Le syndrome du bébé secoué (SBS) est une forme grave de maltraitance infantile qui peut avoir des conséquences dévastatrices sur la santé d'un nourrisson. Il est essentiel de comprendre les risques associés à ce syndrome, les circonstances dans lesquelles il se produit et les mesures de prévention à mettre en œuvre pour protéger les enfants.
Qu'est-ce que le syndrome du bébé secoué ?
Le S.B.S. est un acte de maltraitance sur un nourrisson effectué par un adulte. Il se produit lorsqu'un adulte secoue violemment un bébé, généralement parce qu'il est exaspéré par ses pleurs. Le secouement effectué par l’adulte en empoignant généralement le bébé sous les aisselles entraine le ballotement de la tête du bébé d’avant en arrière en hyperflexion et hyperextension provoquant une accélération-décélération brutale de la tête du bébé, du cerveau dans la boite crânienne et choque ainsi les os du crâne, et du globe oculaire. Le secouement est un geste d’une extrême violence.
Mécanisme des lésions
Lors du secouement, l’adulte est en face du bébé, « les yeux dans les yeux ». Les lésions résultent d’une accélération et d’une décélération rapides du cerveau dans le crâne, ce qui entraîne des dommages irréversibles. Le cerveau d’un nourrisson est particulièrement vulnérable, car les muscles de son cou ne sont pas encore suffisamment développés pour soutenir sa tête. Le secouement brutal provoque des mouvements brusques d'avant en arrière et latéralement, ce qui peut entraîner des hémorragies cérébrales, des lésions de la moelle cervicale et un œdème cérébral lié au manque d'oxygène.
Âge et fréquence du syndrome du bébé secoué
Les nourrissons sont majoritairement des victimes de moins d'un an, des cas possible jusqu'à 2 ans. Des cas extrêmes jusqu'à 5 ans existent mais sont très rares. Le pic du nombre de bébés secoués se situe en moyenne autour des 8 semaines, période où les pleurs sont les plus importants. Le syndrome du bébé secoué concerne plusieurs centaines d'enfants par an en France. Ce chiffre est sous-évalué du fait que ces violences ne sont pas toujours signalées, ni diagnostiquées.
Risques et conséquences du syndrome du bébé secoué
Les séquelles graves et irréversibles sont immédiates et sur le long terme : troubles cognitifs, comportementales, d'attention, de mémoire, problème d'insertion sociale, etc. Un dommage sur le cerveau d'un nourrisson en plein développement est un frein majeur à l'acquisition de nouvelles compétences/connaissances : langage, motricité, fonctions exécutives, efficiences intellectuelles, etc. Le retard aux soins et l’absence de diagnostic dès le 1er secouement vont accroître et alourdir les conséquences de ces lésions cérébrales secondaires pour le nourrisson.
Lire aussi: Mise en Place des Ateliers Autonomes
Pour le bébé « survivant », ces séquelles vont apparaître au fur et à mesure des années après le secouement provoquant ainsi, des « handicaps invisibles » : difficultés d’apprentissage, de langage, de mémoire, de comportement, etc. Handicaps s’aggravant avec le temps et persistants à l’âge adulte. Ils nécessiteront des prises en charge lourdes et spécifiques dès le plus jeune âge : orthophonie, kinésithérapeute, ergothérapeute, éducateur spécialisé, psychologue, etc… Ces handicaps « invisibles » sont un frein et une gêne à l’insertion sociale de l’enfant, futur adolescent ou adulte victimes. Ces handicaps « invisibles » comme pour le SBS ont un retentissement sur la vie familiale des parents victimes mais également de la fratrie.
Symptômes
Les symptômes sont multiples et de gravités variables suivant l’atteinte neurologique du nourrisson. Le secouement entraîne immédiatement des signes cliniques. Les nourrissons victimes d'un syndrome du bébé secoué ont un comportement inhabituel, caractérisé par un ou plusieurs symptômes. Selon la zone du cerveau abîmé, l'enfant peut avoir dans l'immédiat des symptômes classiques d'un traumatisme crânien : perte de connaissance, pâleur, convulsions, mouvements anormaux, somnolence inhabituelle, l'enfant ne fixe plus le regard…
L’autre risque est celui de la récidive. Dans la majorité des cas, les épisodes de secouement sont répétés dans le temps. Il est donc fondamental de protéger un bébé en repérant différents symptômes :
- Une diminution de ses compétences (par exemple : il se tenait assis mais n’y arrive plus…) ;
- Une irritabilité inhabituelle et prononcée ;
- Une léthargie ;
- Un trouble de la coordination ;
- Une extrême pâleur ;
- Une augmentation trop rapide du périmètre crânien ;
- Un bombement de la fontanelle, cette petite zone membraneuse située sur la tête du bébé ;
- Des vomissements en jet (non accompagnés de fièvre et de diarrhées) ;
- Des convulsions ;
- Un regard figé sans réaction aux stimuli…
Circonstances et profil des "secoueurs"
Les bébés sont le plus secoués par les parents après 18h, pour les assistantes maternelles le midi et l'après-midi. Toutes les couches socio-économiques, culturelles et intellectuelles sont concernées. Il est donc impossible de définir un profil type du « secoueur ». La prévention passe par la nécessité de comprendre ce qui s’est passé chez les auteurs de violences que cela soit un homme, une femme du foyer ou un professionnel de la petite enfance. Que s’est-il passé ? Comment l’adulte est arrivé à secouer son bébé ?
