Kamala Harris, vice-présidente des États-Unis, a fait de la question de l'avortement un pilier central de son engagement politique et de sa potentielle candidature à la présidence. Son positionnement clair en faveur des droits reproductifs contraste avec les positions plus ambiguës de ses adversaires politiques, notamment Donald Trump. Cet article explore en profondeur la position de Kamala Harris sur l'avortement, son contexte politique et les implications potentielles pour l'avenir des droits des femmes aux États-Unis.
L'Avortement, un Enjeu Clé de la Vice-Présidence Harris
Depuis la décision de la Cour suprême de juin 2022, qui a annulé l'arrêt Roe vs Wade, garantissant le droit à l'avortement au niveau fédéral, Kamala Harris a fait de la défense de ce droit une priorité. Elle dénonce les "lois obscures et immorales" adoptées dans une vingtaine d'États américains, qui interdisent ou restreignent fortement la pratique de l'IVG. Pour Harris, il s'agit d'une "crise sanitaire", dont elle désigne Donald Trump comme l'architecte.
Kamala Harris aime se présenter en « combattante joyeuse ». D’Etat en Etat, sur les routes de la campagne présidentielle, elle s’exprime devant des assistances souvent massives et enthousiastes. Mais vendredi 20 septembre, son passage rapide au nord d’Atlanta (Géorgie), était empreint d’une gravité particulière. Même sa chanson fétiche, Freedom, de Beyoncé, n’était pas diffusée. La candidate démocrate a prononcé un discours personnel et cinglant sur l’avortement, une cause devenue le fil de sa vice-présidence depuis juin 2022, et la décision de la Cour suprême supprimant ce droit fédéral. Devant environ trois cents personnes rassemblées dans une salle de spectacle, Kamala Harris a dénoncé les « lois obscures et immorales » adoptées dans une vingtaine d’Etats américains, interdisant ou restreignant fortement la pratique de l’IVG. « C’est une crise sanitaire, et Donald Trump est l’architecte de cette crise », a-t-elle lancé.
Une Stratégie de Mobilisation Électorale
Kamala Harris considère l'avortement comme un thème de mobilisation essentiel, particulièrement auprès des femmes et des jeunes, dont le vote pourrait s'avérer décisif dans des États pivots. En se positionnant fermement en faveur du droit à l'avortement, elle espère galvaniser l'électorat démocrate et attirer les électeurs indécis.
Un Engagement de Longue Date
L'engagement de Kamala Harris en faveur des droits reproductifs ne date pas d'hier. En tant que membre du parquet général de Californie, elle a combattu les pratiques trompeuses des militants anti-avortement. En tant que sénatrice, elle s'est montrée très critique envers le juge Brett Kavanaugh lors de son audition de confirmation à la Cour suprême. Plus récemment, elle s'est rendue dans une clinique pratiquant les avortements, une première à haute valeur symbolique.
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Positions et Propositions
Kamala Harris a promis de s'opposer à toute tentative d'interdire l'avortement au niveau fédéral. Elle s'engage à voter fièrement la loi garantissant le droit à l'IVG "quand elle passera au Congrès". Son site de campagne assure que "lorsque le Congrès adoptera une loi pour restaurer les droits reproductifs au niveau national, elle la promulguera". Elle soutient une loi destinée à codifier l’accès à l’avortement sans risques à l’échelle nationale. Elle milite pour un projet de loi afin de rétablir « la liberté de procréer ».
Le Contraste avec Donald Trump
La stratégie de campagne de Kamala Harris contraste fortement avec celle de Donald Trump. Bien que le Parti républicain soit traditionnellement opposé à l'IVG, Trump a affiché des positions plus ambiguës sur la question. Il a même attaqué violemment Kamala Harris, l'accusant de vouloir "l'exécution de bébés" et de promouvoir "des avortements au huitième et au neuvième mois de la grossesse, jusqu'à la naissance et même après la naissance".
Cependant, Trump a également évolué sur la question de l'IVG au cours de sa carrière politique. Il se disait favorable au droit à l'avortement il y a une dizaine d'années, avant de changer de position. Cette évolution est interprétée par certains comme un signe d'opportunisme politique. Malgré les propos virulents tenus face à Kamala Harris en juillet, Donald Trump adopte une position plus tempérée sur l'avortement dans ses dernières déclarations, en se disant favorable à ce que chaque État soit libre de légiférer comme il l'entend sur le sujet.
