L'alimentation des ruminants, et en particulier des caprins, est un sujet crucial pour garantir une production laitière de qualité et la santé des animaux. Elle repose principalement sur les fourrages et les concentrés, et une attention particulière doit être portée à l'équilibre des rations pour répondre aux besoins nutritionnels spécifiques des chèvres laitières. Cet article explore la composition du lait de remplacement caprin, son rôle dans l'alimentation des chevrettes et des chevreaux, ainsi que les stratégies d'alimentation des chèvres laitières en général.

Besoins Nutritionnels des Ruminants et Importance des PDI

Chez les ruminants, la digestion est largement assurée par des micro-organismes présents dans le rumen. Ces bactéries et protozoaires dégradent les aliments en nutriments et synthétisent des protéines, sous forme d'acides aminés, qui sont ensuite assimilées par l'animal via l'intestin. Ainsi, les besoins protéiques des ruminants sont exprimés en PDI (Protéines Digestibles dans l'Intestin).

Une fois les besoins calculés, il est essentiel de déterminer les caractéristiques des aliments, notamment leur teneur en protéines, afin de constituer une ration cohérente pour les animaux. Bien que la MAT (Matière Azotée Totale) soit couramment utilisée pour quantifier cette teneur, elle n'est pas entièrement adaptée à l'élevage de ruminants. L'activité microbienne du rumen, nécessaire à la dégradation des protéines, requiert de l'énergie et de l'azote pour être efficace.

Composition du Lait de Remplacement Caprin

Le lait de remplacement pour chevrettes et chevreaux est spécialement formulé pour assurer un bon démarrage des jeunes caprins et encourager l'ingestion précoce de concentrés. Il est généralement composé de :

  • Lait écrémé en poudre (15 %)
  • Lactosérum
  • Saindoux
  • Lactosérum partiellement délactosé
  • Huile de coprah
  • Gluten de blé
  • Concentré protéique de soja
  • Huile de soja
  • Huile de lin
  • Carbonate de calcium
  • Bicarbonate de sodium
  • Sulfate de magnésium

Cette composition spécifique vise à couvrir les besoins énergétiques et en acides gras des jeunes animaux, grâce à un apport en matières grasses spécifiques, sans huile de palme et enrichi en huile de lin. Des levures vivantes sont également ajoutées pour stabiliser la flore intestinale et accélérer la mise en place du rumen, favorisant ainsi une meilleure croissance. L'apport de fer, de zinc et de manganèse sous forme chélatée, ainsi que de sélénium organique, facilite l'absorption de ces éléments essentiels.

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Stratégies d'Alimentation des Chèvres Laitières

L'alimentation des chèvres laitières est un point de vigilance majeur, particulièrement au pâturage où la ration n'est pas connue précisément. Plusieurs stratégies existent pour optimiser l'alimentation des chèvres laitières, en tenant compte des besoins individuels et de la simplification de l'alimentation.

Ration Complète

Cette technique consiste à mélanger préalablement les fourrages et les concentrés, puis à distribuer ce mélange aux animaux. Elle offre un gain de temps considérable et favorise un bon fonctionnement du rumen, mais elle est basée sur un objectif moyen de production.

Ration Semi-Complète

Pour pallier l'inconvénient de la ration complète, l'éleveur peut choisir de diminuer la part énergétique de la ration et de distribuer un complément concentré aux vaches hautement productrices. Ainsi, les vaches à faible production ne sont pas suralimentées.

Complémentation Individualisée

Cette méthode consiste à individualiser totalement l'alimentation, en administrant les concentrés animal par animal. Cela permet un ajustement précis aux besoins de chaque individu.

Dans tous les cas, une ration bien équilibrée doit avoir un apport en PDIE (Protéines Digestibles dans l'Intestin, énergie) égal aux besoins en PDI (Protéines Digestibles dans l'Intestin) du ruminant, et un apport en PDIN (Protéines Digestibles dans l'Intestin, azote) égal ou supérieur à l'apport en PDIE. Un léger déficit en PDIN peut être accepté, à condition de vérifier le bon fonctionnement du rumen grâce au Rmic (Ratio microbien).

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Adaptation des Chèvres au Pâturage

Le pâturage est une composante importante de l'alimentation des chèvres laitières. Cependant, il est difficile de mesurer ou d'estimer avec précision l'ingestion individuelle au pâturage. Des études ont été menées pour évaluer l'ingestion des chèvres à partir de la digestibilité et de la quantité de fèces excrétées.

Mesure de l'Ingestion au Pâturage

La méthode des alcanes n'a pas été retenue en raison des possibles difficultés à estimer correctement l'ingestion sur les prairies à flore variée. Une calibration a été réalisée grâce à des essais mesurant la digestibilité in vivo pour des chèvres nourries individuellement à l'auge. Ces études ont permis de montrer que l'oxyde d'ytterbium permettait d'estimer correctement la quantité de fèces excrétée, et que la digestibilité de la MO des rations à base d'herbe verte pouvait être estimée à partir des concentrations fécales en azote et en ADF.

Activités de Pâturage

Les activités de pâturage des chèvres ont été enregistrées grâce à des appareils portatifs, les Lifecorder Plus (LCP). Cet accéléromètre uni-axial permet de mesurer précisément la durée de pâturage journalière, mais aussi la répartition des activités de pâturage des chèvres au cours de la journée, le nombre et la durée des repas.

Adaptation au Temps d'Accès au Pâturage

Des essais ont été réalisés pour déterminer les effets du temps d'accès journalier au pâturage sur la production et la composition du lait, l'ingestion d'herbe et le comportement alimentaire des chèvres laitières Alpine. Ces études ont montré que le temps d'accès est limitant pour l'ingestion et la production laitière en-deçà d'un seuil de 6 heures par jour. Au-delà de ce seuil, les variations de temps d'accès n'affectent pas significativement la production ni la composition du lait.

Les chèvres ont montré une excellente capacité à pâturer et à maintenir très longtemps des activités de pâturage, avec de longs repas tout au long de la journée, entre les deux traites. Elles ont également démontré une bonne adaptation comportementale à une restriction du temps d'accès, avec des mécanismes d'adaptation identiques à ceux observés chez les vaches laitières.

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Facteurs Influant sur l'Ingestion et la Production Laitière

Plusieurs facteurs peuvent influencer l'ingestion et la production laitière des chèvres au pâturage, tels que la quantité d'herbe offerte, la qualité de la prairie et le niveau de complémentation.

Quantité d'Herbe Offerte

Des essais ont été menés pour déterminer les effets de la quantité d'herbe offerte au pâturage sur la production et la composition du lait, l'ingestion d'herbe et le comportement alimentaire des chèvres laitières. Ces études ont montré que la production laitière augmente avec la quantité d'herbe offerte, jusqu'à un certain seuil.

Qualité de la Prairie

La qualité de la prairie, notamment sa composition botanique et son stade de développement, influence également l'ingestion et la production laitière des chèvres. Les prairies multi-espèces, composées de graminées, de légumineuses et de plantes à feuilles larges, offrent une alimentation plus équilibrée et favorisent une meilleure production laitière.

Niveau de Complémentation

Le niveau de complémentation, c'est-à-dire la quantité de concentrés distribuée aux chèvres, peut également influencer l'ingestion d'herbe et la production laitière. Une complémentation adéquate permet de couvrir les besoins nutritionnels des chèvres et de maintenir une production laitière optimale.

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