprendre pourquoi bébé tire la langue
Acquisition de la langue maternelle en milieu minoritaire
Apprendre une langue seconde ou une langue maternelle dans un autre pays correspond à une situation différente. Le nombre d’heures d’exposition à la langue est en effet différent. Même si les parents sont francophones et qu’ils parlent français toute la journée, ils sont amenés, pendant une période de temps, à parler une autre langue. De la même manière, le nombre de personnes avec lequel l’enfant parle le français est limité. Les situations d’acquisition sont différentes. En milieu minoritaire, même si les apprenants maîtrisent la langue, cette langue orale est limitée par rapport à des francophones majoritaires, à tous les niveaux : vocabulaire ; registre de langue ; grammaire ; etc.
Par exemple, les enfants scolarisés dans une école francophone en Ontario, tout en parlant français à la maison, peuvent être exposés à l'anglais à la récréation et en dehors de l'école. Le résultat de cette exposition à la langue est très conséquent. Par exemple, les enfants commettent des erreurs de genre, de conjugaison ou de pronom, avec une forte influence de l’anglais.
Le rôle de la fréquence et de la répétition
Le modèle basé sur l’usage, selon les études menées en psychologie et en linguistique appliquée, montre que le cerveau stocke les informations d’après la fréquence d’input et d’exposition et crée un système de probabilité. Par exemple, lorsqu’il acquiert un verbe, il apprend également le type de sujet associé à ce verbe, la nécessité de la présence d’un complément, d’un COI ou d’un COD, le temps et le mode le plus souvent associés. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre un mot mais toutes les caractéristiques allant avec ce mot. A cette fin, celui-ci doit être vu dans différents contextes, pour que le cerveau puisse extraire toutes les règles associées et créer une banque de données, comprenant des items. Une fois que les items stockés sont suffisamment nombreux, le cerveau commence à constituer des catégories abstraites.
Plus les locuteurs ont été en contact avec la langue, plus leur production de liaisons est élevée : 97,5 % pour les locuteurs venant de France ; 94,8 % pour les locuteurs venant de pays africains, qui parlent le français à l’école et une langue africaine à la maison. Après une heure de cours de prononciation, un delta de cinq à dix minutes de répétition aboutit à des différences dans la production des apprenants.
Les apprenants peuvent apprendre des règles mais continuer à faire des erreurs ou mélanger les règles. Même certaines qui paraissent simples (telles que le -s du pluriel) ne sont pas acquises facilement. Le cerveau ne fonctionne pas en termes de règles abstraites et conscientes mais de règles inconscientes. Pour pouvoir arriver à la maîtrise de règles inconscientes, les répétitions doivent avoir été très nombreuses.
Lire aussi: Causes et traitements de la scarlatine
Implications pour l'enseignement des langues
En milieu majoritaire, les enfants bénéficient d’une pratique intensive de la langue mais en pays non francophone, l’exposition à la langue et la pratique sont limitées. La fréquence et la répétition étant nécessaires pour acquérir des structures, en salle de classe, il sera nécessaire de compenser cet environnement manquant. En répétant de nombreuses fois les items et les structures, l’apprentissage a plus de chance de se faire naturellement. Beaucoup de répétitions sont nécessaires pour chaque item et un grand nombre d’items sont nécessaires pour obtenir une banque de données complète. Il vaut mieux présenter une règle simple mais fournir beaucoup d’exemples et de pratiques plutôt que de longues explications.
Pour la grammaire, l’idéal est, dans un premier temps, de présenter une structure en contexte, ce qui permet des répétitions visuelles : par exemple, la petite fille a mangé de la pizza ; le bébé a mangé de la pastèque ; etc. Des couleurs ou un surlignage peuvent être utilisés. La structure peut ensuite être présentée à l’oral, avec quelques répétitions. Chaque personne de la classe peut dire ce qu’elle a mangé. Il peut s’agir d’une occasion d’étudier le vocabulaire lié à la nourriture. Il est ensuite possible de demander à son voisin ce qu’il a mangé. Une fois que l’oral est acquis, l’écrit peut être abordé, à l’aide d’exercices passifs permettant la répétition : demander par exemple de souligner les verbes au passé composé. Après ces exercices, le cerveau doit normalement avoir enregistré les informations (verbe au participe passé avec -é à la fin et absence d’accord). Des exercices un peu plus complexes peuvent alors être proposés, comme trouver les conjugaisons à l’écrit.
L'importance du vocabulaire
Rémond a indiqué qu’à 3 ans, un enfant connaît 950 mots et en 6ème 6 000 mots. Il s’agit toutefois d’une moyenne. Cette différence peut constituer un grand problème dans les écoles. Le vocabulaire doit être travaillé de manière explicite, grâce à un certain nombre d’activités.
Auto-évaluation et certifications
Pour évaluer son niveau de langue, il est possible de se référer au Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). Cet outil a été conçu par le Conseil de l’Europe pour définir la maîtrise d’une langue étrangère selon des critères précis et partagés par tous les États membres. Le tableau de niveau de langue pour mon CV répertorie 6 niveaux de maîtrise différents, notés de A1 à C2.
Il existe également des tests officiels standardisés, reconnus dans le monde entier, qui évaluent les quatre compétences linguistiques : compréhension orale et écrite, expression orale et écrite.
Lire aussi: Comment configurer la langue de votre enceinte Bose
tags: #langue #natale #ou #maternelle #définition