Les Autres Priorités de Kamala Harris
Bien que l'avortement soit un enjeu central, Kamala Harris aborde également d'autres questions importantes dans sa campagne. Son programme économique vise à accroître le pouvoir d'achat des Américains, notamment en baissant les impôts de la classe moyenne et en négociant avec l'industrie pharmaceutique pour faire baisser les prix des médicaments. Elle propose également une série de mesures pour permettre aux hommes noirs d'atteindre la "liberté financière" et "d'acquérir des richesses".
Sur la question de l'immigration, Kamala Harris se montre ferme, tout en prônant une "réforme complète" du système, incluant une sécurité aux frontières "forte" et un "chemin vers la citoyenneté qui se mérite". Elle soutient un projet de loi bipartisan sur la sécurité des frontières, qu'elle accuse Donald Trump d'avoir saboté "par intérêt politique".
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Kamala Harris met également en avant son bilan en matière d'éducation, en mettant l'accent sur la réduction des dettes étudiantes et sur son action pour augmenter les aides fédérales pour les étudiants en difficultés financières. Elle promet de "renforcer l'enseignement public" et de rendre l'enseignement supérieur plus abordable.
Les Limites de l'Action Présidentielle
Il est important de noter que, quel que soit le point de vue du candidat à la présidence, il ne pourra pas agir directement sur la question de l'avortement au niveau fédéral. La Cour suprême a légiféré et elle seule peut revenir sur cette décision. Cependant, Kamala Harris peut jouer un rôle indirect sur le droit à l'avortement, notamment en influençant les scrutins législatifs au niveau local.
L’Economie
La vice-présidente veut, à l’instar de son concurrent républicain, mettre en place des réductions d’impôts à destination des classes moyennes et ouvrières. Son programme prévoit que 100 millions d’entre eux pourraient bénéficier de ces réductions d’impôts, grâce à deux programmes : le Child Tax Credit et le Earned Income Tax Credit. La démocrate veut aussi taxer les plus riches, avec plusieurs mesures : une « taxe minimum sur les milliardaires », multiplier par quatre la taxe sur le rachat d’action, ou encore un impôt à 28 % sur les plus-values à long terme pour les foyers aux revenus au-delà d’un million de dollars annuels.
Education
Kamala Harris met en avant son bilan aux côtés de Joe Biden, en mettant l’accent sur la réduction des dettes étudiantes, et sur son action pour augmenter les aides fédérales pour les étudiants en difficultés financières. Pour la vice-présidente, une « éducation de qualité et abordable est la voie vers la classe moyenne » : elle promet ainsi de « renforcer l’enseignement public ». Kamala Harris souhaite que les parents puissent se permettre des services de garde et d’éducation préscolaire de qualité pour leurs enfants. Elle entend renforcer l’éducation publique et la formation comme voie d’accès à la classe moyenne. Kamala Harris, si elle est élue, veut développer les programmes professionnels pour que les diplômés non universitaires puissent avoir une carrière. Surtout, elle veut rendre l’enseignement supérieur plus abordable, pour que l’université puisse être accessible à la classe moyenne sans le « fardeau déraisonnable des prêts étudiants ».
Environnement
La candidate démocrate reste floue sur ses positions environnementales et se contente de vœux pieux sur son site. Ainsi, elle a évoqué pendant son discours d’investiture à la convention démocrate « la liberté de respirer un air propre, de boire de l’eau potable et de vivre libre de la pollution qui vient nourrir la crise climatique ». Elle met également en avant son rôle clé dans l’adoption du Inflation Reduction Act, un vaste plan en faveur de la transition énergétique, qu’elle qualifie de « plus large investissement dans l’action climatique de l’histoire ». Kamala Harris a fait volte-face sur la question de la fracturation hydraulique. Alors qu’elle s’opposait précédemment à cette méthode controversée d’extraction du pétrole, elle a répété lors du débat du 10 septembre qu’elle n’interdirait pas le « fracking ». Un geste vers la Pennsylvanie, état pivot dont elle a cruellement besoin pour l’emporter, et où la fracturation hydraulique est largement répandue.
