Introduction

Le régime de Vichy, souvent associé à une période sombre de l'histoire française, a paradoxalement joué un rôle significatif dans le développement et la structuration du tourisme de montagne. Cet article explore cette facette méconnue, en se concentrant sur l'interventionnisme du régime dans l'aménagement touristique des stations de sports d'hiver et l'héritage juridique qu'il a laissé.

L'Interventionnisme de Vichy dans le Tourisme de Montagne

Contrairement aux idées reçues, le régime de Vichy s'est montré particulièrement interventionniste pour promouvoir le développement des stations de tourisme d'hiver. Cette action, guidée par une morale éducatrice, visait à doter la France de stations de « classe internationale », capables de rivaliser avec la Suisse et l'Autriche.

Planification et Réglementation

Dans la continuité des années 1930, Vichy a encouragé le développement de la planification urbaine et de la réglementation qui l'encadre. Le régime s'est appuyé sur la pensée architecturale fonctionnaliste et sur les règles du droit public pour ordonner l'urbanisme.

Missions d'Études et Objectifs

Entre 1942 et 1944, le secrétariat d'État à l'Éducation nationale a lancé au moins quatre « missions » composées d'urbanistes, d'architectes et d'ingénieurs. Ces missions avaient pour but de concevoir les futures stations phares de l'économie française des sports d'hiver, notamment Vars, Chamonix, Courchevel et Val d'Isère. Les objectifs étaient multiples :

  • Développer les sports de neige et de glace, ainsi que d'autres activités sportives.
  • Équiper le pays en stations-type de « classe internationale ».
  • Mesurer les conditions climatiques.
  • Améliorer les moyens d'accès.
  • Définir les types d'équipements envisagés (sportifs ou non).
  • Établir des règles d'urbanisme (zoning, circulations intérieures, délimitation de zones de protection des sites, instauration de servitudes, etc.).
  • Estimer les dépenses nécessaires.

Le Cadre Juridique Mis en Place par Vichy

Dès 1940, le régime de Vichy a adopté de nombreux textes pour structurer l'urbanisme et reconstruire les villes, y compris pour favoriser l'émergence des stations de ski. Bien que ces textes n'aient pas eu d'application importante avant l'urbanisme décentralisé des années 1980, ils ont posé les bases d'un cadre juridique pour le développement touristique de la montagne.

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La Loi du 3 Avril 1942 sur les Stations Classées

Un texte clé est la loi n° 498 du 3 avril 1942 relative au régime des stations classées, ainsi que son décret d'application n° 1199 du 3 avril 1942. Ces textes ont donné un statut juridique aux stations de sports d'hiver et d'alpinisme, complétant ainsi d'autres initiatives visant à structurer le secteur professionnel du tourisme.

Le Statut de Station Classée

La loi du 3 avril 1942 permettait aux stations de sports d'hiver d'être érigées en stations classées, dans la continuité de textes plus anciens. Ce statut était important car il visait à développer la fréquentation et à favoriser la réalisation de travaux d'équipement et d'entretien. Au plan fiscal, il permettait à la station de percevoir la taxe de séjour (taxe créée en 1910).

L'Intervention de l'État dans l'Urbanisme Montagnard

Le volet décisionnel relatif à l'urbanisme est particulièrement important. Dès lors qu'une station de sports d'hiver était classée, l'État s'immisçait dans le tourisme montagnard. Si un groupe de communes était classé, le classement avait pour effet de constituer les communes en un groupement régional auquel s'appliquaient les dispositions du décret du 25 juillet 1935 sur les projets régionaux d'urbanisme (L. 1942, article. 4).

L'Héritage de Vichy

L'ouvrage de Jean-François Joye, "Vichy et les outils juridiques de l'aménagement touristique de la montagne", révèle l'apport déterminant du régime de Vichy à la structuration des professions de montagne et à l'équipement touristique de la montagne. Comme d'autres régimes autoritaires de l'époque, Vichy a instrumentalisé les loisirs de montagne, dont la promotion s'inscrivait dans une entreprise de redressement national imaginée par l'État français.

Continuité et Rupture

L'étude croisée de juristes et d'historiens permet de dresser un panorama complet de cette politique sportive largement méconnue. Elle cherche à mesurer les singularités de l'approche nationale, ainsi qu'à faire la part entre rupture et continuité historiques. Par certains aspects, le régime de Pétain a prolongé l'œuvre du Front populaire. Par d'autres, il devait léguer aux républiques suivantes des outils, relatifs à l'aménagement touristique de la montagne, dont une partie subsiste encore aujourd'hui.

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