L'élection du pape François et les débats sociétaux autour de la famille soulignent l'importance de la figure paternelle. Saint Joseph, dont les seuls mots authentifiés par l'Église ont été prononcés dans le diocèse du Bessillon, offre un modèle de pudeur et de paternité à contre-courant des tendances contemporaines.
Joseph : Un Modèle de Pudeur et de Silence
Dans un monde "voyeuriste" où l'intimité est exposée sur les réseaux sociaux et où l'image règne, Joseph se distingue par sa pudeur. Cette pudeur n'est pas honte ou pruderie, mais une réserve naturelle qui préserve le mystère et respecte l'altérité. Joseph préserve l'intimité de Jésus, respecte le mystère de la conception virginale de Marie, et nous enseigne la délicatesse de rencontrer l'autre sans l'accaparer. Il nous apprend que l'on peut aimer sans posséder. Cette attitude pudique est faite d'écoute, d'attention intense vis-à-vis de Marie et de l’enfant Jésus qui lui a été confié. Elle est une expression de la charité. La pudeur protège de la mainmise, de la prétention envahissante de tout savoir de l’autre, ou de tout dévoiler de soi-même. Elle est fille de l’obéissance. Elle atteste le primat de la grâce, et de la transcendance de Dieu. Elle est docilité face aux initiatives du Seigneur.
La Crise de la Paternité et la Nécessité de Réhabiliter la Figure du Père
Les psychologues évoquent souvent la crise actuelle de la paternité. L'infantilisation de l'homme contemporain, marquée par l'illusion de la toute-puissance et la recherche de la satisfaction immédiate, coïncide avec l'éloignement de la figure paternelle. Le père s’est désengagé. Il est ailleurs. Il est quelquefois devenu le grand frère, le confident plus que le référent. Ou au contraire, son autorité a viré en autoritarisme. Cette crise de la paternité est sur un fond de montée en puissance du « maternage », de besoin de « cocooning », de relations chaudes et fusionnelles. Les études sur le déclin de la masculinité et l'émergence de la culture androgyne contribuent à brouiller les identités sexuelles, ce qui peut induire des germes de violence, de névroses et de pathologies, et même l'homosexualité.
Joseph de Nazareth nous invite à réhabiliter l’identité masculine du père. La maternité est un acte d’incarnation, la paternité est un acte d’adoption. La mère « connaît », c’est-à-dire, étymologiquement, c’est d’elle que l’enfant naît. Le père, lui, « reconnaît ». Par l’imposition du nom de famille, il transmet l’héritage ; par la désignation du prénom, il signifie la singularité. La femme qui vit l’extraordinaire aventure de l’engendrement physique, porte en elle une certitude à laquelle le père n’aura jamais pleinement accès. Car toute maternité est à dominante d’intériorité. Elle est sécurisante et nourrissante. Le père, lui, souligne la séparation. Le père engendre de l’extérieur. Sa mission, c’est d’initier son fils à la vie sociale par des apprentissages et par des rites. Initier implique d’inscrire l’enfant dans une lignée, une histoire, une antécédence.
La Paternité : Transmission, Autorité et Abnégation
Joseph assume pleinement cette diaconie de la transmission. Il apprendra à Jésus adolescent, le métier de charpentier. Il lui enseignera, comme à tout enfant juif, la Tora, la loi divine… Cette loi qui redit à l’homme sa limite, la frontière qui le sépare de Dieu et, en même temps, qui l’unit à autrui, cette loi qui rappelle à chacun les principes d’humanité et de sociabilité. Comme tout père, la mission de Joseph sera de promouvoir l’envol de son enfant dans l’aventure de la vie afin qu’il devienne sujet de sa propre histoire, qu’il apprivoise sa singularité, qu’il s’ouvre à l’avenir et aux autres, à son destin d’homme. Le propre de la paternité est d’exercer l’autorité. Autorité au sens étymologique, c’est faire « grandir ». Cette fonction paternelle n’est pas innée. On nait d’abord fils, on devient père plus tard. Eduquer, ne serait-ce pas apprendre à un fils à être fils, afin qu’il ait des chances un jour, de devenir père ? Joseph a exercé sa tâche paternelle dans l’abnégation, à partir d’un double renoncement : en premier lieu, un renoncement à la paternité naturelle vis-à-vis de Jésus qui n’est pas engendré de sa chair ; en second lieu, un renoncement à l’union charnelle vis-à-vis de Marie, puisqu’elle a conçu sans lui, par l’opération du Saint Esprit. C’est à l’intérieur de ce double renoncement que Joseph devient le père nourricier du Fils du Père éternel.
