Introduction

La recherche sur les embryons chimériques, mélangeant des cellules humaines et animales, suscite à la fois espoir et controverse. Le Japon a récemment pris une décision significative en autorisant et finançant ce type de recherches, ouvrant la voie à des avancées médicales potentielles, mais soulevant également des questions éthiques complexes. Cet article explore les tenants et aboutissants de cette décision, les objectifs de la recherche, les préoccupations éthiques soulevées et la position de la France et d'autres pays face à cette problématique.

Contexte et Décision du Japon

Le 1er août 2019, le Japon a annoncé qu'un chercheur japonais était autorisé à créer des embryons hybrides, appelés chimères, en mélangeant des cellules humaines dans un embryon d'animal modifié. Cette autorisation fait suite à une autorisation générale de ce type de recherche accordée en mars. Le scientifique Hiromitsu Nakauchi, de l'université Stanford en Californie et de l'université de Tokyo, est à la tête de ce projet ambitieux. Il injecte des cellules souches humaines pluripotentes dans un embryon animal dont le gène nécessaire au développement d'un organe donné a été retiré.

Jusqu'à présent, Nakauchi était autorisé à cultiver ces embryons hybrides pendant 14 jours maximum. Désormais, le gouvernement japonais l'autorise à cultiver des cellules humaines dans des souris et des rats jusqu'à ce que le pancréas soit quasiment développé. Il prévoit ensuite de demander l'autorisation de poursuivre le développement jusqu'à 70 jours.

Objectifs de la Recherche

L'objectif principal de ces recherches est de créer des organes de substitution pour les greffes, afin de pallier la pénurie de dons d'organes et d'éviter aux patients les médicaments antirejet. Hiromitsu Nakauchi espère, à terme, transplanter ces organes hybrides dans des animaux de substitution pour évaluer leur tolérance par l'organisme receveur. Il souhaite ainsi constituer une banque d'organes pour les patients en attente de greffe.

Selon John de Vos, responsable ingénierie cellulaire et tissulaire au CHU de Montpellier, Hiromitsu Nakauchi travaille sur cette thématique depuis une dizaine d'années, en créant des souris porteuses de pancréas de rats ou des rats porteurs de pancréas de souris. Il s'agissait déjà d'animaux hybrides, mais entre eux. Il menait déjà cette recherche, y compris avec des cellules humaines, en Californie. L'autorisation du Japon lui permet de poursuivre ses travaux dans son pays d'origine.

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Questions Éthiques Soulevées

La création d'embryons chimériques soulève de nombreuses questions éthiques. L'une des principales préoccupations est le risque de migration des cellules humaines vers d'autres organes de l'animal receveur, notamment le cerveau, ce qui pourrait affecter ses facultés cognitives.

D'autres questions concernent la justification de l'expérimentation animale et la possibilité de brouiller la frontière entre les espèces. La technique de modification génétique et le but poursuivi sont-ils suffisants pour justifier de telles expérimentations ?

En France, la loi bioéthique interdit de tels travaux. La révision actuelle de la loi de bioéthique pourrait éclaircir cette problématique et éventuellement rendre cette pratique possible.

Positions Internationales

Les recherches sur les embryons chimériques sont interdites dans de nombreux pays, dont la France, et sont sous moratoire aux États-Unis. Les instituts nationaux de la santé américains (NIH) ne participent pas au financement de ce type de recherche, en raison des préoccupations éthiques soulevées.

Face à ces disparités de réglementations, Jean-Louis Touraine, rapporteur de la Commission parlementaire créée en vue de la révision de la loi de bioéthique, appelait à une « concertation internationale » sur ce sujet lors de la deuxième lecture du projet de loi n°3833 relatif à la bioéthique, examiné le lundi 27 juillet 2019.

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La France et les Embryons Chimériques

En France, les lois relatives à la bioéthique de 1994, puis la loi du 7 juillet 2011 lors de la deuxième révision des lois de bioéthique, interdisaient la création d’embryons chimériques. La loi ne définissait pas clairement l’embryon chimérique, ce qui permettait aux chercheurs de dissocier les recherches sur les embryons chimériques des recherches menées sur l’embryon humain.

La loi de révision des lois de bioéthiques du 2 août 2021 a autorisé la recherche sur les embryons chimériques, sous certaines conditions. L’article L2151-5 IV du code de la santé publique encadre désormais cette pratique. La création d’embryons « animal-homme » est autorisée, dans le but de pallier la pénurie d’organes issus de dons et de développer des modèles animaux de pathologies humaines.

La loi impose un délai maximal de 14 jours de développement après la fécondation, car jusqu’à ce stade, les cellules sont pluripotentes et peuvent créer tous types de cellules. Les deux seules réelles limites de ces dispositions semblent donc être la naissance de ces animaux améliorés, ainsi que la modification de la descendance.

Les Risques et les Garanties

Le Conseil d’État a rendu un avis sur les risques potentiels liés à la création d’embryons chimériques. Il a notamment souligné le risque de représentation humaine chez l’animal si ce dernier venait à acquérir des aspects visibles ou des attributs propres à l’humain, ainsi que le risque de développement d’une conscience humaine chez l’animal si l’injonction de cellules pluripotentes humaines produisait des résultats collatéraux induisant des modifications chez l’animal.

La communauté scientifique estime qu’il faut tenir compte du pourcentage de contribution que le sujet humain à l’origine du don pourrait apporter à l’embryon, afin de réduire la crainte de l’importation d’une conscience humaine chez l’animal.

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Conséquences Éthiques et Juridiques

La création d’embryons chimériques pose la question de la catégorie juridique de ces entités. Comment qualifier juridiquement un embryon chimérique ? Si l’on se réfère à la règle selon laquelle l’accessoire suit le principal, les embryons animaux dans lesquels sont intégrés des cellules humaines devraient rester des animaux. Mais à partir de quel pourcentage doit-on considérer que l’embryon détient une partie d’humanité ?

Le CCNE (Comité Consultatif National d'Éthique) se pose également ces questions et se projette déjà sur la naissance potentielle des embryons transgéniques.

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