En novembre 2004, une découverte bouleversante a marqué la ville d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise. Un bébé, abandonné dans une boîte à chaussures au pied d'un immeuble, a été retrouvé par une famille et une passante. Cette histoire, à la fois effroyable et belle, témoigne de la fragilité de la vie et de la force de l'amour et de la solidarité. Vingt ans plus tard, les acteurs de ce sauvetage miraculeux se sont retrouvés, ravivant les émotions d'une journée inoubliable.

La Découverte Inattendue

Le 17 novembre 2004, une passante a fait une découverte macabre au 153 boulevard Jean-Allemane à Argenteuil. Intriguée par une boîte à chaussures posée au pied d'un immeuble, elle s'est approchée et a découvert un nourrisson abandonné. La boîte n'avait pas de couvercle, seulement un torchon posé dessus. La passante, une femme de l'Est qui ne parlait pas français, a immédiatement alerté le voisinage en criant et en pleurant.

Kamar, une habitante de l'immeuble, se souvient de la scène : "Mon neveu s'est mis à la fenêtre en voyant une dame s'agiter en bas dans la rue… Moi, je ne comprenais pas ce qui se passait, alors je suis descendue, pieds nus. J'ai regardé le carton, je ne me suis pas rendue compte tout de suite. J'ai vu une boule bleue…"

Un Sauvetage Miraculeux

Sans hésitation, Latifa, la mère de Kamar, et sa sœur Sanaa ont recueilli le bébé. Elles étaient en plein deuil suite au décès récent de leur père. Pour elles, l'arrivée de ce bébé était un cadeau de la vie. "C'était un matin d'hiver. Il faisait froid, peut-être 8° C. Mon père était décédé quelques jours plus tôt à 65 ans", a précisé Kamar.

Elles ont découvert une petite fille nue, bleue et recroquevillée sur elle-même à cause du froid. Le cordon ombilical n'avait pas été clampé. Latifa a immédiatement pensé à la réchauffer avec de l'eau et une serviette éponge. "J’ai mis la main sous la tête de la petite fille et j’ai ouvert l’eau tout de suite. Elle était toute bleue, en boule. Je m’en souviens encore comme si c’était hier…", a témoigné Latifa, aujourd'hui octogénaire.

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Les trois femmes ne savaient pas si le bébé était encore en vie. Finalement, la petite fille, qu'elles ont d'abord appelée Anaïs, "a commencé à ouvrir légèrement ses mains". "Au bout de cinq minutes, elle a pris une couleur rose. […] Quand elle a ouvert ses yeux ça m'a rassuré", a poursuivi Latifa.

L'Intervention des Pompiers

Les pompiers, alertés par le voisinage, sont rapidement arrivés sur les lieux. "C’était une intervention marquante. […] La petite fille revient de loin. Il y avait un risque d’infection, d’hypothermie, d’hémorragie aussi. Elle avait toujours son cordon ombilical qui n’était pas clampé. Heureusement, nous n’avons pas eu besoin de faire de réanimation", a témoigné Olivier Robert, l'un des pompiers intervenus.

Les pompiers Jacques, Olivier et David n’ont jamais oublié cette intervention marquante. Le bébé, alors en hypothermie, avait été réchauffé avec précaution, notamment grâce à un sèche-cheveux emprunté à la famille. Transportée à l’hôpital, elle avait même été placée sous le polo de David pour maintenir sa température corporelle.

Une Séparation Douloureuse

Après avoir été soignée à l'hôpital, Jade a été confiée à l'Aide sociale à l'enfance (ASE), puis prise en charge par la DDASS. Latifa et ses filles s'étaient même proposées pour l'adopter, mais cela n'a pas été possible. "On aurait bien aimé la garder", a raconté Sanaa avant d'ajouter : "On ne l'a pas juste sauvée, on l'a aimée cette petite. Elle est entrée dans notre cœur".