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Joseph : Un Modèle pour les Pères d'Aujourd'hui
En ce 1er mai, fête du travail, l'Église fête saint Joseph artisan. Il est pour les catholiques l'image du père discret et travailleur qui subvient aux besoins de sa famille. Souvent on dit de Joseph qu'il reste très discret dans les évangiles. Un effacement que l'on peut interpréter d'un point de vue spirituel et aussi psychologique. "Le rôle du père, souligne Fabrice Hadjadj, est de faire place au fils." Dans l'expérience de la paternité, il y a quelque chose qui nous dépasse, convient Fabrice Hadjadj. La vie que l'on communique, en un sens on ne la comprend pas. "C'est le cas de Joseph face au fils du Dieu ! C'est le père le plus dépassé, le plus excédé, celui qui n'y arrive pas, qui est par définition incompétent." Être père c'est aussi se sentir "héritier de toute une histoire". Ce pourquoi "il y a un lien très fort entre paternité et filiation", décrit le philosophe.
Dans un monde où certains remettent en question le fait d'avoir des enfants, Joseph nous inspire parce qu'il dit "oui à la vie". "À cette vie qui le dépasse, pour ouvrir l'avenir.
La Paternité Spirituelle : Un Accompagnement sur le Chemin de la Foi
La paternité ne se limite pas à la dimension biologique et psychologique, elle a aussi une dimension spirituelle. La tradition orthodoxe a conservé la figure du père spirituel, un guide qui aide chacun à trouver sa place unique devant Dieu.
Le Père Spirituel : Un Guide et un Médiateur
Le rôle du père spirituel est d'aider les personnes à se mettre en contact avec leur réalité spirituelle la plus profonde, là où habite l’Esprit. Dans la durée, l’accompagnement spirituel vise à aider ces personnes à découvrir, à travers les événements de leur vie, comme à travers la méditation des Écritures, qu’elles sont habitées par quelque chose qui les dépasse, et qui est de l’ordre du don.
Il faut être bien clair : on ne décide pas soi-même d'être Père spirituel. Personne ne peut mettre sur la porte de sa cellule ou de sa maison : “ Ici, père spirituel ”. En revanche, on peut très bien indiquer : “ Confesseur ”. Il faut donc bien différencier les choses. Il y a le rôle du prêtre qui confesse et bénit de la part de Dieu, permet à celui qui - dans un état d’humilité - est venu dire ses erreurs et ses faiblesses, de se remettre debout devant Dieu ; c’est un service d’Église bien précis, qui nécessite une ordination, une bénédiction spéciale. En revanche, le rôle de père spirituel - ou staretz, en russe - est d’ordre prophétique, charismatique ; il relève directement du travail du Saint-Esprit. Quelqu'un est reconnu comme étant la “ bouche ” et “ l’instrument ” du Saint-Esprit ; ce n’est pas elle-même, mais ceux qui viennent près d’elle, qui font d’une personne un père ou une mère spirituel. À l’inverse de la fonction de confesseur, qui est réservée aux prêtres, tout homme et toute femme, quelles que soient sa condition et sa position dans l’Église, peuvent jouer ce rôle.
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Le père spirituel a un rôle de médiateur entre celui qui est venu vers lui et Dieu. Tel Abraham dans son dialogue avec Dieu a propos des gens de Sodome-dialogue typiquement oriental le Père spirituel va devoir discuter avec Dieu pour obtenir telle ou telle grâce.
Les Qualités du Père Spirituel : Compassion, Discernement et Humilité
Le père spirituel est avant tout un être de compassion, capable de porter dans son cœur son enfant spirituel, y compris dans son péché. Il doit ainsi devenir l'icône de la compassion divine. Il doit permettre à l'un et l'autre de découvrir l'amour de Dieu dans sa tendre fermeté. Il faut que l'enfant spirituel expérimente cet amour infini, sans condition, et qu'ainsi il comprenne combien il est aimé de Dieu quelque soit son aventure et la situation qui en découle.
Il est un guide qui a une expérience de la vie en Dieu, qu’il connaisse les chemins qui mènent au sommet, les embûches, les impasses, les pièges à éviter. Son conseil ne doit pas venir d’une démarche intellectuelle, de son propre raisonnement logique ou éthique - consistant par exemple à peser le pour et le contre -, mais de l’inspiration que Dieu lui communiquera dans son coeur, par la prière.
Le père spirituel a, certes, une responsabilité importante, mais il ne faut pas le mettre sur un piédestal et encore moins l’idolâtrer, car ce n’est pas lui, mais le Saint-Esprit qui agit. Il reste donc une personne devant Dieu, avec sa propre quête spirituelle, ses propres souffrances, ses propres péchés, etc…. C'est pourquoi personne ne peut tirer gloire du titre de staretz ou de père spirituel. Celui-ci ne peut qu’être dans la crainte et le tremblement devant Dieu.
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