Voici quelques témoignages :
Lire aussi: Guide de dépannage Contract Wars
- "Je n'avais pas envie de l'étrangler, mais je voulais qu'il arrête de pleurer."
- "Quand je n'arrive pas à calmer mon fils, je le prends sous les aisselles et en le serrant fermement, je fais des mouvements d'avant en arrière ; je l'ai secoué plusieurs fois sans sentir ma force. Alors sa tête, de temps en temps, faisait de grands va-et-vient."
- "Il pleurait ; ça m'a énervé, je l'ai secoué…"
- "J'ai eu des coups de colère. Elle pleurait; quand elle faisait ça, il m'arrivait de la secouer…"
Prévention du syndrome du bébé secoué
La prévention est essentielle pour éviter le syndrome du bébé secoué. Elle passe par l'information et la sensibilisation des parents, des futurs parents et des professionnels de la petite enfance.
Information et sensibilisation
Il est important de rappeler que le secouement est un geste toujours violent et volontaire de l’adulte envers un nourrisson. Il ne peut donc pas être confondu avec un jeu ou un geste de la vie quotidienne.
Le jeu tel que faire l’avion, « dada » sur ses genoux, « jeter » en l’air le bébé, une promenade en poussette sur un chemin accidenté ne provoqueront jamais les symptômes du bébé secoué. Prenons l’exemple de « jeter » le bébé en l’air : En le jetant en l’air, l’adulte accompagne le bébé avec ses mains.
Conseils aux parents
- Comprendre les pleurs de bébé : Bébé pleure ? C’est normal ! Un bébé peut pleurer 5 min ou 2 à 3 heures par jour mais certains peuvent pleurer plus, même s’ils sont en bonne santé ou que l’on s’occupe bien d’eux. Chaque bébé est différent. Il faut savoir qu'un bébé peut pleurer jusqu'à trois heures par jour au cours des trois premiers mois. Passé trois mois, les pleurs diminuent généralement. Mais certains, parce qu'ils ressentent de l'angoisse, de leur mère parfois, peuvent continuer de pleurer.
- Ne pas s'isoler : Pour éviter syndrome du bébé secoué ou SBS, la prévention est la clé. Ils doivent rester en contact avec leurs proches, les appeler souvent.
- Savoir réagir en cas d'énervement : La première chose à faire, c'est de poser le bébé dans son lit sur le dos et de quitter la pièce. Il ne faut pas avoir peur de le laisser un peu seul, même s'il hurle ! Dans son lit, il ne risque rien. Demander ensuite de l'aide à un proche. Soit le papa s'il est là, soit une amie ou une voisine à qui l'on peut parler, au besoin même par téléphone ! Parler à une tierce personne permet de désamorcer la montée de la colère. On peut aussi écouter de la musique, ou sortir faire un tour si quelqu'un est là. Le but est de trouver une solution d'évitement, de se changer les idées, de se "désénerver". Plus tard, et pour éviter que la situation ne se reproduise, il est recommandé de parler à son médecin, au pédiatre ou à la PMI de ses difficultés face aux pleurs.
- Ne jamais :
- Lancer un bébé dans les airs ;
- Faire tourner un bébé en le tenant par les bras ou les jambes ;
- Faire du jogging ou courir avec un bébé sur le dos ou contre votre poitrine ;
- Faire rebondir vigoureusement un bébé sur vos genoux ;
- Tourner vivement avec un bébé dans vos bras.
Conseils aux professionnels de la petite enfance
- Être attentif aux signes de détresse des parents : Parfois, des parents ou même certains professionnels sont dépassés par un enfant, plus qu’un autre. Dans ce cas, parlez-en ! Trouvez de l’aide auprès de vos collègues, du RAM, de la PMI, du psychologue de la structure… « Ce n’est pas une faiblesse que d’être en difficulté devant un enfant », rappelle Anne Laurent-Vannier. Donc parlez-en !
- Anticiper les périodes de stress : Il y a également des périodes dans la journée qui sont plus stressantes que d’autres, notamment pour les assistantes maternelles, qui sont seules avec parfois 4 enfants ! L’heure du déjeuner peut être difficile : il faut préparer le repas, le donner à l’un, aller récupérer un troisième à l’école, se dépêcher de rentrer, se dépêcher de le ramener à l’école, se dépêcher de revenir pour mettre les autres à la sieste… Une course effrénée qui peut générer beaucoup de stress. Pensez donc à identifier ces périodes de la journée pour les anticiper et préparer tout ce que vous pouvez en amont pour vous soulager.
- Ne jamais garder un bébé dans les bras si vous êtes exaspéré : « Quoiqu’il en soit, si un bébé vous exaspère, ne le gardez surtout pas dans vos bras », conseille le médecin. « Placez-le dans son lit, sur le dos, en sécurité, et quittez la pièce », poursuit-elle. De cette façon, vous pourrez aller souffler dans une autre pièce, reprendre la maitrise de vos émotions, vous calmer. Et une fois apaisé, vous pourrez aller retrouver le bébé.
Que faire si on croit avoir malmené son bébé ?
Il faut consulter son médecin sans tarder ou aller aux urgences si l'état du bébé est inquiétant (vomissements, perte de connaissance…). En l'hospitalisant, on pourra lui faire les examens indispensables (IRM..) et traiter le traumatisme crânien (repos, évacuation d'une hémorragie..). Cela permettra également de protéger l'enfant, et d'éviter que cela ne se répète.
Lire aussi: Comprendre les pleurs nocturnes de bébé
tags: #lancer #bébé #dans #les #airs #quel
