L'histoire des tests, qu'ils soient médicaux, génétiques ou autres, est intimement liée à l'exploration scientifique, au progrès médical, mais aussi à des questions éthiques complexes, notamment lorsqu'il s'agit de populations vulnérables. Cet article explore cette histoire en se penchant sur des exemples concrets, allant des expérimentations médicales controversées en Afrique aux tests ADN récréatifs, en passant par les camps d'hivernage pour les tirailleurs africains durant la Première Guerre mondiale sur la côte atlantique.

Expérimentations Médicales et Populations Vulnérables : Un Passé Controversé

L'histoire de la médecine est jalonnée d'expérimentations qui soulèvent des questions éthiques fondamentales, en particulier lorsqu'elles impliquent des populations considérées comme plus vulnérables. Des exemples historiques mettent en lumière cette problématique.

L'Inoculation de la Petite Vérole et l'Esclavage

Au début du XVIIIe siècle, le docteur Zabdiel Boylston a pratiqué l’inoculation de la petite vérole sur son fils et deux de ses esclaves. Ce qui est frappant ici, c’est le choix des sujets de l’expérience : le médecin expérimente sur des sujets qui sont directement de son ressort parce qu’ils sont, selon des modalités différentes, également en son pouvoir. Il expérimente sur ses enfants et sur ses esclaves. Dans le cas des esclaves, le pouvoir d’expérimenter relève du droit du maître. Dans les années qui suivirent l’inoculation de Boylston, d’autres essais furent menés sur des esclaves dans les colonies des nations européennes aux Antilles mais à une tout autre échelle : plus sur quelques esclaves domestiques, mais sur les effectifs de plantations entières.

La Lomidine et les Campagnes de "Lomidinisation Préventive" en Afrique

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l’éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d’être découvert : la Lomidine. Dans l’enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées dans toute l’Afrique. La méthode connaît quelques ratés - la molécule se révèle inefficace et dangereuse - mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Ce livre montre comment les médecins s’obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d’une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l’« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au cœur du projet de « mise en ordre » de l’Afrique par la science et la technique.

Camps d'Hivernage et Expérimentations Vaccinales sur la Côte Atlantique pendant la Première Guerre Mondiale

De fin 1915 à la fin de la guerre, des dizaines de milliers de colonisés furent ramenés, quelques mois d’hiver, à l’arrière (camps dits d’hivernage), afin de soigner leurs blessures et de les protéger du froid. Cette mesure, aux allures humanitaires, était en fait utilitaire : ces indigènes, venus des pays de la zone tropicale, étaient inaptes au combat durant les mois les plus froids, physiquement diminués, on dut en amputer certains. La pneumonie a toujours été une ennemie, souvent mortelle, des indigènes recrutés dans des zones chaudes, où cette maladie était auparavant rarissime, voire inexistante.

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Le camp du Courneau, situé à La Teste-de-Buch, près d’Arcachon, sur la côte atlantique, était réservé aux seuls Africains (dits Sénégalais). 15 000 y séjournèrent, à un moment ou à un autre. Les conditions de vie, la promiscuité, l’hygiène déplorable, l’humidité permanente, furent porteuses d’une surmortalité alarmante. Entre mai 1916 et septembre 1917, il y eut 917 morts africains. La direction de l’Institut Pasteur dépêcha sur place le Dr Joseph Kernaudel, chargé d’étudier les possibilités d’inoculer aux malades un vaccin antipneumococcique, jusque-là expérimenté sur les seuls animaux. Entre octobre et novembre 1916, Kerandel, cette fois à Fréjus, injecta des doses croissantes à près de 1 300 individus sénégalais.

Ces expérimentations ont suscité des débats éthiques, notamment de la part de Justin Godart, sous-secrétaire d’État, qui craignait que l'on puisse reprocher de faire des expériences sur des Noirs, parce que ce sont des hommes qui ne peuvent, ni discuter, ni refuser ces méthodes préventives.

Une autre affaire concernait la vaccination active de l’homme contre le tétanos. Le Dr Roux présenta les résultats d’une expérimentation sur les lapins, puis annonça : « Sept blessés ont été soumis à la vaccination, tous de race noire ». Le député Blaise Diagne se fit porteur de la protestation, soulignant avec quelle inconscience amusante on traite des questions qui intéressent les militaires d’origine coloniale.

La mémoire du camp du Courneau est réapparue récemment, celle des soldats africains, beaucoup plus nombreux, qui sont morts à la fin de la Première Guerre mondiale à Fréjus, à Menton et dans des hôpitaux de tout le Midi méditerranéen est complètement absente de la mémoire française.