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En tant que sénatrice, Kamala Harris a soutenu le « Green New Deal », résolution appelant à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre - surnommée par Donald Trump la « nouvelle escroquerie verte ». En 2019, alors candidate à la primaire démocrate, elle s’était prononcée pour l’interdiction de la fracturation hydraulique, une méthode polluante d’extraction d’hydrocarbures. Elle est toutefois revenue sur cette position, dommageable notamment auprès d’électeurs de l’État clé de Pennsylvanie, où le secteur est important. Lors de son débat face à Donald Trump, elle a défendu la nécessité de « sources d’énergie diversifiées », allant jusqu’à vanter que le pays ait « connu la plus forte augmentation de la production nationale de pétrole de l’histoire ». Un positionnement critiqué à bas bruit par certains. Mais toutes les associations environnementales la soutiennent, martelant son bilan. Elles citent ses poursuites contre des entreprises pétrolières en tant que procureure générale de Californie. Dans son programme, Kamala Harris promet « d’unir les Américains pour lutter contre la crise climatique […] en faisant progresser la justice environnementale, en protégeant les espaces et la santé publiques ». Elle promet de poursuivre les créations d’emplois liées à l’IRA, et aussi de réduire le coût de l’énergie.
Immigration
Kamala Harris veut se montrer ferme sur la question de l’immigration, un des thèmes clés pour son concurrent Donald Trump. Elle croit à la « réforme d’un système migratoire cassé » grâce à des « solutions fermes, mais intelligentes » et veut ratifier une loi bi partisane sur la sécurité des frontières, qu’elle accuse Donald Trump d’avoir saboté « par intérêt politique ». Sur son site de campagne, elle insiste sur la nécessité d’une « réforme complète » du système, qui inclut une sécurité aux frontières « fortes » et un « chemin vers la citoyenneté qui se mérite ». Kamala Harris veut remettre sur la table une réforme migratoire, face à un « système d’immigration défaillant ». Cette réforme « complète » comprend « un renforcement de la sécurité aux frontières » ainsi qu’un accès à la citoyenneté, conditionné au mérite. Elle soutient un projet de loi bipartisan sur la sécurité des frontières. Ce coût est actuellement estimé à 19,3 % du revenu médian des familles.
Société
Si Kamala Harris ne s’aventure pas à proposer d’interdire le port d’armes à feux, un sujet inflammable dans le pays, elle s’engage notamment à interdire « les armes d’assaut et les chargeurs à forte capacité » et à réclamer des vérifications des antécédents universels. Elle se prononce en faveur des lois dites « red flag laws », qui permettent de saisir les armes de personnes jugées dangereuses. Le site de campagne de Kamala Harris met en avant son soutien aux communautés LGBTQI +, et s’engage à « toujours défendre la liberté d’aimer qui on le souhaite, ouvertement et avec fierté ». Elle veut faire adopter en tant que présidente le Equality Act, afin d’entériner des protections pour les communautés LGBTQI + sur l’accès à la santé, au logement et à l’éducation.
International
Kamala Harris met en avant son soutien à Israël et à son « droit de se défendre », tout en soulignant qu’avec Joe Biden, en tant que vice-présidente, elle tend à « en finir avec la guerre à Gaza », « ce qui demande qu’Israël soit sécurisé, les otages libérés, les souffrances à Gaza terminées et que les Palestiniens puissent réaliser leur droit à la dignité, la sécurité, la liberté et à l’autodétermination ». La candidate démocrate a rappelé lors de son investiture le 23 août qu’elle ne « ferait pas ami ami avec des dictateurs et des tyrans », visant Kim Jong-Un, qui soutiendrait Donald Trump selon elle. Elle a également affirmé qu’en tant que présidente des Etats-Unis, elle « se tiendrait fermement aux côtés de l’Ukraine et des alliés de l’OTAN », alors que Donald Trump s’est montré depuis des années très critique de l’organisation de défense.
Santé
Une grande partie du programme de Kamala Harris sur la santé repose sur la baisse du coût de la santé, et notamment des médicaments : « En tant que présidente, elle accélère les négociations pour inclure plus de médicaments et des prix plus bas pour les Américains ». Elle tient à « renforcer » la Sécurité sociale et le programme Medicare (à destination des seniors), notamment en mettant à contribution les millionnaires et les milliardaires, via l’impôt. Mettant en avant son bilan de vice-présidente où elle a « aidé à annuler 7 milliards de dettes médicales pour 3 millions d’Américains », elle compte « travailler avec les Etats pour « annuler les dettes médicales pour encore plus d’Américains. »
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