Si la famille est ensuite allée voir la petite Jade à l'hôpital, elle n'a ensuite plus eu de nouvelles. "On pensait souvent à elle. Qu'est devenue Anaïs ?", se sont-elles souvent interrogées.

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Retrouvailles Émouvantes

Vingt ans après leur découverte, une rencontre a été organisée entre Jade, la famille libanaise et les pompiers qui l'ont secourue. Le 1er mai, l’émotion était à son comble dans un appartement d’Asnières-sur-Seine. Jade, aujourd’hui âgée de 20 ans, retrouvait pour la première fois la famille libanaise et les pompiers qui l’ont secourue alors qu’elle n’était qu’un nouveau-né abandonné dans une boîte à chaussures.

Jade est arrivée lumineuse dans une robe verte et les larmes aux yeux. Personne n’y a échappé lorsqu’elle a retrouvé pour la première fois la famille libanaise et les pompiers qui lui ont sans doute sauvé la vie il y a vingt ans.

Les retrouvailles, organisées à l’initiative de Jade elle-même, ont été rendues possibles par un concours de circonstances. En recherchant des photos de son enfance, elle avait retrouvé l’article du Parisien relatant son histoire. Touchée par ce souvenir, elle a contacté le journal.

Venue avec sa mère adoptive Pascale, Jade a partagé avec ses sauveurs les photos de son enfance, notamment celles de sa vie à la pouponnière des Poussinets et de ses premiers pas avec ses parents adoptifs. Les albums ont circulé de main en main, suscitant rires et larmes. Pour remercier ceux qui lui ont sauvé la vie, elle est repartie avec un petit casque de pompier daté du jour de sa découverte, et un bracelet porte-bonheur offert par la famille libanaise.

"Je ne pensais pas que cela arriverait un jour. Je suis grave émue", raconte-t-elle au Parisien. "Cette rencontre a lieu grâce à mes copines. Elles m’envoyaient des photos d’elles bébé. Je suis donc allée chercher les miennes dans ma boîte à souvenirs et je suis tombé sur l’article qui Parisien qui était toujours là aussi, conservé… "

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La famille reconnaît alors en son récit celle la "petite Anaïs" qu’ils avaient sauvé et se manifeste à son tour. "Nous avons toujours espéré avoir de tes nouvelles et te rencontrer un jour", confie Sanaa qui s’est déplacé de Nice le matin même pour ne manquer sous aucun prétexte ce rendez-vous.

L'Adoption et la Quête des Origines

Jade a été adoptée à l'âge de quatre mois par Pascale et Alan, qui n'ont jamais caché son histoire. "C’était important pour son équilibre à elle, qu’il n’y ait pas de secret, que ce ne soit pas tabou », a récemment expliqué sa mère adoptive.

Aujourd'hui étudiante en tourisme à Biarritz, Jade a toujours été préoccupée par la question de ses origines. Elle a entamé des démarches pour retrouver sa mère biologique, mais sans succès. Son grand-père biologique a refusé de la rencontrer, craignant de "faire exploser la famille".

Jade a découvert que sa mère biologique avait été retrouvée huit mois après sa naissance et avait été jugée coupable de "délaissement d’enfant", mais dispensée de peine au vu de sa détresse. Elle a appris qu'elle avait 32 ans à l'époque, qu'elle était dans une très grande précarité sociale et financière, qu'elle avait un léger retard mental et qu'elle avait fait un déni de grossesse.

Malgré la colère et la haine qu'elle a pu ressentir, Jade a finalement compris qu'elle devait pardonner à sa mère biologique. "Le pardon, c'est la clé de tout", a-t-elle déclaré. Elle espère la retrouver un jour pour lui dire qu'elle lui pardonne, qu'elle ne lui en veut pas et qu'elle va bien. "J'aimerais lui demander si, quand elle m'a vue, elle m'a aimée", confie-t-elle.

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