Réflexions Contemporaines sur l'Expérimentation en Afrique

Des déclarations récentes ont ravivé ces débats. Jean-Paul Mira, chef du département de réanimation de l’hôpital Cochin, a suggéré de tester des traitements contre le coronavirus en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitements, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études dans le Sida, où chez les prostituées on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées et qu’elles ne se protègent pas ? Le professeur Camille Locht, directeur d’études à l’Inserm, lui a répondu : Vous avez raison, et nous sommes en train de réfléchir à une étude en Afrique pour faire ce même type d’approche avec le BCG et un placebo. Ces propos ont suscité une vive indignation et rappellent les heures les plus sombres de l'expérimentation médicale coloniale.

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Tests ADN : Entre Généalogie Récréative et Enquêtes Policières

Les tests ADN connaissent un succès croissant auprès du grand public. Ils permettent de reconstituer un arbre généalogique sur Internet et d'en savoir plus sur ses origines.

Généalogie Génétique : Découvrir ses Racines

Environ 2 millions de Français ont déjà pratiqué un test ADN dit "récréatif". Francis Kpatindé, chroniqueur au « Monde Afrique », a fait un test génétique dont les résultats le relient au Bénin, mais aussi au Portugal, à la Jamaïque et au Suriname. Il tire 20 % de ses origines d’une aire géographique correspondant aujourd’hui à la somme du Ghana et de la Côte d’Ivoire, et à 1 % du Nigeria. L’ultime pourcentage lui vient du Portugal, résultat probable d’une correspondance génétique lointaine que sa mère, Agouda - Brésilienne du Bénin, pour faire simple -, partage avec Francisco Félix de Souza (1754-1849), très redouté marchand d’esclaves brésilien d’origine portugaise, héros du récit picaresque de Bruce Chatwin, Le Vice-Roi de Ouidah.

L'histoire de son ADN emprunte les chemins de l’ignominieuse odyssée du peuple noir et le sillage des navires négriers convoyant le « bois d’ébène » vers les Amériques. De 1800 à 1900, on en trouve une forte présence dans la plupart des îles caribéennes, tout comme au Suriname, en Amérique du Sud.

Tests ADN et Enquêtes Criminelles

La police et la gendarmerie pourraient bientôt être autorisées à utiliser les résultats de ces tests illégaux pour résoudre des crimes non élucidés. L’idée est de comparer ces traces d'ADN retrouvées sur des scènes de crime, aux bases de données de sociétés privées qui proposent des tests aux particuliers souhaitant en savoir plus sur leurs origines. Il suffirait qu'un parent éloigné du criminel figure dans cette base pour que les enquêteurs puissent remonter sa trace.

Cette utilisation des tests ADN suscite des débats éthiques, notamment en ce qui concerne la protection des données personnelles. Laura Tomasso souligne que ces bases de données donneraient accès à de nombreuses informations inaccessibles aujourd'hui, telles que la couleur de la peau, l'origine ethnique, la couleur des yeux, les maladies génétiques.

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Tests de Paternité

Les tests de paternité sont utilisés par des pères afin de vérifier qu'ils sont bien le géniteur - ou au contraire qu'ils ne le sont pas - mais aussi par les enfants. Un mégot de cigarette, un cheveu ou un peu de sang suffisent pour réaliser ces tests.

L'Utilisation Scolaire des Tests : L'Œuvre de René Duthil

René Duthil, acteur important du paysage français de l’éducation nouvelle, a milité en faveur de l’utilisation scolaire des tests. Entre autres grâce aux études d’Alfred Binet, il tente de réhabiliter l’application des tests à l’école après avoir étudié leurs apports pédagogiques dans le contexte scolaire nord-américain, notamment à partir des travaux de Carleton Washburne et d’Arthur Otis. Il s’intéressait à une école qui prend en compte les besoins individuels des enfants, comme un vêtement s’ajuste au corps.

Cousinet réclame l’introduction des recherches scientifiques dans le domaine de la pédagogie, un champ généralement dominé par l’empirisme. Cousinet est partisan des batteries de tests et autres mesures pour conférer « à la pédagogie un caractère impersonnel, qui est propre à la science ».

Cocaïne sur la Côte Atlantique : Un Phénomène Inexpliqué

Des paquets de cocaïne emballée se sont échoués sur les plages de la côte atlantique, en Vendée, Gironde, Charente-Maritime ou encore dans les Landes. Cette cocaïne serait pure à 83 %, d'après les premiers tests effectués par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Les autorités sont particulièrement inquiètes.

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