L'étude des grossesses chez les jeunes filles, souvent appelées grossesses adolescentes ou précoces, soulève des questions importantes sur la santé publique, l'éducation et les inégalités sociales. Bien qu'il n'existe pas de définition officielle de la grossesse chez les adolescentes, ce terme englobe les grossesses précoces et les grossesses chez les mineures, chacune de ces appellations pouvant renvoyer à des tranches d'âge variables. Cet article examine les statistiques et les tendances relatives aux grossesses chez les jeunes filles en France, en tenant compte des disparités régionales, des origines des mères et des évolutions au fil du temps.
Évolution des naissances en France
En 2018, 759 000 bébés sont nés en France, soit 11 000 naissances de moins qu’en 2017. Cette baisse s'inscrit dans une tendance plus large observée depuis la fin du baby-boom. Pendant le baby-boom, entre 1946 et 1974, la France a enregistré plus de 800 000 naissances chaque année, avec un pic de 878 000 naissances en 1964. Cependant, les taux de natalité ont diminué par la suite, atteignant respectivement 712 000 et 711 000 en 1993 et 1994.
Diminution des grossesses précoces
Depuis 2010, moins de 2 % des mères ont un enfant avant l’année de leurs 20 ans, représentant ainsi 1,2 % des naissances en France métropolitaine. Les maternités dites « précoces » n'ont jamais été si peu nombreuses. Alors qu'en 1973, les « jeunes mamans » représentaient encore 7 % des naissances, cette proportion a rapidement baissé ensuite. Depuis 1986, moins de 3 % des naissances sont précoces.
Plusieurs facteurs expliquent cette diminution. L'arrivée du premier enfant a souvent lieu « après la fin des études de la mère et lorsque le couple est installé », ce qui a lieu de plus en plus tard. De plus, « la première mise en couple s'inscrit de moins en moins dans la perspective de fonder une famille, et, quand ils s'installent en couple cohabitant, les conjoints ont tendance à attendre de plus en plus avant d'avoir leur premier enfant ».
L'accès à la contraception et à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a également joué un rôle crucial. Dès que les femmes ont pu avoir accès à la pilule contraceptive, avec la loi Neuwirth en 1967, et que l'IVG a été légalisée, avec la loi Veil en 1975, l'âge du premier enfant a commencé à reculer. C'est également à cette époque que les études supérieures se sont généralisées et que les femmes ont été plus nombreuses à travailler.
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Disparités géographiques
Les naissances précoces sont les plus fréquentes dans les DOM (départements d'outre-mer). En Guyane, un peu plus d'une naissance sur dix est précoce (10,2 %), tout comme à Mayotte (9,9 %). C'est aussi dans ces deux départements que la part des jeunes femmes parmi la population féminine est la plus importante, note l'institut. Respectivement 9,4 % et 9,9 % des femmes ont entre 15 et 19 ans. Sur l'île de La Réunion, près de 6 % des nouveau-nés ont des mères de moins de vingt ans, comme 3,9 % des bébés nés en Martinique et 3,1 % de ceux nés en Guadeloupe. Il n'y a que dans deux départements de France que la part de maternité précoce est supérieure à celle de la Guadeloupe : l'Aisne et la Nièvre (3,2 %).
Dans le nord de la France, les mères de moins de vingt ans sont plus nombreuses, de même que dans une large zone traversant la France depuis la région Grand Est jusqu'à la Charente, et enfin dans le Sud, dans les Pyrénées Orientales et l'Aude (2,2 %). À l'inverse, l'Île-de-France est la région où les naissances précoces sont les plus rares (0,8 %). Elles sont notamment très peu fréquentes dans les Hauts-de-Seine (0,4 %) et à Paris (0,5 %).
Origine des mères
L'Insee a également analysé la part de maternités précoces chez les Françaises nées à l'étranger. Les naissances précoces sont rares (environ 0,2 %) pour les femmes nées au Maghreb. Ce sont les femmes nées en Chine qui enregistrent la proportion de naissances précoces la plus faible (0,1 %).
« Ces différences renvoient à l'histoire des vagues d'immigration successives et à des spécificités culturelles », explique l'Insee. Par définition, les immigrées ne naissent pas en France, et elles y sont le plus souvent peu nombreuses avant 20 ans. De ce fait, la part des naissances précoces parmi elles est faible.
La proportion de naissances précoces est la plus importante chez les femmes nées en Roumanie (9,2 %). Cette proportion est également élevée chez les femmes nées aux Comores (6,4 % de naissances précoces) et celles nées en Haïti (2,4 %), populations fortement présentes dans les DOM. Les femmes nées en Afrique subsaharienne ont moins de maternités précoces lorsqu'elles sont nées au Sénégal (0,6 %) ou au Cameroun (1,2 %) qu'en Guinée (3,1 %), en Côte d'Ivoire (2,8 %), à Madagascar (1,7 %) ou en République démocratique du Congo (1,7 %).
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Comparaison européenne
La France se situe légèrement en dessous de la moyenne européenne. En 2017, dans l'ensemble de l'Union européenne, deux naissances sur cent concernent des mères de moins de 20 ans. Les jeunes mères sont plus rares dans les pays du nord de l'Europe (Danemark, Pays-Bas, Suède, Finlande), ainsi qu'en Slovénie et en Italie. Dans l'ouest de l'Europe, seul le Royaume-Uni (2,3 %) dépasse la moyenne des pays de l'UE. C'est dans l'est de l'Europe que la proportion de naissances précoces est importante, comme en Bulgarie (8,3 %), en Roumanie (8,3 %) et en Slovaquie (5,1 %).
Grossesses avant 15 ans
La fécondité avant 15 ans varie sensiblement entre pays. Les estimations de fécondité avant 15 ans reposent sur des enquêtes démographiques. Ces enquêtes permettent de mesurer les taux de fécondité entre 10 et 14 ans et leurs évolutions. Dans certains pays d'Afrique subsaharienne (Niger, Tchad, Mozambique et au Sud Soudan), les taux de fécondité des jeunes filles de moins de 15 ans sont les plus élevés. Dans d’autres pays, tout en étant plus élevés que dans les pays occidentaux (par exemple, au Nigeria, au Bangladesh, en Équateur, au Honduras, ou au Salvador), les taux de fécondité sont plus faibles (Maroc et la Chine).
Au niveau mondial, on estime à environ 70 000 le nombre de naissances par an chez les filles de moins de 15 ans. Au Nigeria, on compte environ 23 000 naissances par an parmi les moins de 15 ans, comme au Bangladesh et le Soudan.
Union et maternité
Dans de nombreux contextes, la maternité chez les jeunes filles est étroitement liée à l'union, qu'il s'agisse d'un mariage formel ou d'une union de fait. Souvent, l’union a débuté suite à la grossesse (conception avant l’union). Cependant, les grossesses peuvent elles-mêmes entraîner ou accélérer l’entrée en union. L'importance relative de ces naissances et leurs conséquences sont différentes parmi les plus jeunes.
Évolution de la fécondité avant 15 ans
La fécondité avant 15 ans a sensiblement diminué depuis les années 1970. Dans certains pays, comme le Bangladesh ou l’Inde, les changements ont été particulièrement prononcés. Dans d’autres, la baisse a été moindre. Dans de nombreux pays, la baisse de la fécondité des moins de 15 ans est de l’ordre de 30 % et 40 %. Cette baisse est plus forte que celle observée chez les 15-19 ans. En France, la fécondité des moins de 15 ans a été divisée par 3 environ.
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Plusieurs facteurs ont contribué à ces changements, notamment l'amélioration de l'accès à l'éducation et à la contraception, ainsi que les changements sociaux et culturels.
Enjeux et accompagnement
Les grossesses chez les mineures sont très souvent révélatrices d’un ensemble de problématiques et de difficultés rencontrées par des adolescentes et leur famille. Au-delà des actions d’information et de sensibilisation, la question des grossesses adolescentes implique aussi un enjeu fort d’accompagner les jeunes filles enceintes quelle que soit l’issue de leur grossesse.
L’accompagnement des mineures enceintes est au cœur de nombreux projets. Le but de cette prise en charge est de faciliter l’orientation des mineures enceintes vers les dispositifs de prise en charge médicale, sociale, juridique, scolaire, d’hébergement et d’accueil du jeune enfant. Des référents grossesses adolescentes coordonnent ces projets.
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